14/08/2012

Pour de nouvelles formes de politique collaborative

Ce n’est pas en clivant les citoyens et en favorisant sans cesse le conflit politique que l’on fait avancer la société. L’heure est à la mobilisation de tous pour sortir des crises et travailler ensemble sur un projet de société commun. Sans nier leurs différences, les partis politiques devraient être plus constructifs et accepter de nouvelles pratiques collaboratives pour le bien de tous.


Les partis politiques sont censés représenter des courants d’idées qui s’appuient sur des valeurs. Ils visent des objectifs à atteindre selon certaines priorités et favorisent des moyens d’action pour atteindre ces objectifs.  Par ailleurs, l’exercice du pouvoir en démocratie est confié à des représentants élus par les citoyens. Ainsi, le parti majoritaire dispose de voix prépondérantes lui donnant le pouvoir principal de décision, mais les autres partis devraient au moins prendre leur part dans les propositions, dans la préparation des lois, jouer aussi un rôle équilibrant. Or que constate-t-on, à tout le moins en France ?

  • Les partis politiques ne sont pas clairs dans leurs intentions. Ces dernières demeurent souvent confuses, non dites, pas toujours partagées. Il peut même y avoir des contradictions d’intention au sein d’un parti (pudiquement appelées des courants) ;
     
  • Les partis font semblant de croire que leurs finalités sont claires, en affichant des objectifs concrets mais sans exprimer l’intention qui les motivent. Par exemple « réduire la dette », mais sans en expliquer le pourquoi (Pour ne pas pénaliser les générations futures ? Prétexte pour réduire les charges sociales et la dépense publique ? ). Un autre exemple : une réforme fiscale proposant des taux d’imposition jusqu’à 100% au dessus d’un revenu de 360 000 euros (proposition du Front de Gauche), est affichée comme une finalité de « partage juste de la richesse ». Mais à un tel niveau confiscatoire, la motivation à entreprendre et à gagner au-delà du seuil tombe ou alors tous les riches atteignant ce seuil s’en vont, donc au final il n’y a plus de répartition de richesse et l’intention non dite se révèle plutôt être de « faire payer les riches, de les punir » ;
     
  • Les partis se mettent en concurrence pour gagner des électorats (comme si c’étaient des marchés). Ils se livrent alors à une sorte de guerre, de lutte pour le pouvoir, et tous les moyens sont bons pour arriver à leur fin : manipulations, insultes, dégradation de l’image du concurrent. Une fois le parti gagnant au pouvoir, les partis d’opposition critiquent et dénigrent systématiquement toutes les actions du gouvernement. En cas d’alternance, le parti nouvellement élu détricote les lois mises en place par le gouvernement précédent. Il est assez rare que l’opposition collabore aux projets de lois souhaités par le gouvernement. En tout cas les partis veulent s’afficher ainsi dans ce conflit permanent, même si en réalité la pratique des commissions de l’Assemblée ou du Sénat met autour de la table des parlementaires appartenant à des partis différents : en commission, ils travaillent ensemble mais dès qu’ils se savent filmés, par exemple lors de la séance de questions au gouvernement, ils reprennent leur combat de coqs. Lorsqu’une personnalité politique étiquetée d’un parti opposé au pouvoir fait un pas dans le sens d’une volonté constructive de coopération avec le pouvoir, elle est presque toujours traitée de traître, de « collabo ». Ainsi est-il difficile et assez mal vu de monter un gouvernement d’ouverture. Que n’a-t-on dit aussi de Jacques Attali, ex-conseiller socialiste de François Mitterrand, acceptant de présider une commission de travail sur la croissance commandée par le gouvernement Sarkozy ? Pourtant des initiatives collaboratives ont été mises en place, comme la commission sur le Grand Emprunt, co-présidée par une personnalité de droite Alain Juppé et une personnalité de gauche Michel Rocard. Et quelle polémique s’est déclenchée tout récemment lorsque Robert Rochefort, député européen du MoDem, a déclaré lors d’une interview qu’il était prêt à travailler avec la nouvelle majorité gouvernementale sur les sujets économiques (il n’avait parlé ni de ministère, même si le titre de l’article le laissait entendre, ni de ralliement, il pouvait s’agir d’autres formes de collaboration). Preuve de la sensibilité du sujet, plusieurs parlementaires du MoDem se sont sentis obligés de préciser que l’heure n’était pas au « ralliement », pour éviter toute interprétation erronée. De même que Bruno Le Roux, président du groupe PS à l'Assemblée, a réagi en conditionnant une telle éventualité de collaboration à une approbation de l’ensemble de la politique définie par le président et le gouvernement, une sorte de soumission inconditionnelle.  Aucune nuance, réactions caricaturales. Ce à quoi Robert Rochefort a répondu « Le sujet n'est pas de devenir ministre, mais d'inventer des formes nouvelles pour permettre une plus large coopération politique », citant l’exemple de Martin Hirsch qui avait été nommé Haut Commissaire et non ministre.
     
  • Il existe un socle de valeurs commun aux partis, qui fonde notre pacte social : les valeurs de la république exprimées par le triptyque liberté-égalité-fraternité. Presque tous les partis s’entendent a priori sur ces valeurs de la république, de même que celles de la démocratie. Mais quelle définition attribuent-ils à ces valeurs ? Et mettent-ils ces valeurs dans leurs actes ? Par exemple le libre-échange prôné par un parti de droite peut être qualifiéde néolibéralisme par la gauche ; de même que l’égalité et la solidarité, prônées par un parti de gauche, peuvent être qualifiées d’égalitarisme et d’assistanat par la droite. La gauche prône plus de justice, mais la droite trouve que ce n’est pas juste de récompenser les paresseux ! L’UMP, avec la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, est allée jusqu’à proposer de nouvelles valeurs pour le modèle français : le travail, le mérite, la responsabilité. Comme si  travail,  responsabilité et  mérite  étaient opposés à justice, solidarité et  fraternité… Or il n’est pas possible de ne pas vouloir les deux en même temps, l’équilibre des deux !
     
  • Nous sommes  malheureusement dans une démocratie d’opinion. Comme le dit Roger Nifle : « L’opinion publique est simplement la marque d’une émotion publique trafiquée par les caisses de résonances que sont les médias. Convergent là les intentions malveillantes de manipulateurs, l’écho toujours plus aisé dans les zones de faiblesses humaines, [...] Démagogie et démocratie dans la plus terrible confusion. [...] La caricature grimaçante du politique. » Les médias valorisent la mise en scène des conflits, les petites phrases assassines. Faire mousser pour vendre et plus il y a de mousse, plus les journalistes sont contents. Ils pensent que le peuple aime ça. Il le pousse même à aimer ça.  Ainsi, une personnalité politique comme François Bayrou qui cherche l’équilibre, la nuance, la complémentarité, qui veut travailler à la fois avec la droite et avec la gauche pour se concentrer sur quelques sujets graves et prioritaires pour le pays en crise (emploi, finances publiques, moralisation, échec scolaire), n’est pas vendeur pour les médias, il ne joue plus la règle du jeu implicite. 

Pourtant, il existe des pays où la culture collaborative, l’esprit de coopération, une démocratie moins conflictuelle, permet une mobilisation plus constructive des élus issus de partis différents et facilite un travail en commun. C’est le cas des pays nordiques : Michel Hastings remarque que « les pays scandinaves partagent une culture politique de la négociation qui leur a permis de mettre en place un répertoire très diversifié de modalités de consultation et d’association entre le gouvernement et l’opposition parlementaire. Mais au-delà de ces diversités, on constate aujourd’hui un recul des recherches de majorités ad hoc au profit d’un soutien conçu dans la durée par des partis érigés en partenaires. Ces arrangements s’institutionnalisent progressivement, engageant désormais les loyautés et les confiances dans des programmes de plus en plus intégrés. Il est probable qu’à terme ces reconfigurations coalitionnelles s’accompagnent d’une hiérarchisation des partis d’opposition en fonction de leur potentiel d’association. »

Remarquons d’ailleurs, comme le constatent Yann Algan et Pierre Cahuc dans leur étude sur «La société de défiance »  que les pays qui favorisent cette culture de coopération ou de collaboration, tels les pays nordiques, sont plus propices au climat de confiance entre les citoyens. Ou bien le climat de confiance est-il un conditionnement préalable à un fonctionnement collaboratif ? L’étude montre que « le manque de confiance des Français entrave leurs capacités de coopération, ce qui conduit l’État à tout réglementer et à vider de son contenu le dialogue social ».

Citons aussi le Parlement européen, où les députés de partis différents arrivent mieux à travailler ensemble dans des commissions, sur des projets. Ce n’est donc pas impossible.

 

Comment redonner un sens positif à la « collaboration » ?

Ce mot « collaboration » est porteur d’un sens négatif en France, rémanence du gouvernement de Vichy, teinté de « traîtrise », de soumission au plus fort, ou parfois de mépris (lorsque Nicolas Sarkozy avait qualifié son premier ministre de simple « collaborateur »). Aussi lui préfère-t-on souvent le terme de « coopération ». Or la collaboration, qui est labeur et œuvre ensemble (co), dans un projet partagé, va plus loin que la coopération qui se limite à opérer, à faire ensemble, pour des objectifs ponctuels communs. Les notions de finalité et de sens partagé sont donc primordiales dans le concept de collaboration. Ce terme mériterait de retrouver ses lettres de noblesse.

 Collaboration à six mains
Collaboration à six mains

Il faudrait commencer par arrêter de faire semblant, de faire croire que des personnes de partis différents ne peuvent pas travailler ensemble. Certains médias devraient peut-être prendre le contre-pied du mauvais état d’esprit consistant à valoriser le conflit, en mettant en valeur les initiatives constructives, de personnes ou d’organisations, en mode collaboratif. Il en est souvent question mais cela reste des actions isolées. Il faut changer l’état d’esprit, libérer les politiques de cette quasi obligation actuelle de se critiquer mutuellement, même quand ils peuvent être d’accord sur un point ! Changeons les critères d’évaluation des politiques : les meilleurs seraient ceux qui parviennent à faire travailler les gens ensemble pour faire aboutir les projets, les objectifs communs dans l’intérêt de la France (dette, emploi, éducation, moralisation …). On pourrait suggérer un site Internet où pourraient être évalués les comportements politiques, les attitudes plus ou moins constructives, la capacité à rassembler, un peu sur le modèle du site « désintox » pour faire la chasse aux mensonges lors de la campagne présidentielle. 

Enfin pensons à de nouvelles formes de gouvernance, introduisant des plates-formes collaboratives, utilisant mieux des commissions de travail gouvernementales. Non pas des comités « Théodule » donnant l’impression que l’on traite un sujet pour mieux s’en débarrasser, mais des groupes de travail pluralistes, faisant travailler ensemble différentes nuances politiques, des experts et des acteurs de la vie civile, qui soient de véritables forces de proposition et de progrès. Le gouvernement prend des initiatives allant dans ce sens mais encore timides, limitées et dont le casting laisse à désirer … Déplorons que la Commission sur la moralisation de la vie politique, récemment constituée sous la présidence de Lionel Jospin, ne comporte qu’une personnalité d’opposition, Roselyne Bachelot, de l’UMP, aucun membre du MoDem qui pourtant a été à l’origine de cette idée, ni de EELV comme par exemple Eva Joly, dont la corruption en politique est l’un des fers de lance. Regrettons aussi qu’il n’y ait pas eu (pour le moment) de commission de travail sur le « produire en France », dont une personnalité reconnue comme Robert Rochefort aurait très bien pu prendre la présidence. 

Cette souhaitable évolution des mentalités dans le sens constructif, coopératif et surtout collaboratif, n'est ni naïve, ni angélique, c'est avant tout une question de volonté et d’affirmation claire des intentions.

 

Marie-Anne Kraft et Judith Jérusalmi

 

*Judith Jérusalmi est consultante dans la conduite mobilisatrice du changement au sein des grandes entreprises, des administrations et du secteur de la santé et du social. Elle travaille sur la motivation, l’émergence des potentiels, l’implication dans l’action et l’adhésion aux projets, par la pratique du travail collaboratif.

Marie-Anne Kraft est auteur de « La Révolution Humaniste », une réflexion sur le modèle de société. Pour remettre l’homme au centre, à la place de l’argent, pour que la politique et l’économie soient au service de l’humain, elle prône une société plus coopérative, en alternative ou en complément à la compétition, des approches plus collaboratives dans différents domaines, notamment la gestion de l’entreprise, la construction européenne et le fonctionnement politique.

16/06/2012

François Bayrou : le prix du courage politique

Titre à double signification : d'une part "François Bayrou paie le prix de son courage politique", d'autre part "François Bayrou mérite le premier prix du courage politique", si ce dernier existait (on connaît déjà le prix de l'humour en politique, la noix d'honneur ou le mur du çon du Canard Enchaîné, bientôt sans doute le prix des twitts politiques les plus ravageurs, mais pas encore celui-là !).

Episode 1 en 2002 :  à Toulouse, François Bayrou refuse de rejoindre l'UMP après la réélection de Jacque Chirac, en déclarant une phrase historique "Si nous pensons tous la même chose, c'est que nous de pensons plus rien !" Mais la plupart des députés de l'UDF ne résisterons pas à l'appel du pouvoir. A la veille des élections législatives, 50 des 67députés UDF rejoignent l'UMP.

Episode 2 en 2007 : entre les deux tours de l'élection présidentielle, François Bayrou franchit le rubicon avec son célèbre "Je ne voterai pas pour Sarkozy", justifiant son choix par une incompatibilité de valeurs (l'apologie de argent-roi, le bling-bling, le comportement politique divisant les Français et régnant par menace et récompenses,  ...). Même si par ailleurs, plus proche de Ségolène Royal sur le plan des valeurs, il ne partageait pas son programme. 20 députés UDF soutiennent alors Sarkozy et en échange de leur ralliement voient leur réélection facilitée par l'absence d'un concurrent UMP.

Episode 3 en 2012 : au lendemain du débat de l'entre-deux tours, François Bayrou a fait une déclaration en fustigeant  "la ligne violente qu'a choisie Nicolas Sarkozy", "une course-poursuite à l’extrême droite dans laquelle nous ne retrouvons pas nos valeurs". Sans donner de consigne de vote à ses électeurs, il déclare : "François Hollande, c'est le choix que je fais". Comme en 2007, il justifie son choix en termes de valeurs, qu'il partage avec Hollande, tout en critiquant pourtant le programme du PS, ses promesses intenables, un budget trompeur basé sur des hypothèses non réalistes,  "un programme économique inadapté à la situation du pays et encore plus à la crise qui vient".

Cette dernière position risque d'être fatale à François Bayrou, à tout le moins à court terme sur le plan électoral, car il a sucité à la fois la vengeance de l'UMP sans pour autant éveiller la reconnaissance du PS. Le report des voix de Bayrou sur Hollande a beaucoup contribué à la victoire d'Hollande : Bayrou avait fait 3,3 millions de voix au 1er tour (9,13%), et Selon un sondage IPSOS,   29% de ses voix, soit 1 million se sont portées sur Hollande. Or Hollande gagne sur  1,15 millions de voix. Donc ça n'a pas été neutre. Un appel de Bayrou à voter Sarkozy ou blanc aurait pu le faire perdre.

L'honneur de Bayrou est d'avoir affirmé ce qui lui paraissait juste pour le pays, sans rien négocier, sans tomber dans le calcul électoral.

A ceux qui lui reprochent d'avoir mis en danger son parti en donnant cette position, je répond qu'avant cette annonce, il a convoqué le Conseil National du Mouvement Démocrate, dont je suis membre et auquel j'ai assisté, et que cette position correspondait à la majorité des intentions affirmées par ses représentants, partagés entre le blanc et le vote Hollande plus affirmé, une seule s'avouant en faveur de Sarkozy. Il n'y a pas eu vote mais le résultat d'ensemble était clair.

A ceux qui sont traditionnellement de position "centre-droit", qui ont été choqués par l'affirmation de ce choix leur donnant l'impression d'un "basculement à gauche", d'un "ralliement au PS", je demande de regarder avec plus de discernement ce qui est en train de se passer sur notre scène politique :

- la droite UMP est en train de dériver vers le Front National. Aujourd'hui ce n'est même pas le discours économique sur la crise et l'Europe qui domine, mais les questions sécuritaires, d'immigration et de frontières, repris du Front National. Qui a eu le courage à l'UMP, chez les radicaux ou les pseudo-centristes, de dénoncer cette dérive ? Seuls Villepin et Paillé ont osé. Jacques Chirac lui-même, sa fille et son gendre (et d'autres Gaullistes) ont voté Hollande !

- choisir un président ne revient pas à adhérer ou se rallier au parti qui a soutenu ce président. Le choix du parti se fait dans le vote suivant : les législatives. La position de Bayrou était plus un choix de personne et de valeurs partagées. Les priorités au redressement productif, à l'éducation, à la moralisation publiques, à une meilleure justice fiscale dans la répartition de l'effort, démontrent aussi des convergences. Le point critique étant essentiellement sur la crédibilité du redressement des finances publiques.

Comme le rappelle Cynthia Fleury dans son essai philosophique "La fin du courage" : il n’y a pas de courage politique sans courage moral. Elle démontre  comment un retour à l’exemplarité politique est non seulement possible, mais urgent. 

L'important en politique, c'est le courage. Si notre attitude procède d'une morale (terme plus fort et plus profond que l'éthique) et de liberté (d'esprit, de parole, contraire à la soumission et à l'asservissement), seule la voie du courage est la bonne (et la plus difficile). Elle isole parfois, quand les autres ne sont pas eux-mêmes courageux notamment et suivent comme des moutons ...L'exemple de la Résistance face au Nazisme et au suivisme de Vichy en est une belle preuve !

François Bayrou appartient à la catégorie de ces hommes-là, qu'on appelle "hommes d'Etat", ceux qui ont encore du courage et de la résistance, la volonté de faire passer l'intérêt du pays et ce qui est juste avant l'intérêt personnel. Il mérite l'estime, il mérite d'être réélu. Et si malheureusement il ne l'était pas, il reste une voix libre qui compte dans le pays. Le Mouvement Démocrate aura souffert de la radicalisation accentuée par la crise, du rouleau compresseur électoral, de la centrifugeuse ("centri-tueuse" ?) de la bipolarité, mais reste une force libre et constructive, qui doit aussi compter dans la vie politique et dans le débat. Plus que jamais je pense que ça en vaut la peine et que l'avenir nous donnera raison.

Citations :

<<  Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles qu'il faut renoncer à ce que l'on croit juste  >>
|                  
François Bayrou 

<< Le courage, c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. >>
|                
  Jean Jaures  

<< Il n’y a de classe dirigeante que courageuse. À toute époque, les classes dirigeantes se sont constituées par le courage, par l’acceptation consciente du risque. Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer. Est respecté celui qui, volontairement, accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux. Est un chef celui qui procure aux autres la sécurité, en prenant pour soi les dangers. >>
|                  Jean Jaures 

<< Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. >>
|                 Georges Clémenceau 

 Pour les moins courageux :
<< Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C'est d'avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme même perverse. C'est d'avoir une âme habituée. >>
|                 Charles Péguy

09/06/2012

Double vision : l'art du trompe-l'oeil

DoubleVision 2.pps

20/04/2012

L’ultime avertissement de François Bayrou avant le 22 avril

La campagne présidentielle s’achève avec cette impression amère, confirmée par la presse internationale sidérée, qu’elle n’a pas traité les sujets essentiels : la crise de la dette et le chômage, suivi par le niveau de plus en plus dégradé de notre éducation. Elle a aussi quasiment éludé l’écologie et la santé publique. Seul le candidat François Bayrou a cherché à tenir un langage de vérité sur la gravité de la situation économique de la France et a fait des propositions fortes pour le « produire en France » et sur « l’instruire ». Eva Joly a parlé d’écologie et de santé publique, mais sans que ces sujets importants mobilisent car devenus non prioritaires, au point qu’elle ne parle plus d’écologie dans son clip officiel de campagne.

Cette campagne a continué de fonctionner sur un ancien référentiel, le clivage traditionnel « gauche-droite », alors qu’il y a plus de division et même une vision différente de modèle, au sein de la droite et au sein de la gauche qu’entre la partie gauche et la partie droite plus centrales, c'est-à-dire en désaccord avec son extrême. Les candidats des extrêmes, d’extrême gauche comme d’extrême droite, veulent "casser le système", casser l'euro ou l'Europe, sortir du capitalisme et de la mondialisation en prônant le protectionnisme, tout en désignant les boucs émissaires. Comme dit François Bayrou : « Sarkozy est le candidat de la division et Hollande le candidat de l’illusion, et les extrêmes sont soit dans "l'extrême division" soit dans "l'extrême illusion". Mais « Les partis se tiennent par leur noyau dur » !

Sur leur vision du modèle de société, Sarkozy, Hollande et Bayrou sont au moins d’accord sur des objectifs communs même s’ils dénotent des priorités différentes et certaines nuances : préserver l’Europe et l’Euro, sauvegarder notre modèle social, assainir les finances publiques en réduisant le déficit, réindustrialiser la France, mieux réguler la finance, intégrer la dimension écologique même si le thème reste en retrait, sans casser le système. La candidate écologiste Eva Joly est aussi dans la continuation de ce modèle même s’il donne plus de priorité à certains thèmes (écologie et lutte contre la corruption). Alors que Sarkozy prétend "protéger" tout en divisant les Français, Hollande prône l'égalité par la "redistribution" mais en faisant des promesses intenables et en s'adressant à "la gauche", c'est François Bayrou qui à mon avis a la meilleure analyse, tenant un langage de vérité avec une approche lucide et pragmatique et visant vraiment à "créer" de l'activité, des vrais emplois, pour sauver à la fois notre modèle social et nos emplois, en assurant plus de solidarité, en rassemblant et en s'adressant à tous les Français. Je pense également que son idée de rassemblement central autour de cette vision commune, des priorités visant à sortir la France de la crise en prenant les problèmes à la racine et en responsabilisant les citoyens, est la bonne, même si elle est mal comprise dans le contexte de bipolarité politique gauche-droite. Et qui d’autre que lui, François Bayrou, pourrait conduire ce rassemblement central ?

Avant de voter, écoutons l’analyse de François Bayrou et son ultime avertissement :

La France est dans une situation économique désastreuse, beaucoup plus grave que Sarkozy et Hollande le disent. Niveau insupportable de la dette publique et du déficit commercial extérieur, désindustrialisation galopante. Et ceci est dû aux politiques publiques des gouvernements de gauche comme de droite qui ont laissé filer ces déficits et qui n'ont pas su avoir de stratégie industrielle, qui n'ont pas anticipé et géré les évolutions technologiques, la mondialisation etc.

Cette situation n’est pas due à la mondialisation, à la Chine, ni à l’euro. La preuve c'est que les autres pays, dans un même contexte, avec le même coût du travail, et pour la plupart dans l'euro, ont une balance commerciale en excédent et un faible chômage : Allemagne, Pays-Bas, Pays nordiques ... Notre modèle social est maintenant mis en danger si on ne redresse pas la barre tout de suite. François Bayrou soutient l’euro et l’Union Européenne face à ceux qui veulent remettre en cause la monnaie unique ou qui refusent de payer la dette que les gouvernements français ont accumulée depuis trente ans, face à ceux qui voudraient une solution argentine (qui s’est traduit par un effondrement de 50% du niveau de vie, 53% de personnes passées sous le seuil de pauvreté, exil,…).

 - Le niveau de la dette publique est tel qu'il faut absolument le geler (puis le réduire …) en s'interdisant tout déficit et en immunisant le taux d'intérêt, mais avec une solution crédible, pas en s'imaginant qu'il suffit de faire payer les riches ou avoir recours à un financement à taux zéro de la BCE, ce qui n'est pas envisageable sans l'accord des partenaires européens et qui génèrerait une inflation telle que ce serait ruineux au final.

L'assainissement des finances publiques doit s'accompagner d'une politique de croissance basée sur le « produire en France » soutenu par le « acheter français », mais pas par une dépense publique excessive, pas par des chèques en bois, pas par des emplois subventionnés ou très à la marge. Une politique de soutien de la demande par la consommation (augmentation des salaires etc.) ne pourra réussir si les consommateurs achètent surtout des produits étrangers. Au contraire, cela creusera encore un peu plus le déficit commercial et n’arrangera pas plus les finances de l’État. Pourtant, c’est l’erreur que voudrait commettre à nouveau la gauche si elle parvenait au pouvoir. Il faut redynamiser l'économie filière par filière en créant de l'activité. François Bayrou a donné des multiples exemples dans l'industrie, dans la filière bois, dans le numérique, etc.

François Bayrou soutient son argumentation en comparant la France à l’Allemagne :

-          La France, depuis 2005, a un déficit commercial extérieur (exportations-importations) qui s’est creusé jusqu’à atteindre 70 milliards en 2011 (ce qui est équivalent en montant à 3 millions de salaires charges comprises !), alors que l’Allemagne a un excédent de 160 milliards (équivalent de plus de 6 millions de salaires charges comprises !).

-          Pourtant les deux pays sont de même niveau, avec la même monnaie, les mêmes coûts salariaux, les mêmes niveaux de protections sociales (le coût du travail est même un peu supérieur en Allemagne).

-          En étudiant attentivement chaque filière, François Bayrou a cherché à comprendre pourquoi la France ne produit plus et pourquoi l’Allemagne produit beaucoup. L’Allemagne était au même niveau que le France en 2004 mais le gouvernement de Gerhard Schröder avait décidé de mettre en œuvre un plan industriel qui porte maintenant ses fruits, en regardant filières après filières les spécificités de chaque marché.

François Bayrou a pris pour exemple la filière bois. La France métropolitaine a 16 millions d’hectares de forêts et 450 000 emplois. En Allemagne, il y a 11 millions d’hectares de forêts et 800 000 emplois. Cela voudrait dire qu’en France, il manque plus de 500 000 emplois avec ses ressources forestières. Pourquoi ? Parce que l’Allemagne a décidé d’un grand plan de réimplantation de scieries et que la France va en Allemagne pour scier ses arbres !

Il a aussi donné un autre exemple, avec l’industrie automobile. Il y a sept années, Renault produisait 1,2 million de véhicules en France et Volkswagen autant en Allemagne. Aujourd’hui, Renault ne produit plus que 440 000 véhicules en France et Volkswagen en produit 2,2 millions en Allemagne. Les ouvriers de Volkswagen ont même eu droit à une prime de 7 500 euros pour les remercier du travail accompli.

L’Allemagne a veillé à préserver ses emplois sur son sol, par une politique industrielle et par le soutien des partenaires sociaux qui sont associés aux décisions de l’entreprise. Ces derniers ont aussi accepté de recourir au chômage partiel pendant le temps fort de la crise économique, en 2009 notamment, pour garder les compétences et pouvoir reprendre ensuite l’activité lors de la reprise. Le dialogue social joue un rôle essentiel dans cette stratégie. De même que l’entrée de représentants du personnel avec droit de vote dans les conseils d’administration des entreprises devrait aussi, selon François Bayrou, faciliter ce dialogue, l’approbation d’une stratégie qui défend l’emploi. Il prône aussi la participation de représentants de personnel que dans les comités de rémunération afin de mieux contrôler les rémunérations de leurs dirigeants.

L’approche de François Bayrou part d’une analyse profonde et d’une vision du modèle de société articulé autour des valeurs républicaines. Elle est pragmatique, s’enrichissant des expériences qui ont réussi, dans les autres pays, ou au sein de notre pays. Elle est responsabilisante, ne cherche pas les boucs émissaires, la condamnation de causes extérieures, ce qui empêche de voir nos propres défauts. Enfin, il a confiance dans les citoyens qui ne demandent qu’à éveiller leur conscience, à comprendre, à être informés, pour contribuer aux réflexions, au débat et à choisir en connaissance de cause.

26/02/2012

Libre, François Bayrou est le seul à pouvoir véritablement moraliser la vie politique

Samedi 25 février 2012, François Bayrou a tenu son quatrième grand forum thématique, sur les questions de justice, de démocratie, des contre-pouvoirs (notamment sur l'indépendance de la presse). Edwy Plénel était invité de la troisième table ronde, ainsi que  Jean-François Kahn, délectant l'auditoire d'excellentes interventions bruyamment applaudies, Edwy Plénel citant Tocqueville qui  menaçait la démocratie du risque de "dictature douce" ou encore, à propos des atteintes faites à la démocratie, Péguy qui disait "Il y a quelque chose de pire que d'avoir une âme perverse. C'est d'avoir une âme habituée". 

Retenons aussi le remarquable discours de clôture de François Bayrou, dénonçant les dérives et abus du pouvoir, les conflits d'intérêt, les relations incestueuses du pouvoir avec le monde des médias et des puissances financières, annonçant s'il est élu président en 2012 un référendum sur la moralisation de la vie politique, le 10 juin, le même jour que le premier tour des élections législatives, incluant les propositions suivantes :

Les 12 propositions de François Bayrou :

1/ Fixation des règles de composition d'un gouvernement resserré de moins de 20 ministres.

2/ Cumul des mandats "interdit" pour les députés dès les législatives de juin, "limité" pour les sénateurs.

3/ Délégation de vote supprimée et donc présence obligatoire des députés pour voter les lois; tous les votes seront publics.

4/ Fixation des principes d'une nouvelle loi électorale et d'une nouvelle composition de l'Assemblée nationale: nombre des députés diminué d'un tiers, "de l'ordre de 400" au lieu de 577 aujourd'hui. Elus pour trois-quarts au scrutin majoritaire actuel et pour le quart restant à la proportionnelle. Réduction du nombre de sièges applicable au Sénat.

5/ Reconnaissance du vote blanc à toutes les élections.

6/ Obligation effective de parité hommes-femmes.

7/ Suppression de "la myriade de micro-partis individuels ou de complaisance".

8/ Définition du conflit d'intérêts pour les responsables politiques, pour les hauts fonctionnaires (obligation de déclaration publique des intérêts privés avant l'entrée dans la fonction et lors de toute modification, fixation des incompatibilités), création d'une Autorité de déontologie de la vie publique pouvant être saisie par les citoyens.

9/ Interdiction du retour dans la vie publique des élus condamnés pour corruption.

10/ Indépendance de la justice. Le ministre de la Justice aura un statut particulier. Sa nomination, proposée par le duo exécutif, devra être soumise à l'approbation d'une majorité qualifiée du Parlement, devant qui il sera individuellement responsable et par qui il pourra être censuré. C'est lui qui conduira au nom du gouvernement la politique pénale de la nation.

11/ Indépendance des médias. Abrogation de la procédure "scandaleuse" qui fait de la nomination des présidents de l'audiovisuel public l'apanage personnel du chef de l'Etat.

12/ Procédure nouvelle pour éviter les nominations de complaisance et les soumettre à une approbation du Parlement et non pas à la "pseudo-approbation" actuelle.

Compte tenu de toutes les affaires, les casseroles, que traînent l'UMP et le PS depuis des années où il ont conduit le pays en alternance et en monopolisant le pouvoir, seul un homme (ou une femme) honnête, intègre et libre de ces appareils, non tenu par des parlementaires qui n'accepteront jamais de lâcher leurs privilèges, peut proposer une telle refondation, peut s'engager enfin à ce que ces promesses, tant attendues par nombre de Français, soient enfin traduites dans les actes. Et ceci dès le vote en référendum, approuvé par les Français eux-mêmes (notamment le non cumul des mandat pour les députés élus en mai prochain !). Seul le point 4 sur la nouvelle loi électorale, diminuant le nombre de députés et instituant 25% de scrutin à la proportionnelle, ne peut être mise en place que pour la prochaine législature, car elle nécessite un travail préparatoire, un redécoupage des circonscriptions).

François Bayrou est cet homme-là. Il a de plus de l'expérience et vise réellement la reconstruction du pays, dans un esprit d'unité nationale et non plus d'affrontement camp contre camp. Eva Joly aurait pu aussi, en tant que femme intègre et soucieuse des mêmes objectifs, mais son parti, trop lié au PS, n'est pas libre. Jean-Luc Mélenchon non plus n'est pas libre et quand il prône une Assemblée constituante et exhorte les citoyens à "reprendre le pouvoir" dans un esprit révolutionnaire, alors qu'il annonce son ralliement au PS, ce n'est pas crédible. Corinne Lepage également, mais qui pèse si peu électoralement et qui n'a pas la potentialité de François Bayrou d'atteindre le second tour.

Il est temps de tourner la page, de donner un grand coup de balai ("Escoubat !" comme on dit en béarnais ...).

Extrait du discours de François Bayrou :

"Cette moralisation de la vie publique qui traîne depuis trente ans, dont tout le monde parle depuis trente ans sans que jamais rien ne change, cette moralisation de la vie publique, je considère qu'il est vital, vital pour la France, de la conduire maintenant à son terme. 

... Je ferai une vie politique honnête et insoupçonnable parce que je serai un président libre, lié à aucun réseau, ne trimbalant aucune affaire lointaine et que j'aurai pour le faire le soutien des Français.

... J'en suis arrivé à une certitude : le monde politique tel qu'il est dominé par les deux partis du monopole du pouvoir est incapable de se réformer lui-même. Or la réforme est vitale pour retrouver l'estime du peuple envers ses élus et ses dirigeants et pour que cessent les manipulations et les manoeuvres. Elle est nécessaire en particulier et surtout pour redresser la France et la sortir de la crise, car la condition du redressement, c'est la confiance retrouvée. Pour rétablir les principes de la République, les simples principes de l'éducation civique, il faut donc en passer par la seule autorité qui vaille, qui est l'autorité directe des Français. "


AGENDA 2012/2020, 4ème Forum, Démocratie... par bayrou