27.09.2009
Décisions du G20 : marqueurs d'un modèle de société
Si l'on doit retenir une phrase du communiqué du G20, qui résume à elle seule la finalité communément exprimée par nos leaders mondiaux, quelle est-elle ?
"Lancer un cadre qui définisse les politiques et la manière dont nous agirons ensemble pour parvenir à une croissance mondiale, forte, durable et équilibrée" (voir point 13 page 2).
Significatif sur les objectifs premiers : la croissance de la richesse et bien sûr des emplois (qui doit désormais intégrer la notion de "durable"). La survie de l'espèce et de la planète n'étant pas un objectif premier mais secondaire. La réduction des inégalités et de la pauvreté étant reléguée dans les annexes, ou au travers d'une expression incroyablement hypocrite : "Nous réaffirmons notre attachement historique à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement et nos engagements d'APD respectifs,...", qui rappelons-le, édictés en l'an 2000, sont loin d'être atteints !
Le renforcement du soutien aux plus vulnérables est évoqué, une volonté "d'améliorer l'accès des pauvres aux services financiers", la "promotion du déploiement d'énergie propres et peu coûteuses dans les pays en développement", la "prévention des sorties de capitaux illicites" de ces pays, mais cela paraît être comme disent les anglo-saxons du "wishfull thinking", en fait des voeux pieux.
En termes de moyens à mettre en oeuvre, notons la focalisation sur la régulation financière pour faire face à la crise financière et économique à court terme, avec des actions sur les bonus et les paradis fiscaux qui sont plus médiatiques qu'efficaces. Une occulation de sujets important comme la monnaie mondiale de référence en alternative au dollar qui met gravement en danger les fiannces du monde, ou comme une taxe de type "Tobin" sur les flux financiers et surtout spéculatifs. Rien de concret proposé pour la création d'une agence mondiale pour l'environnement, sur le respect de normes sociales et environnementales à imposer à l'OMC, ni sur réduction des inégalités et de la pauvreté, qui sont des objectifs secondaires ou au lieux des "contraintes" à intégrer dans l'onjectif de croissance de la richesse.
Sur ce dernier point, deux types de moyens d'action peuvent être envisagés :
1- le moyen correctif "ex-post", visant à redistribuer par l'impôt une richesse inégalement distribuée sur la planète et au sein de chaque pays. Prenons un étalon, par exemple 1980. Mesurons les écarts d'inégalités et quelle aurait due être la richesse de part et d'autre, à richesse globale constante, pour maintenir le niveau d'inégalités de l'époque. Et corrigeons le tir. Les pays riches redonneraient aux pays pauvres la part servant à maintenir le niveau d'inégalités constant. Ceci par l'APD, par investissement dans ces pays dans l'éducation, la santé, la productivité de l'agriculture. Pourquoi ne pas proposer aussi de taxer les entreprises occidentales qui délocalisent leurs industries polluantes dans ces pays pour combler le coût environnemental afférant ?
De même, au sein de chaque pays, on pourrait corriger l'accroissement des inégalités, par exemple depuis 1980, par redistribution fiscale entre les riches et les pauvres, d'une manière mondiale (pour éviter l'utilisation de l'argument "si on le fait dans notre pays sans que ce soit fait ailleurs, la richesse et les investissements, donc l'emploi, vont partir ailleurs").
Lorsqu'on voit les profits des établissements financiers caractérisés par des ROE (Return on Equity) de 25-30% de 40% voire plus dans leurs activités de marché (André Orléan, De l'euphorie à la panique penser la crise financière), comparé à 15-20% dans les firmes industrielles , et que cette part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l'emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée, on pourrait aussi proposer de corriger la répartition par une fiscalité appropriée entre les profits des banques et les profits des entreprises (voire même redonner un crédit aux entreprises qui n'ont pas fait de bénéfice).
Dans une telle logique, on reste sur le même moteur de société qui est la recherche égoïste du profit individuel, l'intérêt général étant représenté comme une contrainte et les bénéficiaires de la redistribution comme des assistés. C'est l'humanitaire, qui donne bonne conscience aux capitalistes individualistes bien pensants.
2- Le moyen préventif ex-ante, c'est à dire toute régulation encadrant par avance les dérives potentielles. C'est le cas de la limitation des bonus ou d'une meilleure répartition ex ante de la valeur ajoutée des entreprises entre le capital, le travail et l'investissement, afin de tarir la source de l'appât du gain de quelques uns, de la vampirisation d'une catégorie minoritaire de population aux dépens des autres. Les actions visant la préservation de l'égalité des chances par l'accès à l'éducation et à la santé font partie de ces mesures préventives. L'investissement dans le retraitement des déchets et des économies d'énergie, ainsi que l'évolution des modes de consommation, avant même la taxation des consommations carbone, fait aussi partie de l'arsenal préventif. La meilleure prévention passant par un changement du moteur de la société : renverser l'objectif et les contraintes, faire de la préservation de l'environnement et de la justice, de la réduction des inégalités, des valeurs ultimes, le profit et l'argent n'étant qu'un moyen pour atteindre ces objectifs. C'est cela qui doit être le marqueur du changement de modèle de société, en reprenant radicalement, c'est à dire à la racine, le mal dont nous sommes atteint. Cela peut se faire par des moyens coercitifs que l'intérêt général aura fini par imposer à tous les individus que nous sommes. Cela pourra aussi, de préférence se faire par un changement des mentalités et une adhésion individuelle directe aux objectifs de solidarité et de respect, de l'environnement comme de la personne humaine.
C'est l'humanisme, remplaçant l'humanitaire, passant par la concience des individus responsables et solidaires de demain.
16:24 Publié dans analyses politiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : g20, modele de société, humanisme
08.09.2009
Ce n'est pas Bayrou qui a changé, c'est la droite et la gauche !
L'offre publique de dialogue faite par François Bayrou et Marielle de Sarnez à toutes les forces politiques démocrates et progressistes, notamment socialistes et écologistes, qui souhaitent une alternance à la politique actuelle du gouvernement, suscite diverses réactions, positives et chaleureuses pour les uns, embarrassées pour les autres, moqueuses des habituels porte-parole et porte-flingue de la majorité gouvernementale. Elle fait bouger les lignes car elle incite à ouvrir de nouvelles portes, à dévoiler les cartes, à se remettre en question et enfin à parler des sujets de fond devant les Français.
Cette proposition est interprétée par les différents médias comme un "glissement" à gauche, par certains comme un reniement d'une position passée d'une centre plus proche de la droite. Même Mediapart (article de Mathilde Mathieu) n'y a vu qu'une posture tactique politicienne, sans poser le problème de fond, en disant "Pour éviter qu'écologistes et socialistes fassent une OPA sur le Modem, sorti très affaibli des élections européennes, Bayrou leur a lancé une «offre publique de dialogue», dimanche 6 septembre, en clôture de l'université d'été du mouvement, organisée à La Grande-Motte." Et pourtant la suite de l'article dit clairement qu'il explique que la nouvelle ligne de partage politique est à présent d'un côté à droite avec Nicolas Sarkozy celle de «l'idéologie des inégalités», (...) ceux qui se résignent à voir ce régime, (...) avec ses injustices sociales et démocratiques, durer pendant 10 ans et corroder ce qui fait la France»; de l'autre, «ceux qui veulent une alternance», ensemble qui s'élargit à "la gauche", aux Ecologistes et au MoDem. Rien de plus clair sur le fond.
Or, la vérité est que François Bayrou, Marielle de Sarnez et autres cadres et militants du Mouvement Démocrates, qu'ils soient anciens de l'UDF ou nouveaux du MoDem, n'ont pas changé pour l'essentiel de valeurs, de fondamentaux. Ils ont fait valoir de nouvelles priorités face à l'urgence climatique et face aux injustices croissantes, mais restent bien sur l'idéal démocratique, républicain, alliant la liberté d'expression, de création, d'entreprise, une liberté de marché (sous condition de régulation !) et la solidarité, la protection des faibles, un socle de protection sociale et des services publics garantissant l'égalité des chances et l'octroi d'un service à tous et sur tout le territoire non forcément asservi à la rentabilité, notamment dans la santé et dans l'éducation.
En revanche, la droite a changé. Autrefois, la droite était plus conservatrice en termes de valeurs, de morale, d'autorité, de valeur du mérite et du travail. Elle était surtout républicaine. De Gaulle était fervent gardien de ces valeurs républicaines, d'une éthique morale, de l'égalité des chances pour les Français. Le centre, avec Lecanuet et Giscard, ont porté aussi ces valeurs fondamentales. Avec Chirac, la droite était encore républicaine, mais plus teintée de "copains-coquins", de politique de clan, ... Avec l'ère Sarkozy elle a connu une réelle rupture, un alignement au modèle anglo-saxon générateur d'inégalités croissantes, une politique au service des amis du président et des plus fortunés, une atteinte de plus en plus évidente à l'égalité des chances et aux valeurs républicaines, à la démocratie, avec une concentration de tous les pouvoirs, sans respect pour les règles les plus élémentaires de séparation des pouvoirs chères à Montesquieu et indispensables au bon fonctionnement de la démocratie, avec démantèlement progressif ou mise sous tutelle ou sous influence de tous les contre-pouvoirs dont la justice, les médias, et même le Parlement qui n'est plus qu'une chambre d'enregistrement des décisions du gouvernement,... Et la valeur centrale qui domine est l'argent, le culte du profit, la rentabilité au mépris des autres critères, dans une mondialisation où règne la loi du plus fort, où le faible n'est plus protégé, ou le riche devient toujours plus riche et bénéficie de plus en plus d'avantages fiscaux. Et l'emprise de l'Etat, chère à la gauche, est devenue l'apanage de la droite. Et ce qui est en train de s'installer en France, sournoisement et sans dire son nom, c'est un régime autoritaire, autocratique, inégalitaire, qui ne respecte plus les valeurs prônées par l'ancienne droite et le centre qui lui était autrefois allié. Oui, la droite a changé, ce n'est plus la même.
La gauche aussi a changé. Autrefois elle était socialiste ou communiste, idéologies basées sur l'égalité entre les hommes, mais égalité garantie par une économie administrée, où l'Etat est au centre de tout, collectiviste, liberticide. Elle a évolué d'abord vers des valeurs "libertaires" sur le plan des mœurs puis, avec la pérestroïka et la chute du mur de Berlin, le système collectiviste administré a été rejeté. Des pays se proclamant encore communistes comme la Chine ont adopté le capitalisme et n'ont gardé du communisme que la dictature du prolétariat. En France, les gouvernements socialistes ont dérégulé la finance, privatisé, facilité le développement de l'activité de marché des traders (à partir des années 1983), mis en place les stock-options (D.Strauss-Kahn), défiscalisé les investissements en œuvres d'art et les bonus (L.Fabius). Même si les tenants de la gauche se proclament plus sociaux et que le parti socialiste n'a pas changé de nom, pensant que le label "social", dans le mot "socialiste", serait la caution de cette idéologie. Le mot de "social-démocratie" a qualifié les modèles de société nordiques, qui présentent plus de redistribution sociale, moins d'inégalités de revenus. Sans le dire, une partie de la gauche, des socialistes, s'est finalement retrouvée dans les valeurs prônées par le centre. Oui la gauche a changé, ce n'est plus la même.
Alors regardons cette évolution en face et requalifions le repère euclidien droite-gauche, ou mieux encore, au lieu de droite-gauche, appelons les idéologies par leur nom. Encore que ... les partis prennent des étiquettes convenables (Le parti néoconservateur de Bush était nommé le parti "républicain"). Revoyons tous ensemble la véritable ligne de clivage, qui doit nous servir de repère pour envisager une alternance. C'est bien celle du choix entre deux modèles de société. Tout en acceptant le pluralisme de mouvements qui représentent une diversité de vues, de préférences de moyen d'action, mais qui peuvent converger sur les valeurs et les priorités.
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
... et les mots pour le dire viennent aisément.
(Nicolas Boileau, l'Art poétique, 1674)
22:35 Publié dans analyses politiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bayrou, de sarnez, modem


