04.03.2007

Etat des lieux de l'économie française

Ayant assisté le 15 février 2007 à un exposé de Jean-Paul Betbèze, économiste renommé, sur l’état de l’économie française notamment par rapport aux autres pays et ses perspectives, à la sortie des chiffres de l’INSEE, je vous résume ce que j'ai retenu de cet état des lieux (chiffres sources INSEE de 2000 à 2006) : 

-         en 2006 la croissance du PIB de la France a été de 1,9% par an (inférieure à la moyenne européenne qui doit être de 2,5% et 5% pour le monde), s’expliquant par +2,5% de croissance de demande interne et –0,5% de déficit extérieur.

-         L’Allemagne a un tout autre profil avec une croissance de +1,4 par an en moyenne avec +0,5% sur la demande interne et +0,9% d’exportations nettes. Elle vient en 2006 de dépasser le taux de croissance de la France et se situe dans une meilleure position grâce à sa capacité nette d’exportation, qui crée de la richesse venant de l’extérieur et a maintenant la capacité d’augmenter sa demande interne.

-         La part de marché de la France à l’export sur les pays OCDE+Chine est de 7% comparé à 14% pour l’Allemagne. Sa compétitivité se dégrade et la qualité devient moyenne. Ce sont clairement les conséquences d’un manque de recherche et d’innovation.

-         En terme d’investissement en recherche, la France est dans la moyenne mais ce qui est insuffisant avec 2,2% du PIB mais largement devancée par la Finlande et la Suède (4%) et le Japon (3,5%) et surtout a une part insuffisante de la recherche privée (50% alors que les pays qui la devancent sont à 80% environ) (chiffres 2003) ?

-         La croissance française de ces dernières années est caractérisée par une forte consommation et demande en logement (et crédit pour ces investissements), un faible apport de l’investissement des entreprises, un taux de marge faible chez les entreprises, une stagnation de la production industrielle, et un déficit commercial record (30 mds ).

-         Les environ 2% de croissance peuvent être résumés en 1% dûs à l’emploi et la démographie et 1% dûs à la productivité du travail.

-         Si on ne fait rien immédiatement concernant le déficit budgétaire et l’endiguement de la dette, cette croissance passera rapidement à 1,4%. Or à ce taux on risque l’explosion sociale : les jeunes ne comprendront pas qu’on leur fait payer les retraites de la génération précédente et en même temps des impôts devenus insupportables du fait de cette génération qui a vécut au dessus de ses moyens !

-         Le SMIC français est relativement élevé par rapport à la moyenne européenne et pays équivalent en niveau de vie. Il est à 50% du salaire ouvrier moyen. 16% des français salariés sont au SMIC. Si on augmente le SMIC, la conséquence sera surtout que de plus en plus de gens seront au SMIC, ceux qui sont juste au dessus du SMIC (10 à 20% au dessus) vont être « smicardisés », ce qui peut avoir des conséquences sur leur motivation et leur attitude.

-         Le SMIC a déjà bénéficié de multiples augmentations qui ont renchéri le oût du travail pour les entreprises, aussi l’Etat français a-t-il compensé ceci par un allègement des charges sociales (prime pour l’emploi, représentant 5 à 6% du salaire).

-         Concernant l’écart entre les riches et les pauvres salariés, les 10% des revenus les plus bas ont augmenté de 20% entre 1996 et 2004 (les 10% suivant de +15%) alors que le dernier décile de +10% et les deux précédent (couches dites « intermédiaires ») de +10%. Ces derniers sont donc désavantagés.

-         Le revenu net des ménages (net d’impôts directs) progresse peu : +0,5 à +1% mais l’effet du délitement des familles (séparations) tire ce taux à la baisse (car plus de ménages).

-         La perception du pouvoir d’achat est faussée : il augmente de +2,3% (mais que de 1,3% ramené par ménage et +1,4% par unité de consommation). Le passage à l’euro a induit l’idée que les prix ont augmenté, mais il y a un gros écart entre l’inflation perçue et l’inflation réellement mesurée. On se pose bien entendu le problème de la validité de l’indice. Ce dernier doit respecter une stabilité des éléments entrant dans sa composition, à qualité constante du contenu, pour permettre la comparaison. L’Insee a reconstitué plusieurs indices selon les profils de consommateurs (ouvrier, agriculteur, cadre, fumeur ou non, propriétaire ou locataire, utilisant ou non un véhicule personnel pour ses déplacements, se chauffant au fuel ou autrement…). Bien sûr il y a des différences et sont avantagés les cadres propriétaires, non fumeurs, utilisant les transports en communs !

-         Concernant le partage de la valeur ajoutée entre le travail et le profit, on peut dire que la part des salaires est stabilisée alors qu’en Allemagne elle baisse à l’avantage des profits des entreprises.

-         Le nombre d’heures travaillées  par salarié est un des plus faible en Europe (effet 35 heures notamment).

-         On peut envisager de mieux payer les salariés s’ils sont plus productifs et s’ils travaillent plus. Sinon on s’expose à un risque de compétitivité.

-         Les prélèvements obligatoires sont les plus forts en Europe (44% du revenu brut, 16% rien que pour les cotisations patronales), ce qui nuit à notre compétitivité. L’idée de baisser le taux de cotisation en le compensant par un TVA sociale a déjà été expérimenté par l’Allemagne. Elle a eu pour effet de rendre les produits et services allemands plus compétitifs (baisse du coût du travail sans modification de prix vu de l’étranger et en revanche taxe s’appliquant aux produits importés, les faisant participer à la contribution sociale), un peu comme une « dévaluation déguisée » et cela a boosté le commerce extérieur.

-         Enfin, la dette se monte à 1200 mds, elle a un coût prohibitif (2,4% du PIB), représentant presque le montant de l’impôt sur les revenus (50 mds). Le déficit budgétaire énorme : l’Etat dépense 20% de plus qu’il ne gagne de recettes, en fonctionnement. Il faut IMPERATIVEMENT stopper cette hémorragie tout de suite.

-         Pour finir parlons des entreprises et de leur capacité à investir : rappelons tout d’abord que les entreprises du CAC 40 sont détenues à 45% par des capitaux extérieurs (non français). Ceci risque aussi de gagner les PME-PMI. Beaucoup sont à vendre, les taxes sur les successions décourageant la reprise d’entreprises familiales. Par ailleurs des fonds de « private equity » s’intéressent maintenant au marché des « mid-caps » (PME), mais surtout en visant des profits spéculatifs à court terme, achetant des entreprises à bon marché qui ont un potentiel de rentabilisation du fait de réorganisation (et délocalisations !). Ceci est dangereux pour le tissu économique et social. Les Français épargnent mais surtout en obligations (qui sont représentatives d’une dette d’entreprise ou d’Etat). Ils ont un peu peur des actions. Il faudrait utiliser l’épargne des Français pour l’investir dans l’économie française. De même les compagnie d’assurance pourraient aussi plus orienter leurs placement dans l’économie française, les actions françaises. Paradoxalement, les français sont en train de « vendre leurs actifs (entreprises) pour acheter leur passif (obligations) ! Contrairement aux américains et aux allemands.

 

Conclusion :

-         La hausse du pouvoir d’achat passe par travailler plus ou plus efficacement, pas par l’augmentation du SMIC,

-         Il faut investir plus dans la recherche mais surtout déplacer l’investissement en recherche publique vers la recherche privée (incitations fiscales ?),

-         Il est impératif d’endiguer la dette immédiatement et ramener le déficit budgétaire de l’Etat à zéro, interdire un déficit de fonctionnement,

-         La TVA sociale est une bonne idée pour que les charges ne reposent pas uniquement sur le coût du travail et ceci bénéficierait à la compétitivité de nos entreprises,

-         Il faut encourager les placements des Français dans les PME.