11.11.2009
Les think tanks concurrencent-ils les partis politiques ?
Les « think tanks », terme barbare venu des Etats-Unis pour désigner des cercles de réflexion ou encore des laboratoires d’idées, des clubs, instituts ou fondations soi-disant « indépendants » (sous-entendu des partis politiques), sont devenus à la mode ces dernières années. Ils prolifèrent de plus en plus. Mais que font-ils ? A quoi servent-ils ? En quoi se différencient-ils des partis politiques et comment communiquent-ils avec ces derniers ?
Comme le remarquait le site Euractiv.fr en avril 2009, le nombre de think tanks en Europe a plus que quadruplé au cours des dernières années (environ 1200 sur un total de 5000 dans le monde), et ils sont devenus plus actifs et inventifs dans la diffusion des solutions politiques auprès des décideurs. Mais ils risquent de se transformer en groupes de pression, étant confrontés à des questions de financement, d’autonomie et d’innovation. »
Certains think tanks sont spécialisés, regroupant des experts dans un domaine (relations internationales, justice, construction européenne, économie, sport, éducation, écologie, …) et d’autres sont plus généralistes. Sans être étiqueté politiquement, c'est-à-dire sans soutenir officiellement un parti, ils peuvent néanmoins afficher une couleur ou une tendance politique, en faisant la promotion d’idéaux et de politiques publiques. Par exemple Les Gracques, ou Terra-Nova (comprend notamment les principaux fondateurs des Gracques), créé en 2008, qui a pour objectif de contribuer à refonder « la matrice idéologique » de la gauche progressiste et de formuler des propositions concrètes au profit des leaders politiques. Plus récemment, Jean-François Kahn a lancé un club de réflexion « le Créa » (Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives), visant à réfléchir à une alternative politique tournée vers l’avenir, pour élaborer une proposition de modèle de société. De son côté, Corinne Lepage vient d’annoncer également le lancement d’un nouveau « club citoyen », Terre Démocrate, qui se prétend indépendant de tout parti politique, constitué pour deux tiers de membres de la société civile, et dont l’objectif est de « proposer des actions concrètes, sur la base de l'observation des bonnes pratiques dans la société française, en partant de ce qui fonctionne dans la société pour en évaluer la pertinence ».
Jean-François Kahn et Corinne Lepage appartiennent tous deux du Mouvement Démocrate, qui est un parti politique. Corinne Lepage est également fondatrice et présidente de Cap21, un parti écologiste lui-même fondateur du Mouvement Démocrate, qui paraît aujourd’hui déchiré entre le choix de rejoindre les autres partis écologistes en prônant un regroupement et celui de rester une force préservant une certaine autonomie au sein du MoDem. Or, ils font tous deux le constat suivant : « les partis politiques traditionnels ne permettent pas de changer la société. Leurs structures, leurs modes de gouvernance, leur organisation, leurs luttes de pouvoir ainsi que leurs méthodes de travail ne favorisent pas l'écriture et l'émergence d'un projet de société qui soit véritablement nouveau. »
On peut se demander pourquoi, partant d’un même constat et membre d’un même parti, ils n’ont pas d’ailleurs créé ensemble un club commun … Divergent-ils sur des idées ou des valeurs ? On peut aussi de demander pourquoi ils arriveront mieux à favoriser l’émergence d’un projet de société qu’au sein de leur parti. Que je sache, le MoDem ne les a jamais empêché de s’exprimer bien au contraire. Ils ont contribué à son programme, Corinne Lepage était présidente des commissions de travail du MoDem et donc directement responsable de l’élaboration du projet, ils l’ont aussi défendu comme candidats. On peut également s’interroger sur la capacité d’un mouvement, qui se dit en marge des partis politiques, de mieux changer la société. Est-ce que le fait de nourrir une réflexion au sein d’un parti dissuaderait, voire dégoûterait les experts de la vie civile, comme si dialoguer avec un parti risquait d’entacher les relations avec des personnes qui ne seraient pas de ce parti, comme si c’était une marque de sectarisme ?
Pourtant, si un club de réflexion peut se targuer d’être un réservoir d’idées, dans lequel les partis sont libres de puiser, sans avoir l’inconvénient de prétendre à des postes d’élus, donc s’affranchissant des contraintes liées aux luttes fratricides de pouvoir, ainsi que des éventuelles tentations démagogiques visant à séduire un électorat, un club n’a aucun moyen d’action directe pour changer la société. Il ne peut qu’exercer un pouvoir d’influence, de lobbying. Alors que le propre d’un parti est non seulement de présenter une offre idéologique, de défendre des valeurs prioritaires, de privilégier des moyens d’actions (la régulation par l’Etat, la redistribution par la fiscalité, la stimulation par la liberté d’entreprise et de marché et la concurrence, …), mais aussi d’occuper des postes de décision, aussi bien à l’échelon local que national ou européen. C’est ainsi que fonctionne notre démocratie.
Or force est de constater que ces derniers temps les partis politiques sont critiqués par leur attitude partisane, leur manque d’idéaux, d’imagination, de projet de société. Il est presque mal vu d’appartenir à un parti politique et il vaut mieux le taire dans le milieu professionnel, car il peut être source de discorde, comme peut l’être la religion. Une forme de « laïcité politique » est en vogue : défendre des idées, oui, mais pas un parti, ou à tout le moins taire son appartenance à un parti, ce qui permet de pouvoir dialoguer avec d’autres personnes qui peuvent appartenir à d’autres partis. En somme, pour permettre un dialogue entre partis politiques, il faut passer par des structures médiatrices apolitiques, qui seraient ces fameux think tanks.
Au départ, ces clubs sont présentés comme des réservoirs d’idées qui peuvent nourrir les partis politiques (approche top-down comme disent les Anglo-saxons), qui eux-mêmes auront éventuellement des offres concurrentes dans les urnes, même si certaines idées sont communes.
Au final, nous sommes dans un contexte politique où les lignes sont en train de bouger et où tout le monde s’observe. Il y a clairement une demande d’un nouveau projet de société et une nécessité de rassemblement. Il y a aussi des points idéologiques de convergence évidents entre les écologistes, les démocrates et les socialistes, en opposition avec un modèle dominant écrasant imposé par Nicolas Sarkozy. Il serait temps que ces forces politiques dialoguent en public pour faire part de leurs convergences et différences, devant tous les français, comme l’a proposé François Bayrou. Pour le faire, il ne paraît pas nécessaire de se regrouper absolument au sein de « clubs » ou de « think tanks ». Si ces forces politiques se rassemblent au sein de cercles de réflexion pour concrétiser au sein d’un club leurs idées convergentes (approche plutôt bottom-up cette fois selon les Anglo-saxons), comment traduiront-ils ensuite cette convergence publiquement sur la scène politique et dans les urnes, s’ils prétendent être apolitique ?
J’apprécie beaucoup à la fois les personnalités de Jean-François Kahn et de Corinne Lepage, ainsi que les idées qu’ils défendent. Ce que je n’apprécie guère, c’est la manière dont ils ont étalé publiquement dans la presse des critiques à l’égard du MoDem et des partis politiques, résumant ces derniers à des organisations partisanes au service de l’ambition d’un homme et incapables de proposer un projet de société. Ils contribuent ainsi à donner une idée dégradée de la politique, à en détourner les citoyens et à accréditer l’idée que les politiques sont tous cyniques, que la politique est à jeter aux chiens. Or la politique, c’est aussi des hommes et des femmes qui défendent un idéal et sacrifient beaucoup de leur vie privée, qui subissent avec courage et pugnacité défaites, trahisons, abandons, pour, parfois, arriver à faire gagner leur cause. François Bayrou fait parti de ceux-là, Ségolène Royal également. Nous sommes encore de nombreux militants qui soutenons un homme ou une femme politique et en même temps un idéal incarné par cette personne, sans résumer pour autant notre parti à une organisation au service d’une ambition personnelle. Un parti politique, c’est aussi une forme de fidélité, de solidarité, où on se serre les coudes devant les difficultés. Lorsqu’on a un désaccord de fond, on l’exprime d’abord en interne plutôt que publiquement, on essaie de le résoudre et on contribue positivement pour améliorer la situation. Quand cela ne marche pas, il est légitime d’en tirer des conséquences et de quitter le parti pour en rejoindre ou en créer un autre. Corinne Lepage avait critiqué le fonctionnement interne du MoDem et avait appelé le débat avec les adhérents de ses vœux. Le jour de ce débat, aux universités d’été du MoDem, le vendredi 4 septembre 2009 au soir, « parole aux adhérents », elle a déserté la tribune, décevant beaucoup de militants qui souhaitaient ce débat. De même, elle souhaitait peser sur la stratégie électorale pour les régionales et l’élaboration du programme, sur lesquels avait lieu un vote du Conseil national le 24 octobre 2009, et elle n’y est pas venue. Que faut-il en déduire ?
En conclusion :
- Les think tanks sont utiles mais ne pourront pas remplacer les partis politiques.
- Le dialogue public entre partis politiques est nécessaire et salutaire. Il manque aux Français (quelle nostalgie des débats télévisés, des joutes oratoires des années 1970 et 1980 !). Il peut être favorisé par les think-tanks, lieux de dialogue où peuvent s’exprimer sur des thèmes communs des personnes issues de la vie civile et de différents partis, mais comme ils ne peuvent pas s’exprimer au nom des partis, leur rôle s’arrête là.
- Un grand rassemblement de forces politiques concurrentes et ayant chacune leur sensibilité, mais convergeant sur l’essentiel autour d’un projet de société alternatif, est plus que jamais nécessaire. C’est plutôt à la presse, aux médias, d’organiser la médiation justement, le dialogue public auquel les Français ont droit et qu’ils souhaitent et pas seulement pour faire de beaux discours sur de belles idées, mais pour gagner ensemble des élections ! Et pitié, arrêtons les vaines querelles et les mesquineries politiciennes … Question de survie !
Ci-dessous la liste des principaux think-tanks :
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| généraliste | centre gauche | 1884 |
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| parti politique devenu think tank en 1947 | royaliste | 1898 |
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| généraliste | christianisme social | 1904 |
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| relations internationales |
| 1909 |
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| généraliste | centre | 1916 |
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| généraliste | républicain | 1919 |
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| relations internationales |
| 1921 |
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| généraliste | néo-conservateur | 1943 |
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| généraliste |
| 1945 |
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| généraliste, innovation,relations internationales |
| 1947 |
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| relations internationales |
| 1947 |
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| généraliste | identitaire européiste | 1969 |
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| économie | libéral | 1971 |
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| relations transatlantiques |
| 1972 |
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| généraliste | conservateur | 1973 |
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| généraliste | libéral | 1974 |
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| généraliste | libéral-nationaliste | 1974 |
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| économie |
| 1975 |
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| généraliste |
| 1999 |
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| généraliste | libertarien | 1977 |
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| relations internationales |
| 1979 |
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| construction européenne |
| 1983 |
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| relations internationales |
| 1997 |
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| généraliste | libéral | 1985 |
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| relations internationales |
| 1990 |
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| généraliste | libéral | 1990 |
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| construction européenne | centre gauche | 1991 |
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| construction européenne | centre |
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| généraliste | doctrine sociale de l'Église | 1992 |
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| construction européenne |
| 1996 |
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| généraliste |
| 1997 |
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| relations internationales |
| 1997 |
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| généraliste | gauche | 1998 |
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| généraliste | pragmatisme libéralisme | 1999 |
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| généraliste | indépendant | 2000 |
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| économie, social | gauche | 2000 |
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| économie | libéral | 2000 |
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| généraliste | social-libéral | 2002 |
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| généraliste | conservateur-libéral | 2003 |
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| généraliste | centre droit | 2004 |
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| construction européenne |
| 2005 |
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| république, mondialisation, dialogue des civilisations et des nations | républicain civique | 2005 |
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| économie |
| 2005 |
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| politique, économie, enjeux de la mondialisation |
| 2005 |
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| généraliste | indépendant | 2005 |
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| La Forge | généraliste | gauche | 2007 |
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| généraliste | gauche | 2007 |
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| généraliste | nationaliste de gauche | 2007 |
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| sport | apolitique | 2007 |
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| généraliste | progressiste | 2008 |
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| justice |
| 2008 |
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| éducation |
| 2003 |
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21:29 Publié dans analyses politiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : think tank, terra nova, les gracques, créa, terre démocrate, bayrou, segolène royal, jean-françois kahn, corinne lepage, modem
17.10.2009
Il y a 1.000 ans, le Saint-Sépulcre était détruit par le calife Hakim
Par Jean-Michel CADIOT*
C'était il y a mille ans, le 18 octobre 1009, la basilique du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, était rasée sur ordre du calife al-Hakim bi-Amr Allah, événement exceptionnel qui a marqué le début des croisades.
Ce calife d'une dynastie fatimide, chiite, ordonna aussi la destruction de toutes les autres églises de la ville, assassina de nombreux chrétiens, ce qui suscita à Rome et surtout en France l'idée de Croisades.
L'église, ancien temple de Vénus, avait été construite en 326 à la demande d'Hélène, mère de l'empereur romain Constantin, sur le
lieu où fut enterré Jésus-Christ, selon la tradition.
Elle avait déjà été gravement endommagée à plusieurs reprises. D'abord par les Perses en 614, qui s'emparèrent de la "Vraie Croix" -reconquise par l'empereur Heraclius, après une guerre parfois appelée "première Croisade"-, puis par deux tremblements de terre, en 746 et 810 et aussi quelques incendies. Elle fut restaurée à plusieurs reprises, et agrandie.
En janvier 638, c'est la victoire des Arabes musulmans à Jérusalem. Le vieux patriarche chrétien Sophrone remet les clés de la ville au calife Omar, sommant ce dernier de se conduire en "pèlerin", non pas en "conquérant".
Les deux hommes se promenèrent longuement ensemble, selon les chroniqueurs de l'époque, et Omar, vainqueur sans combattre, décréta immédiatement la liberté religieuse pour les chrétiens, et pour les juifs.
Mais ce n'était pas sans contrepartie. Il fallait que ces fidèles, considérés comme "gens du Livre", se réclamant des mêmes origines abrahamiques, acceptent la "dhimmitude", c'est-à-dire qu'ils payent un impôt. Il leur était interdit de convertir les musulmans, et ils devaient renoncer à faire sonner les cloches.
Les Fatimides, descendants d'Ali, cousin et gendre du Prophète Mahomet, premier imam chiite, avaient conquis l'Egypte en juillet 969. Au départ, ils semblèrent bien disposés à l'égard des chrétiens, les intégrant même dans la haute administration. Un de leurs califes, Nizar el-Aziz Billah, épousa une femme chrétienne, et nomma lui-même le frère de cette dernière, tout simplement son beau-frère, Jérémie, Patriarche de Jérusalem, en 984.
C'est une époque de famine et les Byzantins multiplient les attaques contre les Fatimides en Syrie et Palestine. Hakim, calife en 996, parfois considéré comme un "génie" parfois comme un "fou", se met à persécuter les "dhimmis", accusés de tous les maux, surtout les chrétiens.
En 1002, le premier pape français Sylvestre II, grand mathématicien imprégné des savants musulmans qu'il admirait, lança un premier appel à la croisade: "Soldats du Christ, levez-vous, il faut combattre pour lui!", lança-t-il.
Cela fut sans suite immédiate. Fin août 1009, Hakim renforce la répression anti-chrétienne qui culminera avec la destruction du Saint-Sépulcre, le 18 octobre. Le toit du tombeau, taillé dans la roche, les murs est et ouest furent rasés, les énormes gravats épargnant les murs nord et sud. "Ils (les Fatimides) s'emparèrent de tous les meubles et détruisirent complètement l'église. Ils ne laissèrent que ce qu'ils ne parvenaient pas à détruire", narre l'historien Yahia Ibn Sa'id. Le Saint-Sépulcre fut restauré en 1048.
Le pape Serge IV ne bougea pas. Quant au patriarche de Jérusalem, il eut les yeux crevés et fut emmené prisonnier au Caire, où il mourut.
Il fallut attendre la prise de Jérusalem en 1078 par les Turcs Seldjoukides qui tentèrent d'interdire les pèlerinages des chrétiens occidentaux à Jérusalem pour que les Occidentaux décident de réagir.
Un autre pape français, Urbain II lance en novembre 1095, la première "Croisade", destinée en particulier à "reconquérir les lieux saints", en premier lieu Jérusalem et le Saint-Sépulcre.
A l'issue d'une bataille sans merci, qui vit périr par dizaines de milliers Musulmans, Juifs, mais aussi Croisés chrétiens, les clefs du Saint-Sépulcre furent remises le 15 juillet 1099 à Godefroy de Bouillon, descendant de Charlemagne.
Godefroy, tout comme Urbain II devait mourir peu après. Jérusalem est reconquise en 1187 par les musulmans emmenés par Saladin. Le Saint-Sépulcre, qui avait été presque totalement réaménagé par les Croisés, était épargné.
Les Croisades, au nombre de neuf au total, s'achevèrent par une défaite définitive des Croisés avec la prise de Saint-Jean d'Acre en 1291.
Après le schisme de 0154, le fossé entre catholiques et orthodoxes était agrandi, d'autant que les Croisés avaient saccagé Constantinople en 1204......
***
*Jean-Michel Cadiot est un de mes amis, journaliste et écrivain. Il prépare actuellement un ouvrage sur les chrétiens d'Orient et a publié notamment les ouvrages suivants :
- Quand l'Irak entra en guerre (L'Harmattan, 1989)
- Mitterrand et les communistes (Ramsay,1995)
- Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne (comprenant notamment une histoire du Sillon de Marc Sangnier, Salvator, 2006)
18:49 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : saint-sepulcre, croisades, jean-michel cadiot
15.10.2009
Soutenez l’indépendance de l’AFP en signant sa pétition !
L’indépendance de la presse est une condition nécessaire à l’épanouissement de la démocratie. Elle est malheureusement aujourd’hui bien mise à mal, par sa dépendance croissante à l’égard des subventions d’Etat, par un noyautage des puissances financières actionnaires, dont les majeures vivent de contrats sur des marchés d’Etat, sans parler également du même phénomène observé sur les médias audiovisuels, de la récente réforme de l’audiovisuel public accentuant l’emprise du gouvernement sur l’opinion, ainsi que de la manipulation des sondages par l’Elysée récemment dénoncée.
Il reste encore un bastion d’indépendance et de professionnalisme incontesté : l’AFP, l’Agence France Presse, présente en France et presque partout dans le monde, qui alimente la presse de ses dépêches, lui fournissant la matière première de l’information.
L'AFP est dotée d'un statut unique, défini par une loi de 1957 destinée à garantir son indépendance structurelle à l'égard des pouvoirs publics et de tout autre "groupement idéologique, politique ou économique". Sa mission est "de rechercher tant en France qu'à l'étranger les éléments d'une information complète et objective". C’est en quelque sorte un service public. Cette mission doit primer sur les questions de rentabilité.
Evoquant des questions d’autonomie financière et de rentabilité, le gouvernement a souhaité changer le statut de l’AFP et a mandaté M. Louette, son PDG, " pour proposer un changement de statut qui doit notamment "doter l’Agence d’un actionnariat stable" et "conforter son rayonnement international et européen". Cette annonce provoque une grande inquiétude au sein du personnel de l’AFP. L'intersyndicale a lancé une pétition "SOS-AFP" le 27 novembre 2008. Elle appelle à refuser "toute modification qui aurait pour effet soit de transformer l'AFP en agence gouvernementale, soit de la livrer en totalité ou en partie à des entreprises privées quelles qu'elles soient et sous quelque forme que ce soit". Elle exige que l’agence conserve sa particularité, sa capacité à remplir sa mission d’intérêt général et son indépendance structurelle. Par conséquent, elle s’oppose à toute modification qui dénaturerait son statut, inscrit dans la loi de 1957.
Cette pétition a recueilli 19 500 signatures à ce jour, notamment de nombreux journalistes, dont Edwy Penel et Laurent Mauduit, de personnalités politiques telles que Martine Aubry, François Bayrou, Corinne Lepage, Marielle de Sarnez, Cécile Duflot, Ségolène Royal, Olivier Besancenot, Marie-Georges Buffet, Manuel Valls, Dominique Voynet, Jean-Louis Bianco, José Bové, Yves Cochet, Gérard Collomb, Bertrand Delanoë, François Hollande, Benoît Hamon, Clémentine Autain, David Assouline, et de philosophes, artistes, etc. Dans quelques jours, la pétition sera remise au gouvernement. Afin qu’elle dépasse largement 20 000 signatures, apportez aussi votre soutien et joignez-vous nombreux aux signataires !
Pétition « SOS-AFP » : http://www.sos-afp.org/
http://www.mediapart.fr/journal/economie/300509/repensant...
http://www.challenges.fr/depeches/20091007.AFP4498/?xtmc=...
Contre la concentration des médias et pour un nouveau modèle économique : http://www.mediapart.fr/club/edition/association-des-lect...
00:10 Publié dans analyses politiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afp, presse, pétition
27.09.2009
Décisions du G20 : marqueurs d'un modèle de société
Si l'on doit retenir une phrase du communiqué du G20, qui résume à elle seule la finalité communément exprimée par nos leaders mondiaux, quelle est-elle ?
"Lancer un cadre qui définisse les politiques et la manière dont nous agirons ensemble pour parvenir à une croissance mondiale, forte, durable et équilibrée" (voir point 13 page 2).
Significatif sur les objectifs premiers : la croissance de la richesse et bien sûr des emplois (qui doit désormais intégrer la notion de "durable"). La survie de l'espèce et de la planète n'étant pas un objectif premier mais secondaire. La réduction des inégalités et de la pauvreté étant reléguée dans les annexes, ou au travers d'une expression incroyablement hypocrite : "Nous réaffirmons notre attachement historique à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement et nos engagements d'APD respectifs,...", qui rappelons-le, édictés en l'an 2000, sont loin d'être atteints !
Le renforcement du soutien aux plus vulnérables est évoqué, une volonté "d'améliorer l'accès des pauvres aux services financiers", la "promotion du déploiement d'énergie propres et peu coûteuses dans les pays en développement", la "prévention des sorties de capitaux illicites" de ces pays, mais cela paraît être comme disent les anglo-saxons du "wishfull thinking", en fait des voeux pieux.
En termes de moyens à mettre en oeuvre, notons la focalisation sur la régulation financière pour faire face à la crise financière et économique à court terme, avec des actions sur les bonus et les paradis fiscaux qui sont plus médiatiques qu'efficaces. Une occulation de sujets important comme la monnaie mondiale de référence en alternative au dollar qui met gravement en danger les fiannces du monde, ou comme une taxe de type "Tobin" sur les flux financiers et surtout spéculatifs. Rien de concret proposé pour la création d'une agence mondiale pour l'environnement, sur le respect de normes sociales et environnementales à imposer à l'OMC, ni sur réduction des inégalités et de la pauvreté, qui sont des objectifs secondaires ou au lieux des "contraintes" à intégrer dans l'onjectif de croissance de la richesse.
Sur ce dernier point, deux types de moyens d'action peuvent être envisagés :
1- le moyen correctif "ex-post", visant à redistribuer par l'impôt une richesse inégalement distribuée sur la planète et au sein de chaque pays. Prenons un étalon, par exemple 1980. Mesurons les écarts d'inégalités et quelle aurait due être la richesse de part et d'autre, à richesse globale constante, pour maintenir le niveau d'inégalités de l'époque. Et corrigeons le tir. Les pays riches redonneraient aux pays pauvres la part servant à maintenir le niveau d'inégalités constant. Ceci par l'APD, par investissement dans ces pays dans l'éducation, la santé, la productivité de l'agriculture. Pourquoi ne pas proposer aussi de taxer les entreprises occidentales qui délocalisent leurs industries polluantes dans ces pays pour combler le coût environnemental afférant ?
De même, au sein de chaque pays, on pourrait corriger l'accroissement des inégalités, par exemple depuis 1980, par redistribution fiscale entre les riches et les pauvres, d'une manière mondiale (pour éviter l'utilisation de l'argument "si on le fait dans notre pays sans que ce soit fait ailleurs, la richesse et les investissements, donc l'emploi, vont partir ailleurs").
Lorsqu'on voit les profits des établissements financiers caractérisés par des ROE (Return on Equity) de 25-30% de 40% voire plus dans leurs activités de marché (André Orléan, De l'euphorie à la panique penser la crise financière), comparé à 15-20% dans les firmes industrielles , et que cette part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l'emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée, on pourrait aussi proposer de corriger la répartition par une fiscalité appropriée entre les profits des banques et les profits des entreprises (voire même redonner un crédit aux entreprises qui n'ont pas fait de bénéfice).
Dans une telle logique, on reste sur le même moteur de société qui est la recherche égoïste du profit individuel, l'intérêt général étant représenté comme une contrainte et les bénéficiaires de la redistribution comme des assistés. C'est l'humanitaire, qui donne bonne conscience aux capitalistes individualistes bien pensants.
2- Le moyen préventif ex-ante, c'est à dire toute régulation encadrant par avance les dérives potentielles. C'est le cas de la limitation des bonus ou d'une meilleure répartition ex ante de la valeur ajoutée des entreprises entre le capital, le travail et l'investissement, afin de tarir la source de l'appât du gain de quelques uns, de la vampirisation d'une catégorie minoritaire de population aux dépens des autres. Les actions visant la préservation de l'égalité des chances par l'accès à l'éducation et à la santé font partie de ces mesures préventives. L'investissement dans le retraitement des déchets et des économies d'énergie, ainsi que l'évolution des modes de consommation, avant même la taxation des consommations carbone, fait aussi partie de l'arsenal préventif. La meilleure prévention passant par un changement du moteur de la société : renverser l'objectif et les contraintes, faire de la préservation de l'environnement et de la justice, de la réduction des inégalités, des valeurs ultimes, le profit et l'argent n'étant qu'un moyen pour atteindre ces objectifs. C'est cela qui doit être le marqueur du changement de modèle de société, en reprenant radicalement, c'est à dire à la racine, le mal dont nous sommes atteint. Cela peut se faire par des moyens coercitifs que l'intérêt général aura fini par imposer à tous les individus que nous sommes. Cela pourra aussi, de préférence se faire par un changement des mentalités et une adhésion individuelle directe aux objectifs de solidarité et de respect, de l'environnement comme de la personne humaine.
C'est l'humanisme, remplaçant l'humanitaire, passant par la concience des individus responsables et solidaires de demain.
16:24 Publié dans analyses politiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : g20, modele de société, humanisme
08.09.2009
Ce n'est pas Bayrou qui a changé, c'est la droite et la gauche !
L'offre publique de dialogue faite par François Bayrou et Marielle de Sarnez à toutes les forces politiques démocrates et progressistes, notamment socialistes et écologistes, qui souhaitent une alternance à la politique actuelle du gouvernement, suscite diverses réactions, positives et chaleureuses pour les uns, embarrassées pour les autres, moqueuses des habituels porte-parole et porte-flingue de la majorité gouvernementale. Elle fait bouger les lignes car elle incite à ouvrir de nouvelles portes, à dévoiler les cartes, à se remettre en question et enfin à parler des sujets de fond devant les Français.
Cette proposition est interprétée par les différents médias comme un "glissement" à gauche, par certains comme un reniement d'une position passée d'une centre plus proche de la droite. Même Mediapart (article de Mathilde Mathieu) n'y a vu qu'une posture tactique politicienne, sans poser le problème de fond, en disant "Pour éviter qu'écologistes et socialistes fassent une OPA sur le Modem, sorti très affaibli des élections européennes, Bayrou leur a lancé une «offre publique de dialogue», dimanche 6 septembre, en clôture de l'université d'été du mouvement, organisée à La Grande-Motte." Et pourtant la suite de l'article dit clairement qu'il explique que la nouvelle ligne de partage politique est à présent d'un côté à droite avec Nicolas Sarkozy celle de «l'idéologie des inégalités», (...) ceux qui se résignent à voir ce régime, (...) avec ses injustices sociales et démocratiques, durer pendant 10 ans et corroder ce qui fait la France»; de l'autre, «ceux qui veulent une alternance», ensemble qui s'élargit à "la gauche", aux Ecologistes et au MoDem. Rien de plus clair sur le fond.
Or, la vérité est que François Bayrou, Marielle de Sarnez et autres cadres et militants du Mouvement Démocrates, qu'ils soient anciens de l'UDF ou nouveaux du MoDem, n'ont pas changé pour l'essentiel de valeurs, de fondamentaux. Ils ont fait valoir de nouvelles priorités face à l'urgence climatique et face aux injustices croissantes, mais restent bien sur l'idéal démocratique, républicain, alliant la liberté d'expression, de création, d'entreprise, une liberté de marché (sous condition de régulation !) et la solidarité, la protection des faibles, un socle de protection sociale et des services publics garantissant l'égalité des chances et l'octroi d'un service à tous et sur tout le territoire non forcément asservi à la rentabilité, notamment dans la santé et dans l'éducation.
En revanche, la droite a changé. Autrefois, la droite était plus conservatrice en termes de valeurs, de morale, d'autorité, de valeur du mérite et du travail. Elle était surtout républicaine. De Gaulle était fervent gardien de ces valeurs républicaines, d'une éthique morale, de l'égalité des chances pour les Français. Le centre, avec Lecanuet et Giscard, ont porté aussi ces valeurs fondamentales. Avec Chirac, la droite était encore républicaine, mais plus teintée de "copains-coquins", de politique de clan, ... Avec l'ère Sarkozy elle a connu une réelle rupture, un alignement au modèle anglo-saxon générateur d'inégalités croissantes, une politique au service des amis du président et des plus fortunés, une atteinte de plus en plus évidente à l'égalité des chances et aux valeurs républicaines, à la démocratie, avec une concentration de tous les pouvoirs, sans respect pour les règles les plus élémentaires de séparation des pouvoirs chères à Montesquieu et indispensables au bon fonctionnement de la démocratie, avec démantèlement progressif ou mise sous tutelle ou sous influence de tous les contre-pouvoirs dont la justice, les médias, et même le Parlement qui n'est plus qu'une chambre d'enregistrement des décisions du gouvernement,... Et la valeur centrale qui domine est l'argent, le culte du profit, la rentabilité au mépris des autres critères, dans une mondialisation où règne la loi du plus fort, où le faible n'est plus protégé, ou le riche devient toujours plus riche et bénéficie de plus en plus d'avantages fiscaux. Et l'emprise de l'Etat, chère à la gauche, est devenue l'apanage de la droite. Et ce qui est en train de s'installer en France, sournoisement et sans dire son nom, c'est un régime autoritaire, autocratique, inégalitaire, qui ne respecte plus les valeurs prônées par l'ancienne droite et le centre qui lui était autrefois allié. Oui, la droite a changé, ce n'est plus la même.
La gauche aussi a changé. Autrefois elle était socialiste ou communiste, idéologies basées sur l'égalité entre les hommes, mais égalité garantie par une économie administrée, où l'Etat est au centre de tout, collectiviste, liberticide. Elle a évolué d'abord vers des valeurs "libertaires" sur le plan des mœurs puis, avec la pérestroïka et la chute du mur de Berlin, le système collectiviste administré a été rejeté. Des pays se proclamant encore communistes comme la Chine ont adopté le capitalisme et n'ont gardé du communisme que la dictature du prolétariat. En France, les gouvernements socialistes ont dérégulé la finance, privatisé, facilité le développement de l'activité de marché des traders (à partir des années 1983), mis en place les stock-options (D.Strauss-Kahn), défiscalisé les investissements en œuvres d'art et les bonus (L.Fabius). Même si les tenants de la gauche se proclament plus sociaux et que le parti socialiste n'a pas changé de nom, pensant que le label "social", dans le mot "socialiste", serait la caution de cette idéologie. Le mot de "social-démocratie" a qualifié les modèles de société nordiques, qui présentent plus de redistribution sociale, moins d'inégalités de revenus. Sans le dire, une partie de la gauche, des socialistes, s'est finalement retrouvée dans les valeurs prônées par le centre. Oui la gauche a changé, ce n'est plus la même.
Alors regardons cette évolution en face et requalifions le repère euclidien droite-gauche, ou mieux encore, au lieu de droite-gauche, appelons les idéologies par leur nom. Encore que ... les partis prennent des étiquettes convenables (Le parti néoconservateur de Bush était nommé le parti "républicain"). Revoyons tous ensemble la véritable ligne de clivage, qui doit nous servir de repère pour envisager une alternance. C'est bien celle du choix entre deux modèles de société. Tout en acceptant le pluralisme de mouvements qui représentent une diversité de vues, de préférences de moyen d'action, mais qui peuvent converger sur les valeurs et les priorités.
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
... et les mots pour le dire viennent aisément.
(Nicolas Boileau, l'Art poétique, 1674)
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