02.07.2009

La recomposition politique française devrait s'articuler autour de la confrontation entre deux modèles de société

Quelques réflexions personnelles sur le paysage politique français en vue de proposer une approche pour les prochaines échéances électorales :

Il y a les partis, les idéologies et les leaders politiques

 

Certains partis sont des partis initialement fondés sur une idéologie plus que sur un leader (le PS, le PC ou Front de Gauche, Les Verts) et d’autres sont des partis rassemblés autour d’un leader, qui montre le chemin et fédère soit par sa personnalité soit par les valeurs qu’il représente (l’UMP avec Nicolas Sarkozy, le Mouvement Démocrate avec François Bayrou). Le NPA étant une combinaison des deux avec le leadership d’Olivier Besancenot.

Certains partis ont une base idéologique affirmée (NPA, Front de Gauche et PC basés sur la lutte des classes, la lutte sociale), d’autres en avaient une mais qui est dépassée (le PS, basée sur le collectivisme et le rôle central de l’Etat), d’autres encore n’affichent pas franchement leur idéologie même si elle est sous-jacente à leur programme (UMP, avec une politique néocapitaliste, centrée sur l’argent, le profit individuel, les valeurs matérielles et la loi du plus fort, même si elle est mâtinée de protection sociale et d’interventionnisme de l’Etat avec notamment la récente crise).

 

Dans ce paysage, le PS est un parti ancien, ancré, avec de nombreux élus mais souffrant à la fois d’un problème de leadership (trop de prétendants, en lutte dans une guerre de concurrence autodestructrice, se livrant une guerre fratricide) et d’un problème de clarification idéologique. Son contenu programmatique s’est construit autrefois dans un certain contexte puis a dû s’adapter, nécessitant des « synthèses » de plus en plus difficile à élaborer et à exprimer en cohérence notamment avec les anciens fondamentaux idéologiques et même avec son nom « Socialisme » devenu obsolète. Ainsi comment faire la synthèse entre les partisans du oui et du non à l’Europe, entre les tenants de l’économie de marché dont certains, notamment dirigeants du FMI et de l’OMC (Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy), s’affichent très libéraux et d’autres au contraire partisans d’une économie régulée par l’Etat.

 

Les Verts sont un parti non fondé sur une véritable idéologie mais basé sur la défense de l’environnement, délivrant un programme centré sur ce thème et donc partiel. En termes de leaders, les élections européennes montrent un décalage entre le contenu programmatique et la représentation de ses leaders, ainsi que l’importance de la communication. Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly ne s’étaient jamais montrés spécialement écologistes avant de venir porter les couleurs des Verts, traduisant un certain opportunisme, de même que Daniel Cohn-Bendit a toujours été très libéral, ayant toujours par ses votes soutenu la concurrence contre les services publics, comme l’atteste le dernier numéro du journal Marianne du 27 juin 2009, alors que dans la perception du public Les Verts sont situés à gauche. Des anciens Verts ont préféré rejoindre le MoDem, à forte composante écologique, notamment des anciens représentants du parti tels que Jean-Luc Bennhamias et Yann Wehrling. Point assez paradoxal et qui démontre le succès de communication de Daniel Cohn-Bendit : la manière dont ce dernier a mené campagne en disant qu’il la faisait sur le fond, sur l’Europe, en ne rappelant pas l’orientation de ses propres votes passés (contre les services publics), en stigmatisant en même temps François Bayrou (pourtant profondément européen) qu’il désignait comme un obsédé de la présidentielle « touché par la Vierge », multipliant les petite phrases assassines et les provocations, retournant en bouquet final contre ce dernier l’accusation de phrase assassine (syndrome de l’arroseur arrosé), qu’il a fini par provoquer lui-même en retour. Trop fort ce Dany ! Son fils a raison de dire qu’il ressemble à Sarkozy, sur la com’ notamment ...

 

Le Mouvement Démocrate, issu à la fois de l’ancien parti UDF centriste démocrate et européen et du parti écologiste CAP21 fondé par Corinne Lepage, a été clairement un rassemblement d’hommes et de femmes autour d’un leader, de François Bayrou, au lendemain des présidentielles où ce dernier avait recueilli 19% des voix. Ce leader incarnant des valeurs et une nouvelle forme d’idéologie : défense des valeurs démocrates, républicaines, sociales et humanistes, priorité à l’égalité des chances et au respect de l’environnement, aux valeurs créatives, qu’elles soient appliquées à la création d’entreprise, à l’innovation et à la recherche ou à la culture. On remarquera d’ailleurs la convergence de valeurs exprimées entre le MoDem et le PS, et pour la partie écologique la grande convergence de priorités et de contenu entre le MoDem et les Verts. Le MoDem cherche à exprimer plus franchement son idéologie humaniste, remettant l’homme en tant que valeur centrale à la place de l’Etat et à la place de l’argent-roi. En termes programmatiques, d’application politique, l’Europe représente pour le MoDem un levier central et incontournable dans la mondialisation pour de nombreux sujets : réchauffement climatique, défense, immigration, spéculation mondiale et lutte contre les paradis fiscaux, crise économique et problème de concurrence non équitable engendrant des délocalisations, gestion des ressources énergétiques, accès à l’eau et aux matières premières, développement de l’Afrique, ...

 

Il y a les élections présidentielles et les autres élections 

 

Les élections présidentielles sont différentes des autres car même si un leader est porté par un parti, il doit obtenir une adhésion plus large que celle de son parti et doit pouvoir rassembler et représenter l’ensemble des Français. Il doit aussi être crédible en matière de capacité à former un gouvernement, des ministres qui mèneront une politique cohérente. Ce challenge est d’autant plus fort pour François Bayrou et le MoDem, parti non majoritaire et comptant peu d’élus, donc peu de ministrables.

Les élections législatives découlent des élections présidentielles, le calendrier électoral aidant, alors que les autres élections intermédiaires municipales et cantonales, européennes et régionales, dépendent plus d’enjeux locaux ou programmatiques.

Comme le montrent les résultats en France, un parti peut être majoritaire sur des élections régionales et locales (PS) alors même qu’un autre est majoritaire aux présidentielles et aux législatives (UMP), même à peu de temps d’intervalle. Le score des européennes a aussi montré sur fond de forte abstention un autre équilibre des forces politiques ainsi qu’une très forte volatilité la dernière semaine précédent le scrutin. En effet, en une semaine environ, comparé aux sondages précédents relativement stabilisés, à 27% pour l’UMP, 22% pour le PS,  13 ou14% pour le MoDem, 10% pour Europe Ecologie (Les Verts), le PS perdait finalement plus de 5 points, le MoDem également, le NPA presque 2 points au profit du Front de Gauche tandis que l’UMP gagnait 1 point et que Europe Ecologie (Les Verts) gagnaient 6 points. François Bayrou a été fortement attaqué, rendu coupable de la baisse du score attendu des listes du MoDem suite à l’escalade d’invectives dans laquelle il s’est laissé entraîner lors du débat l’ayant opposé à Daniel Cohn-Bendit, mais on peut se demander si l’effet de la diffusion du film « Home » juste avant le jour du vote, vu par 9 millions de téléspectateurs, déclenchant un réflexe écologique, n’est pas plutôt la cause majeure du renversement. En effet, la baisse constatée sur le PS est de la même ampleur que celle du MoDem, environ 5,5 points chacun (11 points en tout), alors que Europe Ecologie a récupéré 6 points au total.

Il y a ce que disent les leaders pour leur propagande électorale et il y a ce qu’ils font réellement, appliquant leur politique

 

Nicolas Sarkozy a été élu majoritairement par les Français surtout pour sa personnalité, trépidante et active, jugée dynamisante, quelle que soit l’idéologie qu’il défendait ou plutôt qui était sous-jacente à son programme de réformes, sur base de slogans simples (« travailler plus pour gagner plus », « chercher la croissance avec les dents ») et quelques thèmes phares (le pouvoir d’achat et la croissance), thèmes qui rassemblent les français à la fois de gauche et de droite. Il n’a pas été élu ni pour démanteler le contrat social et précariser encore plus les classes moyennes et pauvres, ni pour piétiner les valeurs républicaines d’égalité des chances, ni pour « monarchiser » le pouvoir du président de la République et supprimer les contrepouvoirs, ni pour mettre la main directe sur l’audiovisuel public, ni faire des cadeaux fiscaux aux riches (bouclier fiscal), ni pour rallier le commandement armé de l’OTAN (de surcroît sans conditions ...) donnant une caution atlantiste  la politique étrangère et de défense et remettant en question tout espoir de mise en place d’une politique de défense européenne indépendante), ...

Et pourtant, il a mis en place de nombreuses réformes non annoncées dans sa campagne.

De même qu’il n’a pas augmenté le pouvoir d’achat ni la croissance, même juste avant  la crise financière, qui au moins peut servir maintenant d’alibi à cet échec.

Il a aussi récemment fait de nouvelles annonces/réflexions qui reprennent des propositions que François Bayrou avait faites lors de sa campagne présidentielle : la taxe carbone, la retraite à points, la distinction entre un bon et un mauvais déficit (déficit dû à des investissements d’avenir et déficit de fonctionnement couvrant des dépenses courantes),...

Malgré toutes ces contradictions, l’UMP (dont le Nouveau Centre, La Gauche Moderne, et autres affidés), ministres et députés, suivent leur leader (aveuglément ?) et votent les réformes décidées par avance par leur charismatique président et encore officiant comme un chef de parti.

 

Concernant François Bayrou, si on compare ses actes à son projet présidentiel, les élus députés qui l’ont lâché au second tour des présidentielles pour soutenir Nicolas Sarkozy ont prétexté qu’il avait dérivé de sa ligne en disant qu’il « ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy », voyant en cela à un virage à gauche, même s’il n’a pas soutenu Ségolène Royal, étant en désaccord avec son programme malgré la convergence des valeurs. Les militants n’ont pas suivi ces élus et ont considéré qu’au contraire, François Bayrou était bien fidèle à la ligne défendue, notamment sur l’incompatibilité des valeurs défendues avec celles de Nicolas Sarkozy. Deux ans après, suite aux élections européennes dont le résultat a déçu fortement les têtes de listes et les militants du MoDem, certains parmi eux ont fait ressortir des défauts de gouvernance du parti, notamment le caractère trop autocratique de François Bayrou, la nécessité d’un management plus collégial. Ils considèrent que François Bayrou se doit d’afficher un comportement exemplaire respectant les valeurs que lui-même a toujours prônées, de représentation démocratique des citoyens comme de la manière de faire de la politique, sur les sujets de fond et non sur des querelles de personnes, une attitude d’opposition systématique (à Nicolas Sarkozy) ou se laissant aller à des invectives personnelles. Bref, ils sont les premiers à le rappeler à l’ordre, comme quoi contrairement à ce que disent de mauvaises langues, le MoDem n’est pas un club de fans et de « béni-oui-oui » ! Simplement, je pense qu’ils n’auraient pas dû le faire en public, sous forme de lettre ouverte sur internet avec en plus une pétition publique, ce qui ajoute de la critique à la critique. Les problèmes internes doivent être réglés en interne, en famille.

 

Conclusion

 

Sur le fond, la forte convergence de valeurs entre le MoDem, le PS et Les Verts, pour un modèle de société alternatif humaniste et durable, est favorable aux alliances entre ces partis. Ce modèle à construire est en opposition avec le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation que défendent Nicolas Sarkozy (donc l’UMP dans son sillage) et José Barroso au niveau de l’Europe. Il y a clairement une idéologie convergente à défendre et c’est cela qui est important, au-delà de la concurrence entre personnalités présidentiables. Surtout suite à la grave crise que nous vivons, qui prouve l’échec de la politique précédente. Mais Nicolas Sarkozy, devant l’échec du capitalisme mondialisé, devant la perversion à laquelle a mené la financiarisation de l’économie, commence à adopter un langage plus social, plus régulateur, plus étatiste, pour rassurer, même si les actes ne vont pas vraiment dans le même sens (il ne revient pas sur le bouclier fiscal, il ne fait rien sur les stock-options et les salaires exorbitants des dirigeants, les mesures contre les paradis fiscaux sont purement cosmétiques,...).

Le débat politique devrait se recentrer sur l’affrontement entre deux modèles de société, d’une part le modèle actuel capitaliste centré sur la maximisation des profits individuels, même s’il est soi-disant « refondé » et mieux régulé, d’autre part sur un modèle alternatif qu’on peut qualifier d’humaniste.

Une entente de convergence sur le modèle de société alternatif peut être matérialisée dans des alliances tout d’abord sur le front européen contre la nomination de Barroso, puis aux régionales, dans des positions communes au Parlement en France comme au niveau européen, puis dans une entente de second tour à la présidentielle.

Il s’agira de maximiser les chances au second tour, quel que soit le candidat arrivant au 1er tour, et d’envisager un gouvernement composé de personnes venues à la fois du MoDem, du PS, des Verts.

10.06.2009

François Bayrou n'est pas "ignoble", il est humain ...

Je vous propose de revenir sur l’actualité de cette semaine passée.

Des sondages erratiques, des électeurs indécis, une ambiance électrique, un seul débat télévisé organisé le jeudi 4 juin 2009, 3 jours avant le vote des Elections européennes, non entre candidats mais entre responsables de partis, qui s’avère une foire d’empoigne inaudible, un combat de coqs lamentable.

Au lieu de parler d’Europe, de centrer le débat sur des thématiques (volontaire ?), l’animatrice Arlette Chabot met volontairement en face à face les concurrents visiblement pour attiser les discussions. Il aurait été intéressant de faire ressortir les convergences et les divergences entre les différents mouvements, pour les auditeurs qui n’auraient pas eu le temps de comparer les programmes, publiés très tardivement du reste par certains des partis en présence.

On aurait pu constater notamment la forte convergence du programme écologique entre le Mouvement Démocrate et les Verts, celle des valeurs humanistes et sociales entre le Mouvement Démocrate et le PS, la reprise en dernière minute dans le programme UMP de points proposés par le Mouvement Démocrate et en partie même le PS (Emprunt européen, convergence à cibler sur la protection sociale, taxe carbone).

 

Deux points ont été retenus de ce débat :

-         François Bayrou a perdu ses nerfs, harcelé par Daniel Cohn-Bendit : il a fini par craquer en répliquant à une violente attaque de Daniel Cohn-Bendit qui après avoir répété dans ses meetings que François Bayrou avait été "touché par la Vierge", se moquant de sa foi catholique, le traita en séance de "minable", inacapable de devenir président de la République" et l’accusait de propos « ignobles » (faisant pourtant simplement allusion à une connivence entre Dany Cohn-Bendit et Nicolas Sarkozy). François Bayrou lui rétorque qu’en matière d’ignominie, il est mal placé pour les propos qu’il a écrits (NDLR : en 1975 dans un livre « Le Grand Bazar, éditions Belfond) concernant des actes sur des enfants et leur justification (seuls les initiés peuvent comprendre qu’il s’agit de propos complaisants à l’égard de la pédophilie, d’éveil des enfants aux activités sexuelles) .

-         Jean-Luc Mélenchon répliquant à Arlette Chabot « Allez au diable ! ».

 

Les grands partis (Xavier Bertrand et Martine Aubry) concluent à l’issue du débat qu’ils sont écoeurés de la réplique de François Bayrou et la presse reprend leurs critiques, faisant de François Bayrou l’injurieux, oubliant les attaques violentes et provocantes de Daniel Cohn-Bendit, et ne s’intéressant même pas au fond de la critique émise par François Bayrou, qui porte sur un sujet grave de société touchant à l’enfance. Il semble pour la presse et les médias que ces sujets sensibles soient trop tabous pour être abordés et que leur évocation ne puisse avoir qu’un motif de récupération politicienne. On préfèrera parler longuement du crash de l’Airbus au large du Brésil et des bébés congelés, affaires probablement plus anecdotiques et plus originales que les souffrances subies par de nombreux enfants du fait d’actes de pédophiles de plus en plus assumés grâce à des théories qui justifient leurs actes ou à tout le moins les présentent avec une certaine complaisance.

 

Certes, François Bayrou a commis certaines erreurs et s’est laissé emporté par l’émotion. Je m’en sens en partie responsable, l’ayant informé une semaine avant le débat du contenu du livre « Le grand Bazar » écrit par Daniel Cohn-Bendit sans pourtant couloir utiliser cette information à l'encontre de ce dernier, ce qui aurait été forcément mal reçu. Ses principales erreurs furent visiblement de ne pas opposer une bonne communication face à l’endoctrinement médiatique dont il a été l’objet par ses adversaires et relayé par la presse, soit aux ordres, soit panurgique et passive :

-         «  Le Modem n’a pas de programme »,

-         « François Bayrou n’est que dans l’anti-Sarkozysme primaire »,

-         « Le MoDem, en la personne de François Bayrou se trompe de campagne et ne parle pas d’Europe, focalisé déjà sur les Présidentielles de 2012.

 

Or, le Mouvement Démocrate a travaillé très sérieusement sur le programme depuis septembre 2008 et a mené campagne bien avant les autres, ses candidats, ses cadres et son président François Bayrou enchaînant meetings, cafés démocrates, rencontres citoyennes, etc. sur les sujets européens.

Mais ce n’est visiblement pas ce qui a été retenu.

 

Le livre de François Bayrou « Abus de pouvoirs », traitant de la gouvernance politique française, a aussi surtout parlé du projet, du modèle de société, de la proposition d’une alternative humaniste comparée au modèle qui nous a été imposé dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes, bénéficiant à une caste privilégiée, et que le pouvoir actuel en France cherche à développer. Ce qui n’est pas ciblé sur la personne de Nicolas Sarkozy mais sur sa manière d’exercer le pouvoir et de développer insidieusement une idéologie dominante. Ceci en France comme en Europe et au niveau mondial. Mais le succès de ce livre s’est retourné contre son auteur, qualifié par ses détracteurs de « hors-sujet » au moment de la campagne européenne.

 

Le réchauffement climatique et son urgence écologique, la crise économique, le problème d’insertion et de chômage des jeunes, la crise démographique, le problème de développement de l’Afrique, … tous les sujets ont été traités, sur le papier et sur le terrain … mais pas dans les médias.

 

Principales conclusions :

 

1-     Le Mouvement Démocrate souffre d’un problème de communication et d’espace médiatique pour pouvoir s’exprimer,

2-     Le charisme et la place prépondérante de son leader François Bayrou rendent le parti plus sensible aux éventuelles faiblesses de ce dernier ; il faut plus valoriser et mettre plus en avant sur la scène médiatique les cadres du Mouvement,

3-     Il faut être « batailleur », prêt au combat politique, en résistance, ne pas accepter la mise en cause systématique  alors même que ceux qui attaquent et harcèlent ne sont même pas inquiétés, mais ne pas verser cependant dans la victimisation et la paranoïa.

4-     Revenons sur les sujets de fonds : sur le thème de l’écologie, il y a clairement une convergence avec les idées des Verts, de Europe Ecologie, justifiant un rapprochement, une alliance, une entente et une attente des Français et des Européens. Il faut transcender les querelles d’hommes pour favoriser le rapprochement afin de vraiment défendre ces valeurs communes et leur priorisation dans les lois et la politique européennes.

 

Ceci, François Bayrou, Marielle de Sarnez et les cadres et élus du Mouvement Démocrate l'ont compris. François Bayrou admet dignement ses erreurs, qui sont plutôt des erreurs de « forme ». Sur le fond, il garde sa ligne et son intransigeance, la priorité aux valeurs humaines. Et surtout, il nous a montré qu’au fond il était humain, capable de colère tout en restant « correct » dans son expression, et surtout que sa priorité est la défense de valeurs, en particulier à ce qui touche à l’enfance. Peu de gens ont perçu l’importance du message, son sous-entendu. Ils le découvriront plus tard …

01.06.2009

Leçon de l'abstention : comment rendre l'Europe plus proche du citoyen ?

Pour les prochaines élections européennes qui se dérouleront le 7 juin prochain est annoncé un taux d'abstention record, qui pourrait atteindre entre 60 et 65%, pire qu'en 2004 qui présentait déjà un record avec le taux de 57,5% d'abstention pour la France. L'Europe de l'Est n'est pas en reste avec un pronostic encore pire que celui de la France. Depuis 30 ans, les électeurs ont marqué un désintérêt croissant à l'égard du Parlement européen. Pourquoi et comment les intéresser à nouveau à l'Europe ?

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1- Comme le dit Philip White, analyste au Centre pour les réformes européennes à Londres : "Beaucoup d'électeurs ne comprennent pas ce que fait le Parlement européen. Si ses pouvoirs ont été renforcés, ils portent surtout sur des problèmes relativement techniques - santé, télécoms - et non sur les impôts, le budget ou l'éducation qui importent beaucoup plus aux gens". De plus, souligne-t-il, "aucun gouvernement n'est en jeu". Et après l'avoir un temps envisagé, aucun parti n'a fait du choix du prochain président de la Commission européenne un véritable enjeu électoral.

2- Les gens ont l'impression que leur vote ne servira à rien. Au fond, que la majorité soit emportée par les conservateurs de droite ralliés au PPE ou par les socialistes et sociaux-démocrates du PSE, ils ont tous soutenus l'Europe libérale, la candidature de Barroso, et envisagent de le reconduire, ce qui est très étonnant vu son soutien constant à l'Europe libérale, le dogme de la concurrence sur les prix avant tout et sans tenir compte de la concurrence déloyale sociale et fiscale, souvent contre l'intérêt général et les services publics, son inaction pendant la crise, sa défense des intérêts de certains Etats plutôt que de l'intérêt général, son soutien à la guerre d'Irak en organisant la réunion aux Açores le 16 mars 2003 lorsqu'il était premier ministre du Portugal, à laquelle ont participé George W. Bush, Tony Blair et Maria Aznar. Rien n'a arrêté les délocalisations, au sein de l'UE et à l'extérieur, avec les pertes d'emplois qui s'ensuivent, la progression des inégalités, la spéculation financière sur le pétrole, les matières premières et même les denrées alimentaires et la guerre des prix dans un environnement mondialisé de libre échange et de concurrence acharnée, de plus en plus dérégulé, aggravant les souffrances des pays pauvres et des populations défavorisées, instaurant le règne du profit au bénéfice des puissances financières alors que les revenus et le pouvoir d'achat des classes moyennes a stagné. C'est bien cela que les gens ressentent et leur désespérance, au lieu de se traduire par une mobilisation, se manifeste par un boycott du vote. C'est aussi une façon de dire aux politiques "nous ne croyons plus en vous".

C'est fort dommage, car cette réaction renforce l'abandon des décisions aux élites, souvent aux partis dominants, qui seront de toutes façons élues au Parlement. Elle délégitimise encore plus la représentation des citoyens au Parlement européen, alors même que cette institution bénéficie d'un scrutin particulièrement démocratique, entièrement à la proportionnelle, et d'un fonctionnement également très démocratique, avec délibérations, discussion entre les parlementaires des différents partis qui arrivent à s'entendre sur un consensus, mieux qu'au sein de notre Assemblée Nationale qui fait plus figure d'une chambre d'enregistrement des décisions gouvernementales.

Il faut rappeler aux citoyens français que plus de 60% des lois votées en France proviennent de l'Union européenne, sont des transpositions de directives européennes. Il faut également convenir que dans la mondialisation, les grands problèmes des défis climatique, énergétique, de l'accès à l'eau, de l'immigration et du développement des pays pauvres, du commerce international, des paradis fiscaux et de la régulation financière, des actions face à la crise financière et économique et bien d'autres encore, ne peuvent être résolus qu'à un niveau mondial, donc européen pour que l'Europe elle-même pèse dans le monde à l'OMC, au FMI, à la Banque Mondiale, etc.

Mais les gouvernements et les partis, ainsi que les médias et la presse, sont en grande partie responsables de ce désintérêt croissant des citoyens pour l'Europe. En effet, quelle information est relayée auprès des citoyens, entre les échéances électorales, sur l'activité du Parlement et de la Commission européenne, sur les décisions qui doivent s'y discuter ? Quel lien le citoyen entretient-il avec les députés européens élus de sa région pour pouvoir émettre un avis ? Quelle information est donnée et avec quelle transparence sur les lobbies qui participent à l'information et à l'influence qu'ils exercent sur la Commission et sur les parlementaires ?

Le citoyen averti, qui s'intéresse particulièrement au sujet, peut chercher l'information sur Internet, sur les sites de l'Union européenne, du Parlement européen et de la Commission européenne, sur le site de presse spécialisé Euractiv, sur le site de la Fondation Robert Schuman qui publie des études très intéressantes (pour ces deux derniers sites je recommande l'abonnement à la lettre d'info hebdomadaire par mail). Mais il faut du temps,... Certains partis diffusent à leurs adhérents au niveau régional ou national une lettre trimestrielle ou semestrielle de leurs parlementaires européens pour les informer des grands thèmes discutés et de la position de leur parti, des amendements défendus, mais cela reste assez rare.

Alors voici quelques idées pour rapprocher l'Europe des citoyens :

1- Commencer dès l'école, le collège et le lycée, à sensibiliser les jeunes à l'importance de l'Europe. Leur donner une conscience d'Europe et de citoyenneté européenne, en leur faisant d'abord comprendre les peuples européens au travers de leur histoire et de leur culture (comment comprendre l'atlantisme de certains pays européens de l'Est comme la Pologne, sans avoir compris leurs anciennes souffrances du temps de leur soumission à l'URSS ?), en rappelant l'idée initiale des pères fondateurs, Robert Schuman et Jean Monnet, de l'union des peuples d'Europe au lendemain de la guerre pour garantir la paix des peuples, mettant en commun le charbon et l'acier, matière première de la guerre, en expliquant les avancées réalisées depuis pour en arriver aujourd'hui à une intégration économique et monétaire, à la défense de droits de l'homme et au renoncement à la peine de mort, à la préservation de libertés individuelles, à une Cour de justice européenne ...

En fournissant une explication des institutions européennes non limitée à retenir par coeur les définitions juridiques de ces institutions et le lieu où elles siègent et à quoi elles servent, mais pourquoi en quoi elles doivent fonctionner dans le sens de l'intérêt général des peuples et de la solidarité, en représentant ces peuples dans les décisions.

2- Obliger la presse nationale à une publication régulière, une fois par mois ou par trimestre, à publier une ou deux pages informant les citoyens sur les thèmes qui seront discutés dans les trois prochains mois, leurs enjeux, et leur permettre non seulement de s'informer mais aussi de réagir directement ou par l'intermédiaires de syndicats et d'associations pour interpeller leurs élus parlementaires européens, par courrier ou par internet. Informer en toute transparence les citoyens sur les lobbies, qui devraient être soumis à un enregistrement, un encadrement et à une régulation comme le suggère l'association Anticor aux partis concourant aux élections européennes (je recommande le soutien à cette association qui combat la corruption et oeuvre pour l'éthique politique).

Faire connaître la nouvelle chaîne parlementaire européenne EuroparlTV (voir article de Euractiv), avertir de ses programmes et y permettre la rediffusion des délibérations, notamment entre les ministres représentant le Conseil européen.

3- Généraliser un lien de communication public entre le député européen et les citoyens, par son site parlementaire nomduparlementaire.eu, les informant de ses positions, de ses actions, et permettant en retour de recueillir des avis, suggestions.

4- Proposer de proportionner le nombre d'élus députés au Parlement européen en fonction du taux de participation du pays au vote. Ainsi, si le taux est deux fois moindre que la moyenne européenne, le nombre de députés serait deux fois moindre. Cela motiverait peut-être les peuples, ainsi que les Etats dans leur communication sur l'Europe et l'importance de ces élections.

5- Permettre aux citoyens européens d'adhérer directement à un parti européen. Aujourd'hui, le PPE (Parti Populaire Européen), le PSE (Parti Socialiste Européen), le PDE (Parti Démocrate Européen), les Verts européens, etc., sont des partis auxquels adhèrent des parlementaires eux-mêmes issus de partis nationaux et non directement des citoyens. Une adhésion directe permettrait une légitimation citoyenne et un lien direct entre les peuples et des courants politiques de niveau européen.

6- Enfin garder les symboles (Hymne, devise, drapeau) qui renforce l'idée d'appartenance et de citoyenneté européenne, car les symboles sont important dans l'esprit collectif des peuples. Pourquoi ont-ils été supprimés du traité de Lisbonne, alors que les peuples ne le demandaient pas et y sont plutôt attachés ? Est-ce pour marquer par principe une différence de contenu avec le traité constitutionnel initial, afin de légitimer un nouveau traité et un nouveau vote, alors que le contenu principal est toujours aussi complexe et incompréhensible par les peuples ?

Ces propositions résultent de plusieurs débats et discussions citoyennes auxquels j'ai récemment participé au mois de mai sur ce thème lors de cafés démocrates consacrés à l'Europe.

Pour votre avis à tous.

03.05.2009

François Bayrou dénonce les "abus de pouvoir"

Ce livre, c’est de la dynamite. C’est aussi un éclair, un éclair de lucidité et un acte de résistance.Bien au delà d’un pamphlet antisarkozyste à visée électorale comme certains se plaisent à le dire, c’est un livre de fond. Il n’est pas que dans la dénonciation mais également dans la proposition.

Comme le dit son titre évocateur, François Bayrou dénonce les multiples "abus de pouvoir" mettant bas les piliers de la démocratie, mais pas seulement celà. Il s’attaque aussi au démantèlement progressif, volontaire, recherché, des fondements de notre république, de l’égalité des chances, des services publics, du contrat social. La rupture annoncée de Nicolas Sarkozy, c’est bien celle-là. François Bayrou s’attaque comme jamais auparavant aux puissances financières qui dominent la planète dans la mondialisation, incarnées par une oligarchie qui s’apparente à la nouvelle aristocratie d’aujourd’hui. Ce livre ouvre également nos yeux sur le point charnière d’évolution de civilisation impliquant les peuples dans le choix qu’ils devront faire entre la passivité, le consentement d’un modèle injuste et destructeur, et la résistance à ce modèle, pour repartir sur d’autres bases humanistes, justes, démocrates, durables. Tout ceci est très profond et loin d’une simple "posture électorale" et les lecteurs en conviendront, citoyens, journalistes, intellectuels, quel que soit leur engagement politique. La plume est enlevée, acerbe, affûtée, trempée dans l’encre de la démocratie. Son auteur a du panache et de la stature. A lire Absolument !

22.03.2009

MEDIAPART, une bouffée d’oxygène pour la démocratie

mediapart_logo.jpgIl y a un an, le 16 mars 2008, naissait MEDIAPART, nouveau journal indépendant, fondé par Edwy Plenel, François Bonnet et Laurent Mauduit, anciens journalistes au Monde. Rejoignant le club des journaux citoyens du Web, où l’on retrouve AgoraVox, la Télélibre, Rue89, Backchich, … MEDIAPART a conquis de nombreux lecteurs par la qualité de ses analyses, par ses informations inédites, scoops relayés ensuite par les médias traditionnels, par la redécouverte d’un journalisme d’investigation et d’engagement politique de défense des valeurs de la démocratie, par sa vigilance démocratique, ainsi que par sa relation étroite et participative avec ses lecteurs. Il nous a donné une véritable bouffée d’oxygène dans ce monde médiatique pollué par la dépendance financière à l’égard des actionnaires ou des annonceurs en connivence avec le gouvernement.

 

 MEDIAPART a fait le pari Internet, ne subissant ainsi pas les coûts d’édition et de distribution de la « vieille presse » papier, tout en bénéficiant des nouveaux outils multimédias disponibles sur Internet ainsi que de la participation interactive des lecteurs internautes sur leurs blogs, au sein d’éditions participatives sur des thèmes et par leurs commentaires à la fois critiques, enrichissants et constructifs, attestant aussi l’adhésion ou au contraire l’aversion des lecteurs aux faits relatés et aux analyses produites.

 

MEDIAPART a aussi fait le choix délibéré de l’actionnariat indépendant des groupes financiers, les journalistes fondateurs étant majoritaires et le reste de l’actionnariat étant composé d’actionnaires privés indépendants, de lecteurs soutenant le projet. Il a aussi opté pour  l’abonnement payant, même si le prix est très raisonnable (9 euros par mois, avec possibilité d’annuler l’abonnement librement sans frais). Ceci pour ne pas subir le joug des annonceurs.

 

Ce nouveau modèle est intéressant et peut se révéler précurseur face à une presse traditionnelle subissant une grave crise économique et démocratique, incapable de rentabiliser ses coûts face à des recettes en chute libre et à la baisse de son lectorat, suicidaire en fournissant gratuitement sur Internet ses contenus payants sous forme papier, assujettie aux pressions de ses actionnaires et de ses annonceurs.

 

Ce nouveau modèle paraît aussi novateur en tant que nouvel outil politique de vigilance démocratique citoyenne sur des thèmes transcendant les partis politiques, comme la défense des valeurs de la démocratie. Quelle que soit la couleur politique éventuelle des lecteurs ou leur neutralité politique, ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs et sont animés de la volonté de les défendre se retrouvent au sein de ce journal. Il est vrai que MEDIAPART a la réputation d’être « de gauche » (de l’extrême gauche au centre d’opposition sans exclure des membres de la droite attachée aux valeurs républicaine), la réputation surtout d’être « anti-sarkozyste », du fait des critiques ouvertement faites par Edwy Plenel et d’autres de ses journalistes envers la façon dont Nicolas Sarkozy conduit la présidence du pays, que ce soit dans la manière dont il exerce le pouvoir comme dans ses prises de position qu’il impose maintenant au pays, sans contrepouvoir ou face à des contrepouvoirs annihilés, émasculés, impuissants. Mais ce n’est pas la personne de Nicolas Sarkozy qui est visée, ni même le parti qui l’a porté au pouvoir qu’est l’UMP, c’est bien les faits, les décisions prises lorsqu’elles contreviennent au respect de la démocratie et de la République, à l’intérêt général des citoyens, ou dans le comportement irrespectueux à l’égard de ces derniers ou de la loi que l’Etat est sensé garantir, qui motivent ces critiques.

 

Rappelons ainsi que la démocratie, idéal de gouvernance de la société par le peuple, exige pour fonctionner correctement :

1- un cadre institutionnel garantissant la représentation fidèle des citoyens, des courants d’opinion, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires et aussi financiers et médiatiques, la liberté individuelle et le droit de vote,

2- un droit à l’éducation pour tous les citoyens afin de leur permettre d’exercer leur conscience et leur responsabilité, de savoir analyser l’information, de tirer des conséquences de l’histoire, de discerner le vrai du faux, les propositions crédibles des discours démagogiques,

3- un accès libre à l’information et la liberté de la presse, la garantie d’un pluralisme des courants d’opinion et de l’indépendance de la presse et des médias.

 

Aujourd’hui ces trois piliers sont mis à mal. La séparation des pouvoirs n’est pas respectée. La justice est mise au pas par le gouvernement, son indépendance est niée, le parquet est sous l’autorité de la Chancellerie, du Garde des Sceaux qui lui-même est membre du gouvernement. La connivence entre le pouvoir exécutif et les puissances financières, qui elles-mêmes détiennent en majorité le pouvoir médiatique, la soumission de l’audiovisuel public (40% d’audience) à l’autorité du chef de l’Etat, sont une entrave au fonctionnement démocratique. La soumission de fait de l’Assemblée Nationale au bon vouloir présidentiel par le fait majoritaire qui donne beaucoup plus de pouvoir, dans des proportions considérables, au parti du gouvernement comparé au score des votes au législatives, donc ne représentant pas les citoyens de façon équitable, fait partie de ces anomalies.

L’éducation remplit de moins en moins sa mission, toujours plus privée de moyens, bénéficiant de fait plus aux populations favorisées. Le décervelage organisé des citoyens au travers des émissions télévisées débilisantes, les jeux d’argent et le star system, utilisant les minutes ou les heures de cerveau disponible à anesthésier les citoyens plutôt qu’à éveiller leur conscience et leur responsabilité, la peopolisation de la vie politique, participent  à cette démobilisation, à cette déculturation, à la perte de confiance dans les politiques, le désintérêt croissant qu’ont les citoyens envers la chose publique et la presse écrite.

 

MEDIAPART, en défendant ces valeurs et en redonnant goût aux citoyens pour la presse, la lecture, la politique, est un véritable outil politique et démocratique, fait œuvre de salubrité publique, mais il est plus que ça. Il nous redonne de l’espoir, de l’oxygène, de l’enthousiasme.

 

Hier, en accueillant ses lecteurs dans ses locaux du XIIème arrondissement rue Brûlon, pour une série de débats thématiques passionnants, MEDIAPART nous a montré qu’il n’était pas virtuel, mais bien humain, ancré dans la réalité, concret et tourné vers l’avenir.