01.06.2009
Leçon de l'abstention : comment rendre l'Europe plus proche du citoyen ?
Pour les prochaines élections européennes qui se dérouleront le 7 juin prochain est annoncé un taux d'abstention record, qui pourrait atteindre entre 60 et 65%, pire qu'en 2004 qui présentait déjà un record avec le taux de 57,5% d'abstention pour la France. L'Europe de l'Est n'est pas en reste avec un pronostic encore pire que celui de la France. Depuis 30 ans, les électeurs ont marqué un désintérêt croissant à l'égard du Parlement européen. Pourquoi et comment les intéresser à nouveau à l'Europe ?

1- Comme le dit Philip White, analyste au Centre pour les réformes européennes à Londres : "Beaucoup d'électeurs ne comprennent pas ce que fait le Parlement européen. Si ses pouvoirs ont été renforcés, ils portent surtout sur des problèmes relativement techniques - santé, télécoms - et non sur les impôts, le budget ou l'éducation qui importent beaucoup plus aux gens". De plus, souligne-t-il, "aucun gouvernement n'est en jeu". Et après l'avoir un temps envisagé, aucun parti n'a fait du choix du prochain président de la Commission européenne un véritable enjeu électoral.
2- Les gens ont l'impression que leur vote ne servira à rien. Au fond, que la majorité soit emportée par les conservateurs de droite ralliés au PPE ou par les socialistes et sociaux-démocrates du PSE, ils ont tous soutenus l'Europe libérale, la candidature de Barroso, et envisagent de le reconduire, ce qui est très étonnant vu son soutien constant à l'Europe libérale, le dogme de la concurrence sur les prix avant tout et sans tenir compte de la concurrence déloyale sociale et fiscale, souvent contre l'intérêt général et les services publics, son inaction pendant la crise, sa défense des intérêts de certains Etats plutôt que de l'intérêt général, son soutien à la guerre d'Irak en organisant la réunion aux Açores le 16 mars 2003 lorsqu'il était premier ministre du Portugal, à laquelle ont participé George W. Bush, Tony Blair et Maria Aznar. Rien n'a arrêté les délocalisations, au sein de l'UE et à l'extérieur, avec les pertes d'emplois qui s'ensuivent, la progression des inégalités, la spéculation financière sur le pétrole, les matières premières et même les denrées alimentaires et la guerre des prix dans un environnement mondialisé de libre échange et de concurrence acharnée, de plus en plus dérégulé, aggravant les souffrances des pays pauvres et des populations défavorisées, instaurant le règne du profit au bénéfice des puissances financières alors que les revenus et le pouvoir d'achat des classes moyennes a stagné. C'est bien cela que les gens ressentent et leur désespérance, au lieu de se traduire par une mobilisation, se manifeste par un boycott du vote. C'est aussi une façon de dire aux politiques "nous ne croyons plus en vous".
C'est fort dommage, car cette réaction renforce l'abandon des décisions aux élites, souvent aux partis dominants, qui seront de toutes façons élues au Parlement. Elle délégitimise encore plus la représentation des citoyens au Parlement européen, alors même que cette institution bénéficie d'un scrutin particulièrement démocratique, entièrement à la proportionnelle, et d'un fonctionnement également très démocratique, avec délibérations, discussion entre les parlementaires des différents partis qui arrivent à s'entendre sur un consensus, mieux qu'au sein de notre Assemblée Nationale qui fait plus figure d'une chambre d'enregistrement des décisions gouvernementales.
Il faut rappeler aux citoyens français que plus de 60% des lois votées en France proviennent de l'Union européenne, sont des transpositions de directives européennes. Il faut également convenir que dans la mondialisation, les grands problèmes des défis climatique, énergétique, de l'accès à l'eau, de l'immigration et du développement des pays pauvres, du commerce international, des paradis fiscaux et de la régulation financière, des actions face à la crise financière et économique et bien d'autres encore, ne peuvent être résolus qu'à un niveau mondial, donc européen pour que l'Europe elle-même pèse dans le monde à l'OMC, au FMI, à la Banque Mondiale, etc.
Mais les gouvernements et les partis, ainsi que les médias et la presse, sont en grande partie responsables de ce désintérêt croissant des citoyens pour l'Europe. En effet, quelle information est relayée auprès des citoyens, entre les échéances électorales, sur l'activité du Parlement et de la Commission européenne, sur les décisions qui doivent s'y discuter ? Quel lien le citoyen entretient-il avec les députés européens élus de sa région pour pouvoir émettre un avis ? Quelle information est donnée et avec quelle transparence sur les lobbies qui participent à l'information et à l'influence qu'ils exercent sur la Commission et sur les parlementaires ?
Le citoyen averti, qui s'intéresse particulièrement au sujet, peut chercher l'information sur Internet, sur les sites de l'Union européenne, du Parlement européen et de la Commission européenne, sur le site de presse spécialisé Euractiv, sur le site de la Fondation Robert Schuman qui publie des études très intéressantes (pour ces deux derniers sites je recommande l'abonnement à la lettre d'info hebdomadaire par mail). Mais il faut du temps,... Certains partis diffusent à leurs adhérents au niveau régional ou national une lettre trimestrielle ou semestrielle de leurs parlementaires européens pour les informer des grands thèmes discutés et de la position de leur parti, des amendements défendus, mais cela reste assez rare.
Alors voici quelques idées pour rapprocher l'Europe des citoyens :
1- Commencer dès l'école, le collège et le lycée, à sensibiliser les jeunes à l'importance de l'Europe. Leur donner une conscience d'Europe et de citoyenneté européenne, en leur faisant d'abord comprendre les peuples européens au travers de leur histoire et de leur culture (comment comprendre l'atlantisme de certains pays européens de l'Est comme la Pologne, sans avoir compris leurs anciennes souffrances du temps de leur soumission à l'URSS ?), en rappelant l'idée initiale des pères fondateurs, Robert Schuman et Jean Monnet, de l'union des peuples d'Europe au lendemain de la guerre pour garantir la paix des peuples, mettant en commun le charbon et l'acier, matière première de la guerre, en expliquant les avancées réalisées depuis pour en arriver aujourd'hui à une intégration économique et monétaire, à la défense de droits de l'homme et au renoncement à la peine de mort, à la préservation de libertés individuelles, à une Cour de justice européenne ...
En fournissant une explication des institutions européennes non limitée à retenir par coeur les définitions juridiques de ces institutions et le lieu où elles siègent et à quoi elles servent, mais pourquoi en quoi elles doivent fonctionner dans le sens de l'intérêt général des peuples et de la solidarité, en représentant ces peuples dans les décisions.
2- Obliger la presse nationale à une publication régulière, une fois par mois ou par trimestre, à publier une ou deux pages informant les citoyens sur les thèmes qui seront discutés dans les trois prochains mois, leurs enjeux, et leur permettre non seulement de s'informer mais aussi de réagir directement ou par l'intermédiaires de syndicats et d'associations pour interpeller leurs élus parlementaires européens, par courrier ou par internet. Informer en toute transparence les citoyens sur les lobbies, qui devraient être soumis à un enregistrement, un encadrement et à une régulation comme le suggère l'association Anticor aux partis concourant aux élections européennes (je recommande le soutien à cette association qui combat la corruption et oeuvre pour l'éthique politique).
Faire connaître la nouvelle chaîne parlementaire européenne EuroparlTV (voir article de Euractiv), avertir de ses programmes et y permettre la rediffusion des délibérations, notamment entre les ministres représentant le Conseil européen.
3- Généraliser un lien de communication public entre le député européen et les citoyens, par son site parlementaire nomduparlementaire.eu, les informant de ses positions, de ses actions, et permettant en retour de recueillir des avis, suggestions.
4- Proposer de proportionner le nombre d'élus députés au Parlement européen en fonction du taux de participation du pays au vote. Ainsi, si le taux est deux fois moindre que la moyenne européenne, le nombre de députés serait deux fois moindre. Cela motiverait peut-être les peuples, ainsi que les Etats dans leur communication sur l'Europe et l'importance de ces élections.
5- Permettre aux citoyens européens d'adhérer directement à un parti européen. Aujourd'hui, le PPE (Parti Populaire Européen), le PSE (Parti Socialiste Européen), le PDE (Parti Démocrate Européen), les Verts européens, etc., sont des partis auxquels adhèrent des parlementaires eux-mêmes issus de partis nationaux et non directement des citoyens. Une adhésion directe permettrait une légitimation citoyenne et un lien direct entre les peuples et des courants politiques de niveau européen.
6- Enfin garder les symboles (Hymne, devise, drapeau) qui renforce l'idée d'appartenance et de citoyenneté européenne, car les symboles sont important dans l'esprit collectif des peuples. Pourquoi ont-ils été supprimés du traité de Lisbonne, alors que les peuples ne le demandaient pas et y sont plutôt attachés ? Est-ce pour marquer par principe une différence de contenu avec le traité constitutionnel initial, afin de légitimer un nouveau traité et un nouveau vote, alors que le contenu principal est toujours aussi complexe et incompréhensible par les peuples ?
Ces propositions résultent de plusieurs débats et discussions citoyennes auxquels j'ai récemment participé au mois de mai sur ce thème lors de cafés démocrates consacrés à l'Europe.
Pour votre avis à tous.
16:27 Publié dans analyses politiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : europe, elections europeennes, abstention, citoyenneté
11.02.2007
Message de Marianne (la République) aux citoyens français
Chère Citoyenne, cher Citoyen,
Nous avons prochainement un rendez-vous important : le 22 avril et le 6 mai 2007, pour l’élection présidentielle. Puis un autre également le 10 et 17 juin 2007 pour les législatives. Par ton vote, tu vas m’unir pour cinq ans à un homme ou à une femme, qui je l’espère me respectera et aimera la France et les Français, n’abusera pas de son pouvoir à des fins personnelles et partisanes, et m’aidera à refonder notre démocratie, réconcilier la société française et reconstruire son économie. Tu auras ensuite à choisir ton représentant à l’Assemblée Nationale, auquel tu délègueras le pouvoir de discuter et de voter des lois et de veiller à leur application. N’oublie jamais que le pouvoir t’appartient, Citoyen, et qu’en cet instant solennel le destin de la France est entre tes mains ! C’est assez rare que je m’adresse à toi ainsi en direct, depuis ma naissance en 1792. Je profite des nouveaux médias mis à ma disposition, notamment Internet et les journaux encore « libres », pour te rappeler les droits de l’homme et du citoyen et t’aider à préparer ce rendez-vous. Ainsi souviens-toi de ma devise, inscrite sur tous les frontons des mairies et des écoles de nos villes et de nos villages : « Liberté, Egalité, Fraternité ».
LIBERTE « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (art.6) « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme » (art.11). « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses » (art.10). De même, au-delà de la libre expression des pensées, la libre circulation des marchandises et des services est-elle une condition nécessaire au développement de l’économie française, européenne et mondiale, mais, à condition qu’elle ne nuise pas à la survie de l’homme et de la planète, ni aux principes d’égalité et de fraternité qui l’accompagnent, c'est-à-dire pas au détriment des plus pauvres et des plus démunis au profit des nantis, ni au détriment des générations futures.
EGALITE « Les hommes (j’ajouterai aussi les femmes !) naissent et demeurent libres et égaux en droits » (art.1).
Tous les citoyens français doivent pouvoir revendiquer cette égalité de droit, devant l’accès à l’éducation, à la santé, au logement, à la sécurité, aux services minimaux de transport et de communication, à l’information, à la vérité. Et ceci quels que soient leur sexe, leur couleur, leur origine, leur région, leur héritage patrimonial et culturel, leur niveau de revenu, leur réseau de relations.
FRATERNITE Si la liberté et l’égalité n’étaient pas associées à la fraternité, notre monde serait triste. Sans amour, l’homme moderne ne serait plus qu’une machine, un robot sans espoir, sans goût de vivre. Sans la solidarité, la somme des intérêts individuels ne serait plus égale à l’intérêt collectif, équation sans laquelle la survie même de l’être humain, de l’espèce humaine, n’est plus assurée.
Enfin, pour garantir la viabilité de cette République, gardienne de la démocratie, il faut préserver sa REPRESENTATIVITE et LEGITIMITE.
Premier principe : quelles que soient tes opinions, que tu aies déjà décidé ou non à qui déléguer ta confiance, il est important de VOTER. Ne pas le faire, c’est tuer la démocratie. S’abstenir, c’est stériliser la République. C ’est faire injure à tes ancêtres qui sont parfois morts pour avoir défendu ta liberté et ton pouvoir de choisir tes dirigeants.
Deuxième principe : être RESPONSABLE. Avant de voter, prends un minimum de temps à écouter les candidats, à lire leurs projets, à juger de leur fiabilité et de leur crédibilité. Ne te laisse pas influencer par les apparences, par des comportements partisans bornés, claniques ou courtisans. Ne te laisse pas infantiliser, ne brade pas ton vote pour des paroles prometteuses, flatteuses, mais menteuses.
Troisième principe : être IMPARTIAL. Pour cela, je te propose une méthode simple et efficace :
1- compare les contenus des projets proposés, par thème. Exerce ta propre vision critique sur ces contenus, par rapport aux droits de l’homme exposés précédemment, sur leur cohérence, et sur les moyens financiers proposés pour la mise en application de ces contenus.
2- Evalue la personnalité du candidat ou de la candidate, sa fiabilité, sa crédibilité, sa loyauté, son désintéressement et son dévouement pour la France , son humanité, et aussi sa force, sa façon de s’exprimer au nom de la France.
3- Enfin regarde l’équipe dont s’entoure cet homme ou cette femme, la manière dont elle fonctionne. Ce sera sans doute ainsi que fonctionnera le futur gouvernement.
Un des premiers contenus de projet qui conditionne les autres car de lui dépend ta représentativité et la légitimité de cette délégation de pouvoir : c’est l’assainissement de mes institutions. Mes fondations sont usées, s’affaissent…Tu n’es peut-être même plus représenté au parlement à la hauteur de ce que tes idées pèsent dans ce pays. Tu as délégué tes pouvoirs à des députés qui parfois ne sont même pas présents au parlement pour discuter et voter les lois, et qui souvent perdent plus de temps à s’invectiver vivement en séance, qu’à s’écouter et dialoguer calmement et dans le respect que l’on doit à un interlocuteur, fut-il d’un autre avis que le sien. Il ne s’agit pas de mettre un « coup de peinture » sur ma façade mais bien de refaire une chape de bêton sous ma bâtisse lézardée.
Aux urnes, citoyen !
Marianne ( la République )
23:00 Publié dans Elections présidentielles 2007 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elections 2007, Marianne, republique, citoyennete


