27.09.2009

Décisions du G20 : marqueurs d'un modèle de société

Si l'on doit retenir une phrase du communiqué du G20, qui résume à elle seule la finalité communément exprimée par nos leaders mondiaux, quelle est-elle ?

"Lancer un cadre qui définisse les politiques et la manière dont nous agirons ensemble pour parvenir à une croissance mondiale, forte, durable et équilibrée" (voir point 13 page 2).

Significatif sur les objectifs premiers : la croissance de la richesse et bien sûr des emplois (qui doit désormais intégrer la notion de "durable"). La survie de l'espèce et de la planète n'étant pas un objectif premier mais secondaire. La réduction des inégalités et de la pauvreté étant reléguée dans les annexes, ou au travers d'une expression incroyablement hypocrite : "Nous réaffirmons notre attachement historique à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement et nos engagements d'APD respectifs,...", qui rappelons-le, édictés en l'an 2000, sont loin d'être atteints !

Le renforcement du soutien aux plus vulnérables est évoqué, une volonté "d'améliorer l'accès des pauvres aux services financiers", la "promotion du déploiement d'énergie propres et peu coûteuses dans les pays en développement", la "prévention des sorties de capitaux illicites" de ces pays, mais cela paraît être comme disent les anglo-saxons du "wishfull thinking", en fait des voeux pieux.

En termes de moyens à mettre en oeuvre, notons la focalisation sur la régulation financière pour faire face à la crise financière et économique à court terme, avec des actions  sur les bonus et les paradis fiscaux qui sont plus médiatiques qu'efficaces. Une occulation de sujets important comme la monnaie mondiale de référence en alternative au dollar qui met gravement en danger les fiannces du monde, ou comme une taxe de type "Tobin" sur les flux financiers et surtout spéculatifs. Rien de concret proposé pour la création d'une agence mondiale pour l'environnement, sur le respect de normes sociales et environnementales à imposer à l'OMC, ni sur réduction des inégalités et de la pauvreté, qui sont des objectifs secondaires ou au lieux des "contraintes" à intégrer dans l'onjectif de croissance de la richesse.

Sur ce dernier point, deux types de moyens d'action peuvent être envisagés :

1- le moyen correctif "ex-post", visant à redistribuer par l'impôt une richesse inégalement distribuée sur la planète et au sein de chaque pays. Prenons un étalon, par exemple 1980. Mesurons les écarts d'inégalités et quelle aurait due être la richesse de part et d'autre, à richesse globale constante, pour maintenir le niveau d'inégalités de l'époque. Et corrigeons le tir. Les pays riches redonneraient aux pays pauvres la part servant à maintenir le niveau d'inégalités constant. Ceci par l'APD, par investissement dans ces pays dans l'éducation, la santé, la productivité de l'agriculture. Pourquoi ne pas proposer aussi de taxer les entreprises occidentales qui délocalisent leurs industries polluantes dans ces pays pour combler le coût environnemental afférant ?
De même, au sein de chaque pays, on pourrait corriger l'accroissement des inégalités, par exemple depuis 1980, par redistribution fiscale entre les riches et les pauvres, d'une manière mondiale (pour éviter l'utilisation de l'argument "si on le fait dans notre pays sans que ce soit fait ailleurs, la richesse et les investissements, donc l'emploi, vont partir ailleurs").
Lorsqu'on voit  les profits des établissements financiers  caractérisés par des ROE (Return on Equity) de 25-30% de 40% voire plus dans leurs activités de marché (André Orléan, De l'euphorie à la panique  penser la crise financière), comparé à 15-20% dans les firmes industrielles  , et que cette part de profit dans les banques est passée de 10% du total des profits des entreprises françaises en 1980 à 41% en 2007 alors que le secteur financier ne représente que 5% de l'emploi salarié et 16% de la valeur ajoutée, on pourrait aussi proposer de corriger la répartition par une fiscalité appropriée entre les profits des banques et les profits des entreprises (voire même redonner un crédit aux entreprises qui n'ont pas fait de bénéfice).

Dans une telle logique, on reste sur le même moteur de société qui est la recherche égoïste du profit individuel, l'intérêt général étant représenté comme une contrainte et les bénéficiaires de la redistribution comme des assistés. C'est l'humanitaire, qui donne bonne conscience aux capitalistes individualistes bien pensants.

2- Le moyen préventif ex-ante, c'est à dire toute régulation encadrant par avance les dérives potentielles. C'est le cas de la limitation des bonus ou d'une meilleure répartition ex ante de la valeur ajoutée des entreprises entre le capital, le travail et l'investissement, afin de tarir la source de l'appât du gain de quelques uns, de la vampirisation d'une catégorie minoritaire de population aux dépens des autres. Les actions visant la préservation de l'égalité des chances par l'accès à l'éducation et à la santé font partie de ces mesures préventives. L'investissement dans le retraitement des déchets et des économies d'énergie, ainsi que l'évolution des modes de consommation, avant même la taxation des consommations carbone, fait aussi partie de l'arsenal préventif. La meilleure prévention passant par un changement du moteur de la société : renverser l'objectif et les contraintes, faire de la préservation de l'environnement et de la justice, de la réduction des inégalités, des valeurs ultimes, le profit et l'argent n'étant qu'un moyen pour atteindre ces objectifs. C'est cela qui doit être le marqueur du changement de modèle de société, en reprenant radicalement, c'est à dire à la racine, le mal dont nous sommes atteint. Cela peut se faire par des moyens coercitifs que l'intérêt général aura fini par imposer à tous les individus que nous sommes. Cela pourra aussi, de préférence se faire par un changement des mentalités et une adhésion individuelle directe aux objectifs de solidarité et de respect, de l'environnement comme de la personne humaine.

C'est l'humanisme, remplaçant l'humanitaire, passant par la concience des individus responsables et solidaires de demain.

08.07.2009

La recomposition politique en France s’articulera-t-elle autour du choix de modèle de société ?

Une approche pour les prochaines échéances électorales ... et un constat : quelle que soit l’issue de la recomposition politique future, il faut se poser les problèmes de fond, s’interroger sur les priorités que nous souhaitons ériger pour les années et  le siècle à venir, dessiner le monde que nous souhaitons laisser à nos enfants, s’entendre sur la manière dont nous voulons vivre ensemble.

 

 

Les leçons des dernières élections européennes :

 

1-     C’est en premier lieu l’abstention qui a gagné. Les Français ont marqué leur désapprobation de la politique, de l’Europe, en votant « avec leurs pieds », c'est-à-dire en n’allant pas voter. Ensuite ils n’ont pas voté comme les sondages l’annonçaient une semaine avant le vote (pronostics à 27% pour l’UMP, 21 ou 22% pour le PS, 13 ou14% pour le MoDem, 10% pour Europe Ecologie et 6,5% pour le NPA). En une semaine, le PS a perdu environ 5 points, ainsi que le MoDem, et Europe Ecologie en a gagné 6 et l’UMP 1, le NPA en a perdu 2 au profit du Front de gauche. Le MoDem a déçu par le comportement de François Bayrou qui s’est laissé entraîné dans les querelles avec Daniel Cohn-Bendit lors du débat télévisé du 4 juin et a été marqué « Anti-Sarkozyste » suite au succès de son livre « Abus de pouvoir », au détriment du débat sur l’Europe, tandis que le PS payait aussi ses querelles internes. Une partie des votes pour le PS et le MoDem se sont donc reportés sur Europe Ecologie, marquant le soutien à un thème ni de gauche ni de droite mais de conscience planétaire : la préservation de la planète. Les Français en ont semble-t-il raz le bol des querelles politiciennes et souhaitent que leurs représentants élus abordent les vrais problèmes de fond : affronter la crise économique et le réchauffement climatique, garantir la solidarité et réduire les inégalités, donner suffisamment de puissance et d’autorité à l’Etat à condition qu’il préserve vraiment l’intérêt général des citoyens et ne soit pas gangrené par la bureaucratie, … et surtout changent de comportement.

2-     Les différents partis affichent des programmes finalement très convergents, essayant de mettre en avant ces objectifs auxquels la plupart des Français aspirent. On retrouve dans tous les programmes la volonté de réguler la finance et l’économie, de préserver l’environnement, de viser une croissance durable grâce à un investissement dans l’innovation, les économies d’énergie et les énergies renouvelables, de maintenir une sécurité sociale Il est de plus en plus difficile de différencier un clivage « gauche/droite » au vu des programmes.

·        L’UMP, suite à la crise financière, se met à critiquer les travers du capitalisme financier et d’un libéralisme mondialisé insuffisamment régulé, développe une politique très interventionniste d’un Etat omnipotent, bien que Nicolas Sarkozy défendît au contraire pendant la présidentielle un modèle américain contre le modèle français jugé ringard, étriqué, bloqué par ses protections sociales, incapable de faire face à la concurrence et à la compétitivité dans la mondialisation et bien que sa politique eût contribué à l’accroissement des inégalités, à la défense des grandes surfaces et des puissances financières au détriment du petit commerce et des agriculteurs, sans parler de la neutralisation de presque tous les contrepouvoirs que sont les médias, la justice et même le Parlement.

·        Le PS affiche les mêmes objectifs, insistant sur la mise en œuvre d’une Europe sociale.

·        Le Modem également par une approche humaniste de la société, mettant l’homme au centre plutôt que l’argent et l’Etat.

·        Les Verts aussi en centrant leur programme sur l’environnement, une politique durable et quelques positions plus radicales sur le nucléaire et l’approche de décroissance.

 

D’où les légitimes questions :

 

-         Quelles sont les vraies questions qui préoccupent les citoyens, qui peuvent les mobiliser et les faire rêver ?

-         Les réponses à ces questions sont-elles convergentes ou divergentes entre les différents partis ? où sont finalement les lignes de clivages ? Face à des programmes relativement convergents, qu’est-ce qui fait la différence ?

 

La question des valeurs et du modèle de société sera-t-elle la ligne de clivage, de différenciation essentielle ?

 

La question de fond de ce début de siècle est probablement celle d’un tournant de civilisation, celle des valeurs à prioriser et du modèle de société. Le modèle socialiste collectiviste et bureaucratique a montré son échec avec la chute du mur de Berlin. Le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation vient également de montrer son inanité, responsable de l’accroissement des inégalités et même de la pauvreté, destructeur de l’environnement, cause d’une faillite généralisée de l’économie. La Chine étant de surcroît un exemple d’accommodation à la fois d’un régime collectiviste étatisé et de capitalisme débridé.

 

Avec la crise apparaît la nécessité du choix (étymologiquement krisis en grec signifie décision). Le nouveau clivage de fond concernant le modèle de société pourrait être un choix entre :

 

-         soit « refonder et moraliser le capitalisme », continuer avec le même moteur, en mettant réellement plus de verrous, de contraintes, de régulation, de redistribution pour diminuer les injustices, mais en gardant les valeurs matérielles, la maximisation du profit individuel, comme la motivation essentielle des individus, les inégalités étant stimulantes par d’un côté l’appât du gain et de l’autre la peur de sombrer dans la précarité. C’est toujours le règne de la société de l’avoir et du paraître.

 

-          soit proposer autre chose, ni le capitalisme ni le socialisme, mais ce que l’on pourrait appeler l’humanisme. C'est-à-dire pas seulement une régulation du système existant mais commencer à changer les choses plus en profondeur, en s’accordant sur de nouvelles priorités, l’intérêt général plutôt que les intérêts particuliers mais avec adhésion consensuelle (importance de la démocratie), de nouveaux modes de gouvernance d’entreprises plus coopératives, de formes d’emplois et de collaboration des individus. Une nouvelle prise de conscience des citoyens, une responsabilisation individuelle des enjeux collectifs, un sens retrouvé du civisme, de l’altruisme, et même de la morale. C’est une tâche difficile qui exige de non seulement imaginer ce monde pour le reconstruire en profondeur, mais il faut aussi savoir l’exprimer, en termes compréhensibles au tout venant, donner envie d’y aller, d’y participer.

 

Il semble que dans le paysage politique français, l’UMP et ses satellites (Nouveau Centre, Radicaux, Gauche Moderne, …), en tout cas Nicolas Sarkozy de même que José-Manuel Barroso, soient plutôt dans la première proposition. Nicolas Sarkozy, devant l’échec du capitalisme mondialisé, devant la perversion à laquelle a mené la financiarisation de l’économie, commence à adopter un langage plus social, plus régulateur, plus étatiste, pour rassurer, même si les actes ne vont pas vraiment dans le même sens (il ne revient pas sur le bouclier fiscal, il ne fait rien sur les stock-options et les salaires exorbitants des dirigeants, les mesures contre les paradis fiscaux sont purement cosmétiques,...).

Il existent deux fragilités de fond dans l’expression de cette politique : d’une part une sorte de schizophrénie, une divergence entre les paroles et les actes, qui ne pourra pas faire illusion dans la durée, surtout quand les effets de la crise font s’aggraver, d’autre part la divergence de fond qui risque de progressivement apparaître et de s’accentuer entre Nicolas Sarkozy, tant dans son comportement politique que sur le fond, et des élus de l’UMP qui ne s’y reconnaissent plus. Nicolas Sarkozy, en personnalisant à outrance l’UMP et présenté comme sa force, pourrait bien devenir sa faiblesse, sa tare, si cela tourne mal. Les prétendants au remplacement seraient alors nombreux (Xavier Bertrand, Jean-François Copé, Alain Juppé, Dominique de Villepin,…) et prêts à se livrer une guerre fratricide comme c’est la cas au PS.

 

Au sein du PS, les avis ne sont pas clairement exprimés : s’agit-il de la première option avec encore plus de régulation et plus de redistribution que le propose l’UMP ? Ou plutôt d’un projet plus novateur ? Son contenu programmatique s’est construit autrefois dans un certain contexte puis a dû s’adapter, nécessitant des « synthèses » de plus en plus difficile à élaborer et à exprimer en cohérence notamment avec les anciens fondamentaux idéologiques et même avec son nom « Socialisme » devenu obsolète. Ainsi comment faire la synthèse entre les partisans du oui et du non à l’Europe, entre les tenants de l’économie de marché dont certains, notamment dirigeants du FMI et de l’OMC (Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy), s’affichent très libéraux et d’autres au contraire partisans d’une économie régulée par l’Etat. Le PS affirme en tout cas des valeurs humanistes, des valeurs de solidarité, d’égalité et de fraternité.

 

Le Mouvement Démocrate a de son côté déjà affirmé une ambition d’un projet de société alternatif humaniste, qui est plus profond, plus audacieux, plus enthousiasmant et donne aussi plus espoir s’il est constructif et réaliste, pas seulement utopiste. Il a clairement affirmé ses valeurs, exprimées dans une charte des valeurs, ainsi que sa manière de conduire la politique, également dans une charte éthique. Il lui reste à exprimer plus clairement et concrètement son projet au public, à plus concrétiser ses objectifs dans un programme politique complet, touchant tous les domaines, de la politique étrangère au réchauffement climatique, des délocalisations  au pouvoir d’achat, du problème des banlieues à la désertification des campagnes, du chômage des jeunes au vieillissement de la population, du problème des retraites au déficit public insoutenable, que ce soit pour les élections régionales ou les présidentielles.

 

Les Verts (Europe Ecologie) sont plutôt aussi dans une approche alternative plus radicale de modèle de société, dont les valeurs sont très proches du Mouvement Démocrates et dont le contenu programmatique également très convergent avec le volet écologique du MoDem. Cependant, il est parfois difficile de comprendre la cohérence entre la base militante, le contenu programmatique, et la communication faite par ses représentants. Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly ne s’étaient jamais montrés spécialement écologistes avant de venir porter les couleurs des Verts, traduisant un certain opportunisme, de même que Daniel Cohn-Bendit a toujours été très libéral, ayant toujours par ses votes soutenu la concurrence contre les services publics, comme l’atteste le dernier numéro du journal Marianne du 27 juin 2009, alors que dans la perception du public Les Verts sont situés à gauche. Certains élus ont défendu le non à la constitution Européenne (José Bové).

 

Sur le fond, la forte convergence de valeurs entre le MoDem, le PS et Les Verts, pour un modèle de société alternatif humaniste et durable, est sans doute favorable aux alliances entre ces partis. Ce modèle à construire est en opposition avec le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation que défendent Nicolas Sarkozy (donc l’UMP dans son sillage) et José Barroso au niveau de l’Europe, même s’ils prétendent vouloir mieux le réguler. Il y a clairement une idéologie convergente à défendre et c’est cela qui est important, au-delà de la concurrence entre personnalités présidentiables.

 

Le débat politique pourrait se recentrer sur l’affrontement entre deux modèles de société, d’une part le modèle actuel capitaliste centré sur la maximisation des profits individuels, même s’il est soi-disant « refondé » et mieux régulé, d’autre part sur un modèle alternatif qu’on peut qualifier d’humaniste.

 

Une entente de convergence sur le modèle de société alternatif peut être matérialisée dans des alliances tout d’abord sur le front européen contre la nomination de Barroso, puis aux régionales, dans des positions communes au Parlement en France comme au niveau européen, puis éventuellement dans une entente de second tour à la présidentielle. Il s’agira ainsi de maximiser les chances au second tour, quel que soit le candidat arrivant au 1er tour, et d’envisager un gouvernement composé de personnes venues à la fois du MoDem, du PS, des Verts.

 

 

Autre hypothèse ?

 

Même si la question de fond paraît être celle du modèle de société, il est possible que le thème paraisse trop complexe, trop utopique, trop évanescent pour les Français, qui pourraient préférer :

 

-         soit se concentrer sur les problèmes concrets de leur vie quotidienne, quelques sujets phares concrets et basiques, quels que soient le modèle et les valeurs défendues,

 

-         soit  se mobiliser sur un autre sujet, plus transverse, plus universel qu’un clivage d’ordre idéologique ou politique, dépassant les clans habituels. Ce fut le cas pour le réflexe écologique aux européennes. Ce pourrait être aussi une mobilisation démocratique face aux abus de pouvoir, une reprise en main par les citoyens, une réappropriation de leur pouvoir confisqué par les élites, la revanche du citoyen consommateur qui pourrait par son petit pouvoir additionné aux autres, boycotter TF1, les produits polluants, les entreprises non respectueuses des salariés, délocalisant malgré leurs profits, les grandes marques ou les grandes enseignes qui par pression via les centrales d’achats sur les agriculteurs, les éleveurs ou les producteurs laitiers, soi-disant au nom de la baisse des prix, détruisent la ruralité et ne favorisent même pas le consommateur. Internet pourrait constituer un formidable outil de rassemblement, de pétition, d’organisation pour mener une telle politique. Un parti ou un homme incarnant cette nouvelle façon de faire de la politique pourrait séduire l’opinion et transcender les traditionnels clivages.

 

-         Soit faire leur choix plus sur des personnalités politiques que sur le fond des idées, face à des projets indifférenciés en tout cas dans les programmes annoncés. Nicolas Sarkozy a été élu majoritairement par les Français surtout pour sa personnalité, trépidante et active, jugée dynamisante, quelle que soit l’idéologie qu’il défendait ou plutôt qui était sous-jacente à son programme de réformes, sur base de slogans simples (« travailler plus pour gagner plus », « chercher la croissance avec les dents ») et quelques thèmes phares (le pouvoir d’achat et la croissance), thèmes qui rassemblent les français à la fois de gauche et de droite. Il n’a pas été élu ni pour démanteler le contrat social et précariser encore plus les classes moyennes et pauvres, ni pour piétiner les valeurs républicaines d’égalité des chances, ni pour « monarchiser » le pouvoir du président de la République et supprimer les contrepouvoirs, ni pour mettre la main directe sur l’audiovisuel public, ni faire des cadeaux fiscaux aux riches (bouclier fiscal), ni pour rallier le commandement armé de l’OTAN (de surcroît sans conditions ...) donnant une caution atlantiste  la politique étrangère et de défense et compromettant tout espoir de mise en place d’une politique de défense européenne indépendante), ... Et pourtant, il a mis en place de nombreuses réformes non annoncées dans sa campagne. De même qu’il n’a pas augmenté le pouvoir d’achat ni la croissance, même juste avant  la crise financière, qui au moins peut servir maintenant d’alibi à cet échec. Si aujourd’hui ou demain il décevait fortement par son comportement et par l’incohérence entre ses actes et ses paroles, il pourrait entraîner l’échec de l’UMP dans son sillage. François Bayrou pourrait en réaction être considéré comme une personnalité alternative. D’autres personnalités pourraient aussi revenir ou émerger d’ici 2012.

 

Quelle que soit l’issue de la recomposition politique future, il faut se poser les problèmes de fond, s’interroger sur les priorités que nous souhaitons ériger pour les années et  le siècle à venir, dessiner le monde que nous souhaitons laisser à nos enfants, s’entendre sur la manière dont nous voulons vivre ensemble.

 

 

 

02.07.2009

La recomposition politique française devrait s'articuler autour de la confrontation entre deux modèles de société

Quelques réflexions personnelles sur le paysage politique français en vue de proposer une approche pour les prochaines échéances électorales :

Il y a les partis, les idéologies et les leaders politiques

 

Certains partis sont des partis initialement fondés sur une idéologie plus que sur un leader (le PS, le PC ou Front de Gauche, Les Verts) et d’autres sont des partis rassemblés autour d’un leader, qui montre le chemin et fédère soit par sa personnalité soit par les valeurs qu’il représente (l’UMP avec Nicolas Sarkozy, le Mouvement Démocrate avec François Bayrou). Le NPA étant une combinaison des deux avec le leadership d’Olivier Besancenot.

Certains partis ont une base idéologique affirmée (NPA, Front de Gauche et PC basés sur la lutte des classes, la lutte sociale), d’autres en avaient une mais qui est dépassée (le PS, basée sur le collectivisme et le rôle central de l’Etat), d’autres encore n’affichent pas franchement leur idéologie même si elle est sous-jacente à leur programme (UMP, avec une politique néocapitaliste, centrée sur l’argent, le profit individuel, les valeurs matérielles et la loi du plus fort, même si elle est mâtinée de protection sociale et d’interventionnisme de l’Etat avec notamment la récente crise).

 

Dans ce paysage, le PS est un parti ancien, ancré, avec de nombreux élus mais souffrant à la fois d’un problème de leadership (trop de prétendants, en lutte dans une guerre de concurrence autodestructrice, se livrant une guerre fratricide) et d’un problème de clarification idéologique. Son contenu programmatique s’est construit autrefois dans un certain contexte puis a dû s’adapter, nécessitant des « synthèses » de plus en plus difficile à élaborer et à exprimer en cohérence notamment avec les anciens fondamentaux idéologiques et même avec son nom « Socialisme » devenu obsolète. Ainsi comment faire la synthèse entre les partisans du oui et du non à l’Europe, entre les tenants de l’économie de marché dont certains, notamment dirigeants du FMI et de l’OMC (Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy), s’affichent très libéraux et d’autres au contraire partisans d’une économie régulée par l’Etat.

 

Les Verts sont un parti non fondé sur une véritable idéologie mais basé sur la défense de l’environnement, délivrant un programme centré sur ce thème et donc partiel. En termes de leaders, les élections européennes montrent un décalage entre le contenu programmatique et la représentation de ses leaders, ainsi que l’importance de la communication. Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly ne s’étaient jamais montrés spécialement écologistes avant de venir porter les couleurs des Verts, traduisant un certain opportunisme, de même que Daniel Cohn-Bendit a toujours été très libéral, ayant toujours par ses votes soutenu la concurrence contre les services publics, comme l’atteste le dernier numéro du journal Marianne du 27 juin 2009, alors que dans la perception du public Les Verts sont situés à gauche. Des anciens Verts ont préféré rejoindre le MoDem, à forte composante écologique, notamment des anciens représentants du parti tels que Jean-Luc Bennhamias et Yann Wehrling. Point assez paradoxal et qui démontre le succès de communication de Daniel Cohn-Bendit : la manière dont ce dernier a mené campagne en disant qu’il la faisait sur le fond, sur l’Europe, en ne rappelant pas l’orientation de ses propres votes passés (contre les services publics), en stigmatisant en même temps François Bayrou (pourtant profondément européen) qu’il désignait comme un obsédé de la présidentielle « touché par la Vierge », multipliant les petite phrases assassines et les provocations, retournant en bouquet final contre ce dernier l’accusation de phrase assassine (syndrome de l’arroseur arrosé), qu’il a fini par provoquer lui-même en retour. Trop fort ce Dany ! Son fils a raison de dire qu’il ressemble à Sarkozy, sur la com’ notamment ...

 

Le Mouvement Démocrate, issu à la fois de l’ancien parti UDF centriste démocrate et européen et du parti écologiste CAP21 fondé par Corinne Lepage, a été clairement un rassemblement d’hommes et de femmes autour d’un leader, de François Bayrou, au lendemain des présidentielles où ce dernier avait recueilli 19% des voix. Ce leader incarnant des valeurs et une nouvelle forme d’idéologie : défense des valeurs démocrates, républicaines, sociales et humanistes, priorité à l’égalité des chances et au respect de l’environnement, aux valeurs créatives, qu’elles soient appliquées à la création d’entreprise, à l’innovation et à la recherche ou à la culture. On remarquera d’ailleurs la convergence de valeurs exprimées entre le MoDem et le PS, et pour la partie écologique la grande convergence de priorités et de contenu entre le MoDem et les Verts. Le MoDem cherche à exprimer plus franchement son idéologie humaniste, remettant l’homme en tant que valeur centrale à la place de l’Etat et à la place de l’argent-roi. En termes programmatiques, d’application politique, l’Europe représente pour le MoDem un levier central et incontournable dans la mondialisation pour de nombreux sujets : réchauffement climatique, défense, immigration, spéculation mondiale et lutte contre les paradis fiscaux, crise économique et problème de concurrence non équitable engendrant des délocalisations, gestion des ressources énergétiques, accès à l’eau et aux matières premières, développement de l’Afrique, ...

 

Il y a les élections présidentielles et les autres élections 

 

Les élections présidentielles sont différentes des autres car même si un leader est porté par un parti, il doit obtenir une adhésion plus large que celle de son parti et doit pouvoir rassembler et représenter l’ensemble des Français. Il doit aussi être crédible en matière de capacité à former un gouvernement, des ministres qui mèneront une politique cohérente. Ce challenge est d’autant plus fort pour François Bayrou et le MoDem, parti non majoritaire et comptant peu d’élus, donc peu de ministrables.

Les élections législatives découlent des élections présidentielles, le calendrier électoral aidant, alors que les autres élections intermédiaires municipales et cantonales, européennes et régionales, dépendent plus d’enjeux locaux ou programmatiques.

Comme le montrent les résultats en France, un parti peut être majoritaire sur des élections régionales et locales (PS) alors même qu’un autre est majoritaire aux présidentielles et aux législatives (UMP), même à peu de temps d’intervalle. Le score des européennes a aussi montré sur fond de forte abstention un autre équilibre des forces politiques ainsi qu’une très forte volatilité la dernière semaine précédent le scrutin. En effet, en une semaine environ, comparé aux sondages précédents relativement stabilisés, à 27% pour l’UMP, 22% pour le PS,  13 ou14% pour le MoDem, 10% pour Europe Ecologie (Les Verts), le PS perdait finalement plus de 5 points, le MoDem également, le NPA presque 2 points au profit du Front de Gauche tandis que l’UMP gagnait 1 point et que Europe Ecologie (Les Verts) gagnaient 6 points. François Bayrou a été fortement attaqué, rendu coupable de la baisse du score attendu des listes du MoDem suite à l’escalade d’invectives dans laquelle il s’est laissé entraîner lors du débat l’ayant opposé à Daniel Cohn-Bendit, mais on peut se demander si l’effet de la diffusion du film « Home » juste avant le jour du vote, vu par 9 millions de téléspectateurs, déclenchant un réflexe écologique, n’est pas plutôt la cause majeure du renversement. En effet, la baisse constatée sur le PS est de la même ampleur que celle du MoDem, environ 5,5 points chacun (11 points en tout), alors que Europe Ecologie a récupéré 6 points au total.

Il y a ce que disent les leaders pour leur propagande électorale et il y a ce qu’ils font réellement, appliquant leur politique

 

Nicolas Sarkozy a été élu majoritairement par les Français surtout pour sa personnalité, trépidante et active, jugée dynamisante, quelle que soit l’idéologie qu’il défendait ou plutôt qui était sous-jacente à son programme de réformes, sur base de slogans simples (« travailler plus pour gagner plus », « chercher la croissance avec les dents ») et quelques thèmes phares (le pouvoir d’achat et la croissance), thèmes qui rassemblent les français à la fois de gauche et de droite. Il n’a pas été élu ni pour démanteler le contrat social et précariser encore plus les classes moyennes et pauvres, ni pour piétiner les valeurs républicaines d’égalité des chances, ni pour « monarchiser » le pouvoir du président de la République et supprimer les contrepouvoirs, ni pour mettre la main directe sur l’audiovisuel public, ni faire des cadeaux fiscaux aux riches (bouclier fiscal), ni pour rallier le commandement armé de l’OTAN (de surcroît sans conditions ...) donnant une caution atlantiste  la politique étrangère et de défense et remettant en question tout espoir de mise en place d’une politique de défense européenne indépendante), ...

Et pourtant, il a mis en place de nombreuses réformes non annoncées dans sa campagne.

De même qu’il n’a pas augmenté le pouvoir d’achat ni la croissance, même juste avant  la crise financière, qui au moins peut servir maintenant d’alibi à cet échec.

Il a aussi récemment fait de nouvelles annonces/réflexions qui reprennent des propositions que François Bayrou avait faites lors de sa campagne présidentielle : la taxe carbone, la retraite à points, la distinction entre un bon et un mauvais déficit (déficit dû à des investissements d’avenir et déficit de fonctionnement couvrant des dépenses courantes),...

Malgré toutes ces contradictions, l’UMP (dont le Nouveau Centre, La Gauche Moderne, et autres affidés), ministres et députés, suivent leur leader (aveuglément ?) et votent les réformes décidées par avance par leur charismatique président et encore officiant comme un chef de parti.

 

Concernant François Bayrou, si on compare ses actes à son projet présidentiel, les élus députés qui l’ont lâché au second tour des présidentielles pour soutenir Nicolas Sarkozy ont prétexté qu’il avait dérivé de sa ligne en disant qu’il « ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy », voyant en cela à un virage à gauche, même s’il n’a pas soutenu Ségolène Royal, étant en désaccord avec son programme malgré la convergence des valeurs. Les militants n’ont pas suivi ces élus et ont considéré qu’au contraire, François Bayrou était bien fidèle à la ligne défendue, notamment sur l’incompatibilité des valeurs défendues avec celles de Nicolas Sarkozy. Deux ans après, suite aux élections européennes dont le résultat a déçu fortement les têtes de listes et les militants du MoDem, certains parmi eux ont fait ressortir des défauts de gouvernance du parti, notamment le caractère trop autocratique de François Bayrou, la nécessité d’un management plus collégial. Ils considèrent que François Bayrou se doit d’afficher un comportement exemplaire respectant les valeurs que lui-même a toujours prônées, de représentation démocratique des citoyens comme de la manière de faire de la politique, sur les sujets de fond et non sur des querelles de personnes, une attitude d’opposition systématique (à Nicolas Sarkozy) ou se laissant aller à des invectives personnelles. Bref, ils sont les premiers à le rappeler à l’ordre, comme quoi contrairement à ce que disent de mauvaises langues, le MoDem n’est pas un club de fans et de « béni-oui-oui » ! Simplement, je pense qu’ils n’auraient pas dû le faire en public, sous forme de lettre ouverte sur internet avec en plus une pétition publique, ce qui ajoute de la critique à la critique. Les problèmes internes doivent être réglés en interne, en famille.

 

Conclusion

 

Sur le fond, la forte convergence de valeurs entre le MoDem, le PS et Les Verts, pour un modèle de société alternatif humaniste et durable, est favorable aux alliances entre ces partis. Ce modèle à construire est en opposition avec le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation que défendent Nicolas Sarkozy (donc l’UMP dans son sillage) et José Barroso au niveau de l’Europe. Il y a clairement une idéologie convergente à défendre et c’est cela qui est important, au-delà de la concurrence entre personnalités présidentiables. Surtout suite à la grave crise que nous vivons, qui prouve l’échec de la politique précédente. Mais Nicolas Sarkozy, devant l’échec du capitalisme mondialisé, devant la perversion à laquelle a mené la financiarisation de l’économie, commence à adopter un langage plus social, plus régulateur, plus étatiste, pour rassurer, même si les actes ne vont pas vraiment dans le même sens (il ne revient pas sur le bouclier fiscal, il ne fait rien sur les stock-options et les salaires exorbitants des dirigeants, les mesures contre les paradis fiscaux sont purement cosmétiques,...).

Le débat politique devrait se recentrer sur l’affrontement entre deux modèles de société, d’une part le modèle actuel capitaliste centré sur la maximisation des profits individuels, même s’il est soi-disant « refondé » et mieux régulé, d’autre part sur un modèle alternatif qu’on peut qualifier d’humaniste.

Une entente de convergence sur le modèle de société alternatif peut être matérialisée dans des alliances tout d’abord sur le front européen contre la nomination de Barroso, puis aux régionales, dans des positions communes au Parlement en France comme au niveau européen, puis dans une entente de second tour à la présidentielle.

Il s’agira de maximiser les chances au second tour, quel que soit le candidat arrivant au 1er tour, et d’envisager un gouvernement composé de personnes venues à la fois du MoDem, du PS, des Verts.