03.05.2009

François Bayrou dénonce les "abus de pouvoir"

Ce livre, c’est de la dynamite. C’est aussi un éclair, un éclair de lucidité et un acte de résistance.Bien au delà d’un pamphlet antisarkozyste à visée électorale comme certains se plaisent à le dire, c’est un livre de fond. Il n’est pas que dans la dénonciation mais également dans la proposition.

Comme le dit son titre évocateur, François Bayrou dénonce les multiples "abus de pouvoir" mettant bas les piliers de la démocratie, mais pas seulement celà. Il s’attaque aussi au démantèlement progressif, volontaire, recherché, des fondements de notre république, de l’égalité des chances, des services publics, du contrat social. La rupture annoncée de Nicolas Sarkozy, c’est bien celle-là. François Bayrou s’attaque comme jamais auparavant aux puissances financières qui dominent la planète dans la mondialisation, incarnées par une oligarchie qui s’apparente à la nouvelle aristocratie d’aujourd’hui. Ce livre ouvre également nos yeux sur le point charnière d’évolution de civilisation impliquant les peuples dans le choix qu’ils devront faire entre la passivité, le consentement d’un modèle injuste et destructeur, et la résistance à ce modèle, pour repartir sur d’autres bases humanistes, justes, démocrates, durables. Tout ceci est très profond et loin d’une simple "posture électorale" et les lecteurs en conviendront, citoyens, journalistes, intellectuels, quel que soit leur engagement politique. La plume est enlevée, acerbe, affûtée, trempée dans l’encre de la démocratie. Son auteur a du panache et de la stature. A lire Absolument !

22.03.2009

MEDIAPART, une bouffée d’oxygène pour la démocratie

mediapart_logo.jpgIl y a un an, le 16 mars 2008, naissait MEDIAPART, nouveau journal indépendant, fondé par Edwy Plenel, François Bonnet et Laurent Mauduit, anciens journalistes au Monde. Rejoignant le club des journaux citoyens du Web, où l’on retrouve AgoraVox, la Télélibre, Rue89, Backchich, … MEDIAPART a conquis de nombreux lecteurs par la qualité de ses analyses, par ses informations inédites, scoops relayés ensuite par les médias traditionnels, par la redécouverte d’un journalisme d’investigation et d’engagement politique de défense des valeurs de la démocratie, par sa vigilance démocratique, ainsi que par sa relation étroite et participative avec ses lecteurs. Il nous a donné une véritable bouffée d’oxygène dans ce monde médiatique pollué par la dépendance financière à l’égard des actionnaires ou des annonceurs en connivence avec le gouvernement.

 

 MEDIAPART a fait le pari Internet, ne subissant ainsi pas les coûts d’édition et de distribution de la « vieille presse » papier, tout en bénéficiant des nouveaux outils multimédias disponibles sur Internet ainsi que de la participation interactive des lecteurs internautes sur leurs blogs, au sein d’éditions participatives sur des thèmes et par leurs commentaires à la fois critiques, enrichissants et constructifs, attestant aussi l’adhésion ou au contraire l’aversion des lecteurs aux faits relatés et aux analyses produites.

 

MEDIAPART a aussi fait le choix délibéré de l’actionnariat indépendant des groupes financiers, les journalistes fondateurs étant majoritaires et le reste de l’actionnariat étant composé d’actionnaires privés indépendants, de lecteurs soutenant le projet. Il a aussi opté pour  l’abonnement payant, même si le prix est très raisonnable (9 euros par mois, avec possibilité d’annuler l’abonnement librement sans frais). Ceci pour ne pas subir le joug des annonceurs.

 

Ce nouveau modèle est intéressant et peut se révéler précurseur face à une presse traditionnelle subissant une grave crise économique et démocratique, incapable de rentabiliser ses coûts face à des recettes en chute libre et à la baisse de son lectorat, suicidaire en fournissant gratuitement sur Internet ses contenus payants sous forme papier, assujettie aux pressions de ses actionnaires et de ses annonceurs.

 

Ce nouveau modèle paraît aussi novateur en tant que nouvel outil politique de vigilance démocratique citoyenne sur des thèmes transcendant les partis politiques, comme la défense des valeurs de la démocratie. Quelle que soit la couleur politique éventuelle des lecteurs ou leur neutralité politique, ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs et sont animés de la volonté de les défendre se retrouvent au sein de ce journal. Il est vrai que MEDIAPART a la réputation d’être « de gauche » (de l’extrême gauche au centre d’opposition sans exclure des membres de la droite attachée aux valeurs républicaine), la réputation surtout d’être « anti-sarkozyste », du fait des critiques ouvertement faites par Edwy Plenel et d’autres de ses journalistes envers la façon dont Nicolas Sarkozy conduit la présidence du pays, que ce soit dans la manière dont il exerce le pouvoir comme dans ses prises de position qu’il impose maintenant au pays, sans contrepouvoir ou face à des contrepouvoirs annihilés, émasculés, impuissants. Mais ce n’est pas la personne de Nicolas Sarkozy qui est visée, ni même le parti qui l’a porté au pouvoir qu’est l’UMP, c’est bien les faits, les décisions prises lorsqu’elles contreviennent au respect de la démocratie et de la République, à l’intérêt général des citoyens, ou dans le comportement irrespectueux à l’égard de ces derniers ou de la loi que l’Etat est sensé garantir, qui motivent ces critiques.

 

Rappelons ainsi que la démocratie, idéal de gouvernance de la société par le peuple, exige pour fonctionner correctement :

1- un cadre institutionnel garantissant la représentation fidèle des citoyens, des courants d’opinion, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires et aussi financiers et médiatiques, la liberté individuelle et le droit de vote,

2- un droit à l’éducation pour tous les citoyens afin de leur permettre d’exercer leur conscience et leur responsabilité, de savoir analyser l’information, de tirer des conséquences de l’histoire, de discerner le vrai du faux, les propositions crédibles des discours démagogiques,

3- un accès libre à l’information et la liberté de la presse, la garantie d’un pluralisme des courants d’opinion et de l’indépendance de la presse et des médias.

 

Aujourd’hui ces trois piliers sont mis à mal. La séparation des pouvoirs n’est pas respectée. La justice est mise au pas par le gouvernement, son indépendance est niée, le parquet est sous l’autorité de la Chancellerie, du Garde des Sceaux qui lui-même est membre du gouvernement. La connivence entre le pouvoir exécutif et les puissances financières, qui elles-mêmes détiennent en majorité le pouvoir médiatique, la soumission de l’audiovisuel public (40% d’audience) à l’autorité du chef de l’Etat, sont une entrave au fonctionnement démocratique. La soumission de fait de l’Assemblée Nationale au bon vouloir présidentiel par le fait majoritaire qui donne beaucoup plus de pouvoir, dans des proportions considérables, au parti du gouvernement comparé au score des votes au législatives, donc ne représentant pas les citoyens de façon équitable, fait partie de ces anomalies.

L’éducation remplit de moins en moins sa mission, toujours plus privée de moyens, bénéficiant de fait plus aux populations favorisées. Le décervelage organisé des citoyens au travers des émissions télévisées débilisantes, les jeux d’argent et le star system, utilisant les minutes ou les heures de cerveau disponible à anesthésier les citoyens plutôt qu’à éveiller leur conscience et leur responsabilité, la peopolisation de la vie politique, participent  à cette démobilisation, à cette déculturation, à la perte de confiance dans les politiques, le désintérêt croissant qu’ont les citoyens envers la chose publique et la presse écrite.

 

MEDIAPART, en défendant ces valeurs et en redonnant goût aux citoyens pour la presse, la lecture, la politique, est un véritable outil politique et démocratique, fait œuvre de salubrité publique, mais il est plus que ça. Il nous redonne de l’espoir, de l’oxygène, de l’enthousiasme.

 

Hier, en accueillant ses lecteurs dans ses locaux du XIIème arrondissement rue Brûlon, pour une série de débats thématiques passionnants, MEDIAPART nous a montré qu’il n’était pas virtuel, mais bien humain, ancré dans la réalité, concret et tourné vers l’avenir.

 

30.03.2008

Réforme des institutions : quand l’intérêt personnel des élus parlementaires est en contradiction avec l’intérêt général de la démocratie.

1683180085.jpgParmi les points envisagés de réforme constitutionnelle des institutions figurent des sujets qui, s’ils sont nécessaires à l’amélioration de la démocratie et à l’adaptation de l’organisation politique à l’évolution démographique en France, et même recommandés par le Conseil Constitutionnel, risquent d’être contraires à des intérêts de la majorité parlementaires et aux intérêts personnels des parlementaires, qui pourtant doivent voter à la majorité des 3/5èmes, ces réformes.

 

Citons notamment :

 

1-     la modification du découpage électoral des circonscriptions, sujet complexe auquel va s’atteler Alain Marleix, spécialiste des questions électorales à l’UMP, récemment nommé Secrétaire d’Etat à l’intérieur et aux collectivités territoriales,

2-     l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives,

3-     la limitation du cumul des mandats

 

Attachons-nous particulièrement au premier point qui concerne le découpage électoral des circonscriptions. Il est notoirement reconnu que le découpage électoral actuel, qui date de 1986 (22 ans !) est devenu obsolète compte tenu de l’évolution démographique, de la migration progressive de population des zones rurales vers les zones urbaines. C’est d’ailleurs non seulement le fait du découpage des circonscriptions sur lesquelles sont fondées les élections législatives au suffrage universel direct des députés à l’Assemblée Nationale, mais aussi le fait du mode de scrutin des élections sénatoriales, basées sur un suffrage indirect par des grands électeurs composés à 95% l’élus au sein des conseils municipaux.

 

Pour les premiers, les députés, il a résulté de l’évolution démographique depuis 1986 que certaines circonscriptions, notamment dans les concentrations urbaines, comptent plus de trois fois plus d’électeurs que d’autres circonscriptions, notamment en zone rurale comme la Lozère. Ce qui pose le problème de la représentativité géographique des députés eu égard à l’importance des populations.

Pour les seconds, les sénateurs, les communes en secteur urbain ont également perdu de la représentativité en terme de population comparée aux campagnes. Le scrutin actuel fait la part belle aux grands électeurs des petites et moyennes communes.

 

Cette inégalité dans la représentation de la population aux élections a été démontrée par l’économiste Michel Balinski dans ses articles et études sur le sujet. Ce dernier distingue deux problèmes : celui de la répartition du total des sièges entre les différents départements et celui du découpage des circonscriptions au sein des départements. Le principe constitutionnel d’égalité devant le suffrage voudrait normalement que le nombre de sièges attribués corresponde au poids démographique des circonscriptions, ce qui est loin d’être le cas. A cette inégalité se superpose celle de la non représentativité proportionnelle des courants politiques, du fait du scrutin majoritaire et non proportionnel, ne permettant qu’aux partis majoritaires d’être représentés. Mais la plupart des citoyens, que les questions constitutionnelles rebutent, ne sont pas vraiment conscients de cette grave lacune de notre démocratie, la presse et les médias parlent peu de ce sujet qui n’est pas vendeur auprès des lecteurs ou auditeurs …

 

Malgré les recommandations répétées des sages siégeant au Conseil Constitutionnel, qui veillent au respect de nos institutions, sur la nécessité de faire évoluer ce découpage électoral, les gouvernements successifs n’ont pas eu le courage de s’y atteler. Il semble pourtant que Nicolas Sarkozy prenne enfin le problème en main et annonce sa prise en compte prochaine dans les réformes institutionnelles.

 

Or, les résultats électoraux des dernières élections en 2007 et 2008, présidentielle, législative et municipale, ont démontré que l’on votait plus à gauche dans les zones urbaines et plus à droite dans les zones rurales. Par conséquent, le découpage actuel avantage la droite et une évolution logique du redécoupage aligné sur l’évolution démographique de l’électorat, pourrait bien donner un avantage à gauche aux prochaines élections … La majorité parlementaire d’aujourd’hui devra être courageuse pour se faire hara-kiri !

 

De plus, la suppression de postes de députés dans les campagnes, engendrée par un regroupement de circonscriptions en zone rurales et au contraire la création de postes dans les zones dont la population s’est accrue (à moins qu’on n’en profite pour réduire le nombre total des députés, comme pour le replacement des fonctionnaires partant à la retraite, afin de faire des économies !), va forcément être mal vue par les députés des campagnes, voyant la concurrence au renouvellement du mandat encore accrue, alors que les députés des grandes villes y seront favorables. La majorité UMP étant plus représentée aujourd’hui par les premiers à l’inverse des députés d’opposition, elle devrait avoir tendance à voter contre ce découpage.

 

Aussi convient-il de s’interroger sur cette impasse paradoxale dans une démocratie qui se respecte :

Comment espérer faire voter une loi que la majorité des députés ou sénateurs ne souhaitent pas, ou à tout le moins contraire à leurs intérêts personnels ?

 

De même si la mise en place de la loi implique une évolution prochaine des forces politiques en faveur de l’opposition, la majorité des parlementaires, située du côté de la majorité, va naturellement s’y opposer …

 

Concernant l’introduction d’un dose de proportionnelle dans le scrutin législatif, on peut aussi facilement prédire que la majorité acceptera une dose minimum pour faire bonne figure, de l’ordre de 10% ou au mieux 20%, ce qui est ridicule, alors que nos voisins de l’union européenne sont tous en scrutin proportionnel soit total soit au moins à 50% (l’Allemagne par exemple  a mis en place une correction su scrutin majoritaire de manière à y ajouter un nombre de députés des partis minoritaires ayant réalisés plus de 5% des voix de manière à représenter ces partis sur la base de 50% de leurs voix).

 

 

Le gouvernement aura fait preuve de bonne volonté démocratique en proposant la loi, qui sera refusée en toute légalité par le parlement ou modifiée en ne retenant que des éléments symboliques de la proposition initiale, histoire de dire qu’on a essayé de faire quelque chose…

19.09.2007

Droite, Gauche, Centre…Face à des philosophies différentes de l’approche de l’homme, la position du Mouvement Démocrate.

Nous tentons de différencier les partis en comparant leur contenu politique. Or, qu’est-ce qu’un contenu « politique » ?

Ce devrait être une déclinaison en projet, en programme d’actions, de valeurs que l’on cherche à promouvoir selon certaines priorités, en privilégiant des moyens qui semblent les mieux appropriés à répondre à leur mise en œuvre.

Il faut donc logiquement bien définir au préalable ces valeurs et priorités et bien argumenter quant à l’efficacité des moyens préconisés, usant de pragmatisme (par comparaison avec nos pays voisins notamment) et expérimentation (dans le passé ou sur un sous-ensemble limité avant de les généraliser).

C’est d’ailleurs une démarche usuelle en Allemagne où les partis ont tous une « Charte des valeurs ». J’ai donc cherché les « chartes de valeurs » des principaux partis politique en France. Je n’en ai trouvé qu’à l’UDF, relayée par le MoDem en cours de fondation, qui est en train d’en valider une ainsi qu’une charte éthique sur le comportement politique, ce qui me semble être une excellente initiative.

J’ai donc essayé de traduire, de décoder, les valeurs qui servent tacitement de référence à « la droite », disons Nicolas Sarkozy et l’UMP d’une part, et à « la gauche », disons le PS même s’il est divisé, d’autre part, et enfin de situer le MoDem dans ce référentiel. Puis j’ai tenté de comparer les moyens préconisés par les différents partis pour mener à bien leur politique. Ma conclusion paraîtra à certains caricaturale, mais m’a paru éclairante.

Il m’est apparu que si l’on doit résumer au plus simple « la mystique », ce qui motive profondément les intentions de « la droite », découle d’une conviction intime, d’un postulat, que l’homme est intrinsèquement mauvais et qu’il ne pourra pas s’améliorer. Il est ainsi et il faut optimiser le monde autour de ce constat. D’où les priorités d’ordre sécuritaire, à la répression plutôt qu’à la prévention, certaines croyances quant aux prédispositions génétiques, l’acceptation de la loi du plus fort, une reconnaissance des riches et des puissants, des « stars people », quels qu’aient été leur mérite, leur chance ou leur héritage justifiant leur succès matériel et médiatique, leur opulence matérielle servant de modèle ultime plutôt que les qualités morales et spirituelles. En terme de moyens, « la droite » croit plus en l’autorité, la centralisation des pouvoirs imposant des décisions (marquée par un étatisme important et de puissants lobbies sous couvert d’un apparent mais trompeur libre-échangisme), la motivation matérielle (l’outil fiscal notamment) et quantitative (culture du chiffre que ce soit pour la police, l’école, le chômage…).

De l’autre côté, la conviction intime de « la gauche » me paraît découler de l’hypothèse rousseauiste que l’homme est intrinsèquement bon. D’où la dérive libertaire et le déni des problèmes de sécurité (responsable de l’échec du PS en 2002), l’idée que tous les problèmes viennent du manque de moyens donnés à l’homme et à la prévention du mal, que ce soit sur les problèmes d’éducation (il suffit de plus d’enseignants et de surveillants…), de chômage (il suffit d’offrir une formation et une assurance sécurité emploi, de redistribuer le temps de travail quitte à sacrifier généreusement les heures supplémentaires de ceux bénéficiant d’un travail, …), au point d’en oublier les réels levier de la croissance, l’entreprise, et entretenant une illusion et, par là, des déceptions.

En terme de moyens, « la gauche » prône un interventionnisme important de l’Etat protecteur et re-distributeur. Tandis que « la droite » prône également la toute puissance de l’Etat, mais plutôt au profit de la centralisation du pouvoir et de l’application de son autorité… « La gauche » n’a pas la culture du chiffre de « la droite ». Elle est plutôt dans le registre qualitatif, plus subjectif, moins mesurable, plus flou.

La gauche comme la droite, ont infantilisé le citoyen, cet enfant intrinsèquement bon ou mauvais, lui laissant croire que l’Etat tout puissant va régler tous ses problèmes, qu’il suffit de voter, de déléguer le pouvoir et d’obéir, faire confiance… Les psychologues diront que la droite représente le père et la gauche la mère.

La gauche comme la droite, prônent la démocratie alors même que leurs gouvernements ont galvaudé ce terme et n’ont pas respecté la démocratie. La suppression de la proportionnelle à l’Assemblée puis le maintien confortable de cet état de fait, empêchant la représentativité des différents courants d’opinion au motif d’éviter celle du Front National ou d’assurer une franche majorité est une piètre excuse. L’autorisation de cumul de mandats doublée d’absentéisme à l’Assemblée est indigne. La compromission entre le pouvoir politique, financier et médiatique rend forcément illusoire la démocratie, l’information libre du citoyen. Démocratie signifie « pouvoir du peuple », s’appuyant sur sa conscience et sa responsabilité, le contraire de l’infantilisation.

Face à ces approches, le MoDem en a une autre. Il refuse la qualification de « centre », qui fait référence à quelque chose qui se situerait dans l’espace entre la gauche et la droite (donc ici entre la croyance en un homme un peu bon et un peu mauvais, entre le père et la mère …). Le Mouvement Démocrate (MoDem) est inspiré d’humanisme et de démocratie au sens originel des mots. Il a la conviction que l’homme n’est ni intrinsèquement bon ni intrinsèquement mauvais mais qu’il porte en lui biologiquement à la fois des pulsions agressives de survie (le bas cortex, la première couche dite « reptilienne » du cerveau), une affectivité (seconde couche du cerveau commune aux mammifères), et enfin une couche supérieure qui caractérise l’homme, le cerveau supérieur, qui contrôle les pulsions et l’affectivité, qui est capable de se fixer une ligne de conduite, de réfléchir sur ce qui est bon et mauvais à titre individuel et aussi à titre collectif dans le sens de l’intérêt général même si parfois il contraint un intérêt particulier.

L’humanisme vise l’amélioration de l’être humain et le progrès de l’humanité. Il croit que l’homme est en devenir vers un « meilleur », de même pour l’ensemble de la société humaine. Et que pour se faire, il doit exercer sa conscience et sa responsabilité (vis à vis de lui-même, des autres, des générations futures…), pas simplement se laisser guider et se faire dicter une conduite.

En ce sens il est logique que le MoDem commence avant toute chose à définir une  charte des valeurs et une charte éthique, une manière de conduire la politique.  Le nom de « Mouvement démocrate » n’est pas choisi au hasard. Le « mouvement » traduit cet homme et cette société en devenir. Démocrate reprend le sens originel de son nom, tant galvaudé par les autres partis. Est-ce un hasard aussi si en verlan Modem donne « Demo », qui signifie « le peuple » ?

Et nous ne sommes pas dans un monde fermé, il faut maintenant travailler avec nos homologues européens démocrates, ce que fait le MoDem bien plus que les autres partis.

Concernant les moyens d’actions de la politique, le MoDem a une approche pragmatique afin de bien comparer l’efficacité des moyens d’actions entre les pays qui ont appliqué différentes méthodes et dans quel contexte (notamment TVA sociale, leviers de croissance…) avant de s’en inspirer, de même par exemple que pour les choix structurants de méthodes pédagogiques François Bayrou avait proposé des expérimentations à petite échelle des différentes méthodes avant de généraliser la plus efficace et agir plus sur la qualité de l’enseignement et l’avis des enseignants que sur la quantité des effectifs et les objectifs quantitatifs de 80% de réussite au Bac.

Il faut du PRAGMATISME et surtout de l’EFFICACITE. Il était reconnu que les  deux emplois sans charges par entreprise relanceraient efficacement la croissance par l’offre (avec un coût inférieur à 6 milliards d’euros sans compter les rentrées fiscales liées au bénéfice de la croissance), alors que le bouclier fiscal décidé par Nicolas Sarkozy est un cadeau aux plus riches sans efficacité quant à la croissance (pour un coût de 15 milliards !) et que la croyance en une relance par la consommation est aujourd’hui plus illusoire que celle par l’offre (amélioration de la compétitivité des entreprises par allègement de charge et incitation à l’investissement), car les français consomment plus de 50% de produits importés …

Vous me trouverez sans doute « utopiste », je vous répondrai que je suis plutôt volontariste et que je garde espoir, qu’un monde humaniste prenne le dessus sur un monde matérialiste et dominé par l’argent et la violence. Le MoDem me semble être le seul parti aujourd’hui à prendre le problème par le bon côté et être porteur de cet espoir, de la fondation de ce nouveau modèle de société. Les tentatives actuelles d’expression d’une nouvelle « gauche moderne », qui accepte la mondialisation, le libre-échange, prône l’humanisme et ne considère plus que l’Etat doit tout prendre en charge reprennent ni plus ni moins ce qu’a déjà décrit François Bayrou. Comme Nicolas Sarkozy s’en inspire également de plus en plus, d’abord dans la formation d’un gouvernement d’ouverture, de sensibilités politiques plurielles, et récemment dans la proposition d’un « small business act » à la française pour la relance des PME. C’est un signe que Bayrou a raison, c’est lui qui montre le chemin. Moi je préfère l’original aux mauvaises copies.

L’enfant citoyen est sur le point de devenir un adolescent, l’éveil de sa conscience et de sa lucidité peut se faire grâce à un homme providentiel tel que François Bayrou. L’adolescent porte en lui l’émancipation et la révolte, mais également le désir de devenir adulte et responsable. Et je pense que c’est cette attitude qui permettra à l’homme de sauver son devenir existentiel et la survie même de son espèce et de la planète. Le « surhomme », qu’annonçait Nietzsche après la phase de nihilisme de nos sociétés dites modernes et évoluées, c’est celui qui saura passer cette crise d’adolescence et rendre dominant ce nouveau modèle de société qu’est l’humanisme.

05.03.2007

Le paradoxe de la démocratie et du pacte social

Le fonctionnement d’une société démocratique peut conduire paradoxalement le citoyen à une déresponsabilisation voire à un désintéressement politique et la sécurité sociale conduit paradoxalement le citoyen à un comportement individualiste et moins solidaire.

A croire que toute chose comporte le germe de sa propre destruction, comme dès notre naissance nos gènes ont programmé notre propre mort. En matière sociologique, c’est idem. Que constatons-nous ?

1-    Le paradoxe de la Démocratie  :

Dans nos sociétés démocratiques, qui donnent au citoyen le droit de vote pour permettre au peuple de choisir ses dirigeants et ceux qui vont le représenter au Parlement pour voter les lois et contrôler leur application, nous faisons le constat d’un taux d’abstention relativement important aux votes, d’un désintéressement voir parfois d’un dégoût de la politique, d’une indulgence à l’égard des politiciens qui ont commis des fautes au motif « qu’ils font tous cela »…
Une effervescence salutaire se produit au moment des élections présidentielles, où on rebat les cartes, l’état des lieux critique est réalisé et les candidats doivent présenter un projet, un « programme ». Une partie du peuple s’y intéresse à nouveau et se met à rêver de jours meilleurs. Mais en déléguant un homme (ou une femme) à la Présidence , puis en déléguant des députés au Parlement, le citoyen décharge sa responsabilité auprès de ces personnes puis n’agit plus pendant 5 ans. D’où la déception si ceux qu’il a élus ne tiennent pas leurs promesses, ne l’informent pas sur les grands sujets à décider voire ne le consultent pas (entrée de la Turquie dans l’Europe, privatisation des autoroutes, réformes des retraites…), ne prennent pas des décisions correspondant à ce qu’il aurait souhaité. Son seul pouvoir d’action reste alors la  manifestation, soit dans la rue, soit dans des médias appropriés (médias citoyens comme Agoravox ou courrier de lecteurs des journaux).

Pour rendre au citoyen un pouvoir interactif et responsabilisant dans la durée, qui légitimerait les décisions et les actions gouvernementales, il faudrait au moins :
- assainir nos institutions en redonnant au Parlement une représentativité des différentes sensibilités des partis et des régions, en redonnant au scrutin une bonne dose de proportionnelle,
-
obliger ou fortement inciter les députés à faire acte de présence en ne les rémunérant et ne leur accordant le droit de vote que sur condition de présence,
- obliger le gouvernement et le Parlement à informer les citoyens de façon claire et concise des sujets qui seront débattus ainsi qu’à réaliser des évaluations régulières de l’action gouvernementale, en faisant participer des représentants des citoyens, des professions, partenaires sociaux aux débats (information participative, avec utilisation d’Internet notamment).
- recourir plus souvent au referendum pour les décisions importantes qui nécessite pour leur légitimation un soutien du peuple, sans qu’il ait l’impression qu’on décide sans lui, sans sa responsabilité.

2-    Le paradoxe du pacte social :

Cela part d’une bonne intention que d’organiser une solidarité re-distributive par l’impôt, garantir la sécurité sociale, les retraites, l’éducation pour tous. Mais le fait de déléguer à l’Etat cette tâche, de surcroît en la rendant obligatoire, cela a induit un effet pervers auprès du citoyen : le sentiment qu’il a « payé » cette solidarité, comme on gagne son paradis en allant à confesse et en faisant charité, et en est par conséquent dédouané dans le reste de sa vie. On n’a plus à assumer la charge des personnes âgée autrement qu’au travers des dispositifs prévus (qui sont là pour ça !), de même que les personnes âgées aisées préfèrent partir en voyages, en cures, bref en profiter plutôt que s’occuper des petits enfants et faire l’assistance aux devoirs des enfants des parents qui travaillent. On veut bien donner une pièce au SDF qui mendie dans la rue mais on se dit « après tout c’est à l’Etat de prendre en charge ! »…Bien sûr il reste des bonnes âmes pour encore faire du bénévolat, faire partie d’associations d’entraide, heureusement, mais la fraternité et la solidarité sont devenues de moins en moins « naturelles ». Certains souhaiteraient même voir le bénévolat « rémunéré », au moins en crédit d’impôt !

Le monde est devenu plus individualiste, plus égoïste, à mesure que la solidarité nationale s’est organisée, centralisée, institutionnalisée. De même que plus les moyens de communication se sont développés, plus on a assisté à une peur de parler à l’inconnu, même à son propre voisin ! Comme on a créé la journée de la femme, celle des grands-mères, des secrétaires, on a aussi maintenant  décrété une journée du voisinage pour donner un prétexte aux gens pour se rencontrer !

Un des poisons qui a alimenté ou renforcé ce phénomène est la « marchandisation » des relations humaines, la prédominance de l’argent comme médiateur de l’échange non seulement des biens mais aussi des services y compris « relationnels », et même l’argent comme valeur suprême elle-même et par le pouvoir qu’il représente.
J’ai pu l’expérimenter à mes dépens avec mes propres enfants. Au lieu de leur donner de l’argent de poche, j’ai instauré un système de points sur les notes scolaires supérieures à 15 et sur l’augmentation de moyenne, ainsi que sur des corvées d’aides ménagères. Le résultat fut au rendez-vous, les notes s’améliorèrent, il y avait des volontaires pour les corvées. Mais le revers de cette motivation me fit prendre conscience de la dangerosité de la méthode : l’enfant voyait l’argent comme le but ultime à atteindre, et non le plaisir d’apprendre et de participer aux tâches ménagères pour soulager sa mère. Double erreur !
Et concernant l’isolement des personnes âgées, l’exclusion des SDF, cet écartèlement entre non seulement les riches et les pauvres, mais les générations, une redistribution matérielle et financière n’est pas suffisante. Cette dernière a coupé le lien relationnel qui se tissait lorsque les individus devaient prendre en charge directement la solidarité.
De même au niveau des nations sur le problème Nord-Sud, une partie de l’humanité vouée à l’abandon et au pillage de ses richesses en matière première, la guerre probable annoncée autour de la rareté du pétrole et de gaz et ne l’oublions pas…de l’eau, les nations riches qui subventionnent leurs exportations et inondent les pays pauvres de produits bons marchés tuant tout le tissu agricole de ces pays et accélérant l’immigration massive de leur population vers le Nord. Se pose non seulement un problème de distribution de richesses dans le monde mais aussi de moralité et de fraternité entre les peuples et entre les hommes.

Alors que faire ? Comment retisser le lien social, permettre aux personnes de communiquer à nouveau, sans intérêt marchand, sans obligation institutionnelle ? Il s’agit bien re refonder des valeurs humaines, sociales, re remettre l’homme plus au centre des intérêts plutôt que l’argent, que ce soit en famille, à l’école, à la télévision…

Et notamment en cette période de choix présidentiel, il faut un « projet de société » et un « projet citoyen», pas simplement un « programme » qui aligne des mesures et des réponses matérielles à des questions essentiellement basées sur des problèmes d’emploi, de pouvoir d’achat, de sécurité.