11.11.2009

Les think tanks concurrencent-ils les partis politiques ?

 

Les « think tanks », terme barbare venu des Etats-Unis pour désigner des cercles de réflexion ou encore des laboratoires d’idées, des clubs, instituts ou fondations soi-disant « indépendants » (sous-entendu des partis politiques), sont devenus à la mode ces dernières années. Ils prolifèrent de plus en plus. Mais que font-ils ? A quoi servent-ils ? En quoi se différencient-ils des partis politiques et comment communiquent-ils avec ces derniers ?

Comme le remarquait le site Euractiv.fr en avril 2009,  le nombre de think tanks en Europe a plus que quadruplé au cours des dernières années (environ 1200 sur un total de 5000 dans le monde), et ils sont devenus plus actifs et inventifs dans la diffusion des solutions politiques auprès des décideurs. Mais ils risquent de se transformer en groupes de pression, étant confrontés à des questions de financement, d’autonomie et d’innovation. »

Certains think tanks sont spécialisés, regroupant des experts dans un domaine (relations internationales, justice, construction européenne, économie, sport, éducation, écologie, …) et d’autres sont plus généralistes. Sans être étiqueté politiquement, c'est-à-dire sans soutenir officiellement un parti, ils peuvent néanmoins afficher une couleur ou une tendance politique, en faisant la promotion d’idéaux et de politiques publiques. Par exemple Les Gracques, ou  Terra-Nova  (comprend notamment les principaux fondateurs des Gracques), créé en 2008, qui a pour objectif de contribuer à refonder « la matrice idéologique » de la gauche progressiste et de formuler des propositions concrètes au profit des leaders politiques. Plus récemment, Jean-François Kahn a lancé un club de réflexion « le Créa » (Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives), visant à réfléchir à une alternative politique tournée vers l’avenir, pour élaborer une proposition de modèle de société. De son côté, Corinne Lepage vient d’annoncer également le lancement d’un nouveau « club citoyen », Terre Démocrate, qui se prétend indépendant de tout parti politique, constitué pour deux tiers de membres de la société civile, et dont l’objectif est de « proposer des actions concrètes, sur la base de l'observation des bonnes pratiques dans la société française, en partant de ce qui fonctionne dans la société pour en évaluer la pertinence ». 

Jean-François Kahn et Corinne Lepage appartiennent tous deux du Mouvement Démocrate, qui est un parti politique. Corinne Lepage est également fondatrice et présidente de Cap21, un parti écologiste lui-même fondateur du Mouvement Démocrate, qui paraît aujourd’hui déchiré entre le choix de rejoindre les autres partis écologistes en prônant un regroupement et celui de rester une force préservant une certaine autonomie au sein du MoDem. Or, ils font tous deux le constat suivant : « les partis politiques traditionnels ne permettent pas de changer la société. Leurs structures, leurs modes de gouvernance, leur organisation, leurs luttes de pouvoir ainsi que leurs méthodes de travail ne favorisent pas l'écriture et l'émergence d'un projet de société qui soit véritablement nouveau. »

On peut se demander pourquoi, partant d’un même constat et membre d’un même parti, ils n’ont pas d’ailleurs créé ensemble un club commun … Divergent-ils sur des idées ou des valeurs ? On peut aussi de demander pourquoi ils arriveront mieux à favoriser l’émergence d’un projet de société qu’au sein de leur parti. Que je sache, le MoDem ne les a jamais empêché de s’exprimer bien au contraire. Ils ont contribué à son programme, Corinne Lepage était présidente des commissions de travail du MoDem et donc directement responsable de l’élaboration du projet, ils l’ont aussi défendu comme candidats. On peut également s’interroger sur la capacité d’un mouvement, qui se dit en marge des partis politiques, de mieux changer la société. Est-ce que le fait de nourrir une réflexion au sein d’un parti dissuaderait, voire dégoûterait les experts de la vie civile, comme si dialoguer avec un parti risquait d’entacher les relations avec des personnes qui ne seraient pas de ce parti, comme si c’était une marque de sectarisme ?

Pourtant, si un club de réflexion peut se targuer d’être un réservoir d’idées, dans lequel les partis sont libres de puiser, sans avoir l’inconvénient de prétendre à des postes d’élus, donc s’affranchissant des contraintes liées aux luttes fratricides de pouvoir, ainsi que des éventuelles tentations démagogiques visant à séduire un électorat, un club n’a aucun moyen d’action directe pour changer la société. Il ne peut qu’exercer un pouvoir d’influence, de lobbying. Alors que le propre d’un parti est non seulement de présenter une offre idéologique, de défendre des valeurs prioritaires, de privilégier des moyens d’actions (la régulation par l’Etat, la redistribution par la fiscalité, la stimulation par la liberté d’entreprise et de marché et la concurrence, …), mais aussi d’occuper des postes de décision, aussi bien à l’échelon local que national ou européen. C’est ainsi que fonctionne notre démocratie.

Or force est de constater que ces derniers temps les partis politiques sont critiqués par leur attitude partisane, leur manque d’idéaux, d’imagination, de projet de société. Il est presque mal vu d’appartenir à un parti politique et il vaut mieux le taire dans le milieu professionnel, car il peut être source de discorde, comme peut l’être la religion. Une forme de  « laïcité politique » est en vogue : défendre des idées, oui, mais pas un parti, ou à tout le moins taire son appartenance à un parti, ce qui permet de pouvoir dialoguer avec d’autres personnes qui peuvent appartenir à d’autres partis. En somme, pour permettre un dialogue entre partis politiques, il faut passer par des structures médiatrices apolitiques, qui seraient ces fameux think tanks.

Au départ, ces clubs sont présentés comme des réservoirs d’idées qui peuvent nourrir les partis politiques (approche top-down comme disent les Anglo-saxons), qui eux-mêmes auront éventuellement des offres concurrentes dans les urnes, même si certaines idées sont communes.

Au final, nous sommes dans un contexte politique où les lignes sont en train de bouger et où tout le monde s’observe. Il y a clairement une demande d’un nouveau projet de société et une nécessité de rassemblement. Il y a aussi des points idéologiques de convergence évidents entre les écologistes, les démocrates et les socialistes, en opposition avec un modèle dominant écrasant imposé par Nicolas Sarkozy. Il serait temps que ces forces politiques dialoguent en public pour faire part de leurs convergences et différences, devant tous les français, comme l’a proposé François Bayrou. Pour le faire, il ne paraît pas nécessaire de se regrouper absolument au sein de « clubs » ou de « think tanks ». Si ces forces politiques se rassemblent au sein de cercles de réflexion pour concrétiser au sein d’un club leurs idées convergentes (approche plutôt bottom-up cette fois selon les Anglo-saxons), comment traduiront-ils ensuite cette convergence publiquement sur la scène politique et dans les urnes, s’ils prétendent être apolitique ?

J’apprécie beaucoup à la fois les personnalités de Jean-François Kahn et de Corinne Lepage, ainsi que les idées qu’ils défendent. Ce que je n’apprécie guère, c’est la manière dont ils ont étalé publiquement dans la presse des critiques à l’égard du MoDem et des partis politiques, résumant ces derniers à des organisations partisanes au service de l’ambition d’un homme et incapables de proposer un projet de société. Ils contribuent ainsi à donner une idée dégradée de la politique, à en détourner les citoyens et à accréditer l’idée que les politiques sont tous cyniques, que la politique est à jeter aux chiens. Or la politique, c’est aussi des hommes et des femmes qui défendent un idéal et sacrifient beaucoup de leur vie privée, qui subissent avec courage et pugnacité défaites, trahisons, abandons, pour, parfois, arriver à faire gagner leur cause. François Bayrou fait parti de ceux-là, Ségolène Royal également. Nous sommes encore de nombreux militants qui soutenons un homme ou une femme politique et en même temps un idéal incarné par cette personne, sans résumer pour autant notre parti à une organisation au service d’une ambition personnelle. Un parti politique, c’est aussi une forme de fidélité, de solidarité, où on se serre les coudes devant les difficultés. Lorsqu’on a un désaccord de fond, on l’exprime d’abord en interne plutôt que publiquement, on essaie de le résoudre et on contribue positivement pour améliorer la situation. Quand cela ne marche pas, il est légitime d’en tirer des conséquences et de quitter le parti pour en rejoindre ou en créer un autre. Corinne Lepage avait critiqué le fonctionnement interne du MoDem et avait appelé le débat avec les adhérents de ses vœux. Le jour de ce débat, aux universités d’été du MoDem, le vendredi 4 septembre 2009 au soir, « parole aux adhérents », elle a déserté la tribune, décevant beaucoup de militants qui souhaitaient ce débat. De même, elle souhaitait peser sur la stratégie électorale pour les régionales et l’élaboration du programme, sur lesquels avait lieu un vote du Conseil national le 24 octobre 2009, et elle n’y est pas venue. Que faut-il en déduire ?

En conclusion :

-         Les think tanks sont utiles mais ne pourront pas remplacer les partis politiques.

-         Le dialogue public entre partis politiques est nécessaire et salutaire. Il manque aux Français (quelle nostalgie des débats télévisés, des joutes oratoires des années 1970 et 1980 !). Il peut être favorisé par les think-tanks, lieux de dialogue où peuvent s’exprimer sur des thèmes communs des personnes issues de la vie civile et de différents partis, mais comme ils ne peuvent pas s’exprimer au nom des partis, leur rôle s’arrête là.

-         Un grand rassemblement de forces politiques concurrentes et ayant chacune leur sensibilité, mais convergeant sur l’essentiel autour d’un projet de société alternatif, est plus que jamais nécessaire. C’est plutôt à la presse, aux médias, d’organiser la médiation justement, le dialogue public auquel les Français ont droit et qu’ils souhaitent et pas seulement pour faire de beaux discours sur de belles idées, mais pour gagner ensemble des élections ! Et pitié, arrêtons les vaines querelles et les mesquineries politiciennes … Question de survie !

 

 

 

Ci-dessous la liste des principaux think-tanks :

 

Nom  

Domaine  

Orientation politique  

Pays  

Fondé en  

 

Fabian Society

généraliste

centre gauche

Royaume-Uni

1884

 

Action française

parti politique devenu think tank en 1947

royaliste

France

1898

 

Semaines sociales de France

généraliste

christianisme social

France

1904

 

Fondation Carnegie pour la Paix Internationale

relations internationales

 

États-Unis

1909

 

Brookings Institution

généraliste

centre

États-Unis

1916

 

Hoover Institution

généraliste

républicain

États-Unis

1919

 

Council on Foreign Relations

relations internationales

 

États-Unis

1921

 

American Enterprise Institute

généraliste

néo-conservateur

États-Unis

1943

 

RAND Corporation

généraliste

 

États-Unis

1945

 

AUEG - Alliance Université Entreprise de Grenoble

généraliste, innovation,relations internationales

 

France

1947

 

EGMONT

relations internationales

 

Belgique

1947

 

GRECE

généraliste

identitaire européiste

France

1969

 

Adam Smith Institute

économie

libéral

Royaume-Uni

1971

 

German Marshall Fund of the United States

relations transatlantiques

 

États-Unis

1972

 

Heritage Foundation

généraliste

conservateur

États-Unis

1973

 

Institut Fraser

généraliste

libéral

Canada

1974

 

Club de l'horloge

généraliste

libéral-nationaliste

France

1974

 

Institut de l'entreprise

économie

 

France

1975

 

Club des vigilants

généraliste

 

France

1999

 

Cato Institute

généraliste

libertarien

États-Unis

1977

 

IFRI

relations internationales

 

France

1979

 

Centre for European Policy Studies (CEPS)

construction européenne

 

Europe

1983

 

Institut Choiseul

relations internationales

 

France

1997

 

iFRAP

généraliste

libéral

France

1985

 

IRIS

relations internationales

 

France

1990

 

Institut Turgot

généraliste

libéral

France

1990

 

Confrontations Europe

construction européenne

centre gauche

France

1991

 

Fondation Robert Schuman

construction européenne

centre

France

1991

 

Fondation de service politique

généraliste

doctrine sociale de l'Église

France

1992

 

Notre Europe

construction européenne

 

Europe

1996

 

Fondation Concorde

généraliste

 

France

1997

 

PNAC

relations internationales

 

États-Unis

1997

 

Fondation Copernic

généraliste

gauche

France

1998

 

Avenir Suisse

généraliste

pragmatisme libéralisme

Suisse

1999

 

Institut Montaigne

généraliste

indépendant

France

2000

 

Institut de recherche et d'informations socioéconomique

économie, social

gauche

Canada

2000

 

Institut économique de Montréal

économie

libéral

Canada

2000

 

La République des idées

généraliste

social-libéral

France

2002

 

Institut Thomas More

généraliste

conservateur-libéral

Europe

2003

 

Fondation pour l'innovation politique

généraliste

centre droit

France

2004

 

Euroreflex

construction européenne

 

Europe

2005

 

Fondation Res Publica

république, mondialisation, dialogue des civilisations et des nations

républicain civique

France

2005

 

Bruegel

économie

 

Europe

2005

 

Fondation Prometheus

politique, économie, enjeux de la mondialisation

 

France

2005

 

Institut Amadeus

généraliste

indépendant

Maroc

2005

 

La Forge

généraliste

gauche

France

2007

 

Gauche Avenir

généraliste

gauche

France

2007

 

Égalité et réconciliation

généraliste

nationaliste de gauche

France

2007

 

Sport et Citoyenneté

sport

apolitique

France

2007

 

Terra Nova

généraliste

progressiste

France

2008

 

Institut pour la Justice

justice

 

France

2008

 

Association AMAQUEN

éducation

 

Maroc

2003

 

 

08.09.2009

Ce n'est pas Bayrou qui a changé, c'est la droite et la gauche !

L'offre publique de dialogue faite par François Bayrou et Marielle de Sarnez à toutes les forces politiques démocrates et progressistes, notamment socialistes et écologistes, qui souhaitent une alternance à la politique actuelle du gouvernement, suscite diverses réactions, positives et chaleureuses pour les uns, embarrassées pour les autres, moqueuses des habituels porte-parole et porte-flingue de la majorité gouvernementale. Elle fait bouger les lignes car elle incite à ouvrir de nouvelles portes, à dévoiler les cartes, à se remettre en question et enfin à parler des sujets de fond devant les Français.

1784141572.jpgCette proposition est interprétée par les différents médias comme un "glissement" à gauche, par certains comme un reniement d'une position passée d'une centre plus proche de la droite. Même Mediapart (article de Mathilde Mathieu) n'y a vu qu'une posture tactique politicienne, sans poser le problème de fond, en disant "Pour éviter qu'écologistes et socialistes fassent une OPA sur le Modem, sorti très affaibli des élections européennes, Bayrou leur a lancé une «offre publique de dialogue», dimanche 6 septembre, en clôture de l'université d'été du mouvement, organisée à La Grande-Motte." Et pourtant la suite de l'article dit clairement qu'il explique que la nouvelle ligne de partage politique est à présent d'un côté à droite avec Nicolas Sarkozy celle de «l'idéologie des inégalités», (...) ceux qui se résignent à voir ce régime, (...) avec ses injustices sociales et démocratiques, durer pendant 10 ans et corroder ce qui fait la France»; de l'autre, «ceux qui veulent une alternance», ensemble qui s'élargit  à "la gauche", aux Ecologistes et au MoDem. Rien de plus clair sur le fond.

 

1431263936.JPGOr, la vérité est que François Bayrou, Marielle de Sarnez et autres cadres et militants du Mouvement Démocrates, qu'ils soient anciens de l'UDF ou nouveaux du MoDem, n'ont pas changé pour l'essentiel de valeurs, de fondamentaux. Ils ont fait valoir de nouvelles priorités face à l'urgence climatique et face aux injustices croissantes, mais restent bien sur l'idéal démocratique, républicain, alliant la liberté d'expression, de création, d'entreprise, une liberté de marché (sous condition de régulation !) et la solidarité, la protection des faibles, un socle de protection sociale et des services publics garantissant l'égalité des chances et l'octroi d'un service à tous et sur tout le territoire non forcément asservi à la rentabilité, notamment dans la santé et dans l'éducation.

En revanche, la droite a changé. Autrefois, la droite était  plus conservatrice en termes de valeurs, de morale, d'autorité, de valeur du mérite et du travail. Elle était surtout républicaine. De Gaulle était fervent gardien de ces valeurs républicaines, d'une éthique morale, de l'égalité des chances pour les Français. Le centre, avec Lecanuet et Giscard, ont porté aussi ces valeurs fondamentales. Avec Chirac, la droite était encore républicaine, mais plus teintée de "copains-coquins", de politique de clan, ... Avec l'ère Sarkozy elle a connu une réelle rupture, un alignement au modèle anglo-saxon générateur d'inégalités croissantes, une politique au service des amis du président et des plus fortunés, une atteinte de plus en plus évidente à l'égalité des chances et aux valeurs républicaines, à la démocratie, avec une concentration de tous les pouvoirs, sans respect pour les règles les plus élémentaires de séparation des pouvoirs chères à Montesquieu et indispensables au bon fonctionnement de la démocratie, avec démantèlement progressif ou mise sous tutelle ou sous influence de tous les contre-pouvoirs dont la justice, les médias, et même le Parlement qui n'est plus qu'une chambre d'enregistrement des décisions du gouvernement,... Et la valeur centrale qui domine est l'argent, le culte du profit, la rentabilité au mépris des autres critères, dans une mondialisation où règne la loi du plus fort, où le faible n'est plus protégé, ou le riche devient toujours plus riche et bénéficie de plus en plus d'avantages fiscaux. Et l'emprise de l'Etat, chère à la gauche, est devenue l'apanage de la droite. Et ce qui est en train de s'installer en France, sournoisement et sans dire son nom, c'est un régime autoritaire, autocratique, inégalitaire, qui ne respecte plus les valeurs prônées par l'ancienne droite et le centre qui lui était autrefois allié. Oui, la droite a changé, ce n'est plus la même.

La gauche aussi a changé. Autrefois elle était socialiste ou communiste, idéologies basées sur l'égalité entre les hommes, mais égalité garantie par une économie administrée, où l'Etat est au centre de tout, collectiviste, liberticide. Elle a évolué d'abord vers des valeurs "libertaires" sur le plan des mœurs puis, avec la pérestroïka et la chute du mur de Berlin, le système collectiviste administré a été rejeté. Des pays se proclamant encore communistes comme la Chine ont adopté le capitalisme et n'ont gardé du communisme que la dictature du prolétariat. En France, les gouvernements socialistes ont dérégulé la finance, privatisé, facilité le développement de l'activité de marché des traders (à partir des années 1983), mis en place les stock-options (D.Strauss-Kahn), défiscalisé les investissements en œuvres d'art et les bonus (L.Fabius). Même si les tenants de la gauche se proclament plus sociaux et que le parti socialiste n'a pas changé de nom, pensant que le label "social", dans le mot "socialiste", serait la caution de cette idéologie. Le mot de "social-démocratie" a qualifié les modèles de société nordiques, qui présentent plus de redistribution sociale, moins d'inégalités de revenus. Sans le dire, une partie de la gauche, des socialistes, s'est finalement retrouvée dans les valeurs prônées par le centre. Oui la gauche a changé, ce n'est plus la même.

Alors regardons cette évolution en face et requalifions le repère euclidien droite-gauche, ou mieux encore, au lieu de droite-gauche, appelons les idéologies par leur nom. Encore que ... les partis prennent des étiquettes convenables (Le parti néoconservateur de Bush était nommé le parti "républicain"). Revoyons tous ensemble la véritable ligne de clivage, qui doit nous servir de repère pour envisager une alternance. C'est bien celle du choix entre deux modèles de société. Tout en acceptant le pluralisme de mouvements qui représentent une diversité de vues, de préférences de moyen d'action, mais qui peuvent converger sur les valeurs et les priorités.

 

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

... et les mots pour le dire viennent aisément.

(Nicolas Boileau, l'Art poétique, 1674)

25.07.2009

Manipulation de sondages par l'Elysée : Bayrou avait donc raison !

La vérité finit toujours par sortir ...

Ainsi ce scandale de manipulation de sondage par l'Elysée, que vient de révéler le rapport de la Cour des Comptes et que reprennent quels médias ? Les seuls encore non corrompus, indépendants, rebelles et vigilants : Marianne, Mediapart et le Canard Enchaîné.

Alors que le sujet est très grave pour notre démocratie. Le PS et le MoDem ont réagi. Quelques billets de blog le dénoncent comme celui-ci  et celui-là.

Qui avait prévenu et avait déjà dénoncé ces manipulations, dans son discours du 3 juin et sur France Inter le 4 juin, et s'est fait tacler pour cette dénonciation, voire traiter de parano ? C'est François Bayrou. La bête noire des politiques au pouvoir et des opposants en perte de vitesse, qui se sont empressés d'arroser l'arroseur ...

J'aimerais bien qu'au lieu de dire que François Bayrou fait de l'anti-sarkozysme primaire, la presse s'intéresse au fond de ce qu'il dénonce, notamment dans son livre "Abus de pouvoir", reprennent aussi tant de sujets sur lesquels il s'était fait moquer ou tacler et qui lui ont donné raison ensuite, les idées qui ont même été reprises par ses détracteurs, du gouvernement comme de l'opposition, comme la dénonciation de la financiarisation de l'économie et de ses dérives avant même que n'éclate cette crise financière, le sujet des inégalités croissantes et des rémunérations indécentes des grands patrons, la politique d'ouverture, le Small Business Act pour soutenir les PME, la taxe carbone, l'idée des retraites à points qui fait son chemin, et bien d'autres encore ...

Cette histoire de manipulation de sondages par l'Elysée, ainsi que l'incroyable renversement du scrutin des dernières élections européennes permettent de tirer la conclusion suivante : la COMMUNICATION et les MEDIAS ont un rôle bien plus important que le fond. Les électeurs votent bien plus sur des impressions de dernière minute, sur l'émotion d'une émission (le débat avec cette altercation entreCohn-Bendit et Bayrou, le film Home) plutôt que sur le fond des programmes qu'ils n'ont même pas lu. Contrairement à ce qui est colporté par ses partis concurrents et la presse, le MoDem a fait une campagne complètement de fond, sur le programme européen, que ce soit par ses documents de campagne, internet, ses meetings, les diverses interventions de presse et medias des candidats. Mais à force de marteler dans la presse grand public ou télévision, rebondissant sur le succès du livre de Bayrou "abus de pouvoir", que Bayrou ne parlait pas d'Europe, et tout ceci était volontairement orchestré, que le MoDem n'avait pas de programme européen, l'opinion s'est laissé prendre.

CONCLUSION :
- est-ce que le MoDem doit entrer dans ce jeu et "faire de la com" ?
- est-ce que le MoDem doit faire prendre conscience aux citoyens qu'ils sont vraiment manipulés, qu'ils se réveillent, qu'ils exercent leur conscience et leur responsabilité, qu'ils boycottent les médias manipulés et aillent chercher leur information plutôt sur internet, qu'ils s'intéressent vraiment aux sujets de fond et non à l'apparence, aux mensonges et aux fausses promesses, et qu'ils s'intéressent plutôt à l'honnêteté et à la crédibilité des hommes politiques, et qu'ils fassent ainsi leur choix en toute conscience.

La 2ème option est sans doute la plus difficile, mais c'est pour moi la voie la plus saine.

08.07.2009

La recomposition politique en France s’articulera-t-elle autour du choix de modèle de société ?

Une approche pour les prochaines échéances électorales ... et un constat : quelle que soit l’issue de la recomposition politique future, il faut se poser les problèmes de fond, s’interroger sur les priorités que nous souhaitons ériger pour les années et  le siècle à venir, dessiner le monde que nous souhaitons laisser à nos enfants, s’entendre sur la manière dont nous voulons vivre ensemble.

 

 

Les leçons des dernières élections européennes :

 

1-     C’est en premier lieu l’abstention qui a gagné. Les Français ont marqué leur désapprobation de la politique, de l’Europe, en votant « avec leurs pieds », c'est-à-dire en n’allant pas voter. Ensuite ils n’ont pas voté comme les sondages l’annonçaient une semaine avant le vote (pronostics à 27% pour l’UMP, 21 ou 22% pour le PS, 13 ou14% pour le MoDem, 10% pour Europe Ecologie et 6,5% pour le NPA). En une semaine, le PS a perdu environ 5 points, ainsi que le MoDem, et Europe Ecologie en a gagné 6 et l’UMP 1, le NPA en a perdu 2 au profit du Front de gauche. Le MoDem a déçu par le comportement de François Bayrou qui s’est laissé entraîné dans les querelles avec Daniel Cohn-Bendit lors du débat télévisé du 4 juin et a été marqué « Anti-Sarkozyste » suite au succès de son livre « Abus de pouvoir », au détriment du débat sur l’Europe, tandis que le PS payait aussi ses querelles internes. Une partie des votes pour le PS et le MoDem se sont donc reportés sur Europe Ecologie, marquant le soutien à un thème ni de gauche ni de droite mais de conscience planétaire : la préservation de la planète. Les Français en ont semble-t-il raz le bol des querelles politiciennes et souhaitent que leurs représentants élus abordent les vrais problèmes de fond : affronter la crise économique et le réchauffement climatique, garantir la solidarité et réduire les inégalités, donner suffisamment de puissance et d’autorité à l’Etat à condition qu’il préserve vraiment l’intérêt général des citoyens et ne soit pas gangrené par la bureaucratie, … et surtout changent de comportement.

2-     Les différents partis affichent des programmes finalement très convergents, essayant de mettre en avant ces objectifs auxquels la plupart des Français aspirent. On retrouve dans tous les programmes la volonté de réguler la finance et l’économie, de préserver l’environnement, de viser une croissance durable grâce à un investissement dans l’innovation, les économies d’énergie et les énergies renouvelables, de maintenir une sécurité sociale Il est de plus en plus difficile de différencier un clivage « gauche/droite » au vu des programmes.

·        L’UMP, suite à la crise financière, se met à critiquer les travers du capitalisme financier et d’un libéralisme mondialisé insuffisamment régulé, développe une politique très interventionniste d’un Etat omnipotent, bien que Nicolas Sarkozy défendît au contraire pendant la présidentielle un modèle américain contre le modèle français jugé ringard, étriqué, bloqué par ses protections sociales, incapable de faire face à la concurrence et à la compétitivité dans la mondialisation et bien que sa politique eût contribué à l’accroissement des inégalités, à la défense des grandes surfaces et des puissances financières au détriment du petit commerce et des agriculteurs, sans parler de la neutralisation de presque tous les contrepouvoirs que sont les médias, la justice et même le Parlement.

·        Le PS affiche les mêmes objectifs, insistant sur la mise en œuvre d’une Europe sociale.

·        Le Modem également par une approche humaniste de la société, mettant l’homme au centre plutôt que l’argent et l’Etat.

·        Les Verts aussi en centrant leur programme sur l’environnement, une politique durable et quelques positions plus radicales sur le nucléaire et l’approche de décroissance.

 

D’où les légitimes questions :

 

-         Quelles sont les vraies questions qui préoccupent les citoyens, qui peuvent les mobiliser et les faire rêver ?

-         Les réponses à ces questions sont-elles convergentes ou divergentes entre les différents partis ? où sont finalement les lignes de clivages ? Face à des programmes relativement convergents, qu’est-ce qui fait la différence ?

 

La question des valeurs et du modèle de société sera-t-elle la ligne de clivage, de différenciation essentielle ?

 

La question de fond de ce début de siècle est probablement celle d’un tournant de civilisation, celle des valeurs à prioriser et du modèle de société. Le modèle socialiste collectiviste et bureaucratique a montré son échec avec la chute du mur de Berlin. Le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation vient également de montrer son inanité, responsable de l’accroissement des inégalités et même de la pauvreté, destructeur de l’environnement, cause d’une faillite généralisée de l’économie. La Chine étant de surcroît un exemple d’accommodation à la fois d’un régime collectiviste étatisé et de capitalisme débridé.

 

Avec la crise apparaît la nécessité du choix (étymologiquement krisis en grec signifie décision). Le nouveau clivage de fond concernant le modèle de société pourrait être un choix entre :

 

-         soit « refonder et moraliser le capitalisme », continuer avec le même moteur, en mettant réellement plus de verrous, de contraintes, de régulation, de redistribution pour diminuer les injustices, mais en gardant les valeurs matérielles, la maximisation du profit individuel, comme la motivation essentielle des individus, les inégalités étant stimulantes par d’un côté l’appât du gain et de l’autre la peur de sombrer dans la précarité. C’est toujours le règne de la société de l’avoir et du paraître.

 

-          soit proposer autre chose, ni le capitalisme ni le socialisme, mais ce que l’on pourrait appeler l’humanisme. C'est-à-dire pas seulement une régulation du système existant mais commencer à changer les choses plus en profondeur, en s’accordant sur de nouvelles priorités, l’intérêt général plutôt que les intérêts particuliers mais avec adhésion consensuelle (importance de la démocratie), de nouveaux modes de gouvernance d’entreprises plus coopératives, de formes d’emplois et de collaboration des individus. Une nouvelle prise de conscience des citoyens, une responsabilisation individuelle des enjeux collectifs, un sens retrouvé du civisme, de l’altruisme, et même de la morale. C’est une tâche difficile qui exige de non seulement imaginer ce monde pour le reconstruire en profondeur, mais il faut aussi savoir l’exprimer, en termes compréhensibles au tout venant, donner envie d’y aller, d’y participer.

 

Il semble que dans le paysage politique français, l’UMP et ses satellites (Nouveau Centre, Radicaux, Gauche Moderne, …), en tout cas Nicolas Sarkozy de même que José-Manuel Barroso, soient plutôt dans la première proposition. Nicolas Sarkozy, devant l’échec du capitalisme mondialisé, devant la perversion à laquelle a mené la financiarisation de l’économie, commence à adopter un langage plus social, plus régulateur, plus étatiste, pour rassurer, même si les actes ne vont pas vraiment dans le même sens (il ne revient pas sur le bouclier fiscal, il ne fait rien sur les stock-options et les salaires exorbitants des dirigeants, les mesures contre les paradis fiscaux sont purement cosmétiques,...).

Il existent deux fragilités de fond dans l’expression de cette politique : d’une part une sorte de schizophrénie, une divergence entre les paroles et les actes, qui ne pourra pas faire illusion dans la durée, surtout quand les effets de la crise font s’aggraver, d’autre part la divergence de fond qui risque de progressivement apparaître et de s’accentuer entre Nicolas Sarkozy, tant dans son comportement politique que sur le fond, et des élus de l’UMP qui ne s’y reconnaissent plus. Nicolas Sarkozy, en personnalisant à outrance l’UMP et présenté comme sa force, pourrait bien devenir sa faiblesse, sa tare, si cela tourne mal. Les prétendants au remplacement seraient alors nombreux (Xavier Bertrand, Jean-François Copé, Alain Juppé, Dominique de Villepin,…) et prêts à se livrer une guerre fratricide comme c’est la cas au PS.

 

Au sein du PS, les avis ne sont pas clairement exprimés : s’agit-il de la première option avec encore plus de régulation et plus de redistribution que le propose l’UMP ? Ou plutôt d’un projet plus novateur ? Son contenu programmatique s’est construit autrefois dans un certain contexte puis a dû s’adapter, nécessitant des « synthèses » de plus en plus difficile à élaborer et à exprimer en cohérence notamment avec les anciens fondamentaux idéologiques et même avec son nom « Socialisme » devenu obsolète. Ainsi comment faire la synthèse entre les partisans du oui et du non à l’Europe, entre les tenants de l’économie de marché dont certains, notamment dirigeants du FMI et de l’OMC (Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy), s’affichent très libéraux et d’autres au contraire partisans d’une économie régulée par l’Etat. Le PS affirme en tout cas des valeurs humanistes, des valeurs de solidarité, d’égalité et de fraternité.

 

Le Mouvement Démocrate a de son côté déjà affirmé une ambition d’un projet de société alternatif humaniste, qui est plus profond, plus audacieux, plus enthousiasmant et donne aussi plus espoir s’il est constructif et réaliste, pas seulement utopiste. Il a clairement affirmé ses valeurs, exprimées dans une charte des valeurs, ainsi que sa manière de conduire la politique, également dans une charte éthique. Il lui reste à exprimer plus clairement et concrètement son projet au public, à plus concrétiser ses objectifs dans un programme politique complet, touchant tous les domaines, de la politique étrangère au réchauffement climatique, des délocalisations  au pouvoir d’achat, du problème des banlieues à la désertification des campagnes, du chômage des jeunes au vieillissement de la population, du problème des retraites au déficit public insoutenable, que ce soit pour les élections régionales ou les présidentielles.

 

Les Verts (Europe Ecologie) sont plutôt aussi dans une approche alternative plus radicale de modèle de société, dont les valeurs sont très proches du Mouvement Démocrates et dont le contenu programmatique également très convergent avec le volet écologique du MoDem. Cependant, il est parfois difficile de comprendre la cohérence entre la base militante, le contenu programmatique, et la communication faite par ses représentants. Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly ne s’étaient jamais montrés spécialement écologistes avant de venir porter les couleurs des Verts, traduisant un certain opportunisme, de même que Daniel Cohn-Bendit a toujours été très libéral, ayant toujours par ses votes soutenu la concurrence contre les services publics, comme l’atteste le dernier numéro du journal Marianne du 27 juin 2009, alors que dans la perception du public Les Verts sont situés à gauche. Certains élus ont défendu le non à la constitution Européenne (José Bové).

 

Sur le fond, la forte convergence de valeurs entre le MoDem, le PS et Les Verts, pour un modèle de société alternatif humaniste et durable, est sans doute favorable aux alliances entre ces partis. Ce modèle à construire est en opposition avec le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation que défendent Nicolas Sarkozy (donc l’UMP dans son sillage) et José Barroso au niveau de l’Europe, même s’ils prétendent vouloir mieux le réguler. Il y a clairement une idéologie convergente à défendre et c’est cela qui est important, au-delà de la concurrence entre personnalités présidentiables.

 

Le débat politique pourrait se recentrer sur l’affrontement entre deux modèles de société, d’une part le modèle actuel capitaliste centré sur la maximisation des profits individuels, même s’il est soi-disant « refondé » et mieux régulé, d’autre part sur un modèle alternatif qu’on peut qualifier d’humaniste.

 

Une entente de convergence sur le modèle de société alternatif peut être matérialisée dans des alliances tout d’abord sur le front européen contre la nomination de Barroso, puis aux régionales, dans des positions communes au Parlement en France comme au niveau européen, puis éventuellement dans une entente de second tour à la présidentielle. Il s’agira ainsi de maximiser les chances au second tour, quel que soit le candidat arrivant au 1er tour, et d’envisager un gouvernement composé de personnes venues à la fois du MoDem, du PS, des Verts.

 

 

Autre hypothèse ?

 

Même si la question de fond paraît être celle du modèle de société, il est possible que le thème paraisse trop complexe, trop utopique, trop évanescent pour les Français, qui pourraient préférer :

 

-         soit se concentrer sur les problèmes concrets de leur vie quotidienne, quelques sujets phares concrets et basiques, quels que soient le modèle et les valeurs défendues,

 

-         soit  se mobiliser sur un autre sujet, plus transverse, plus universel qu’un clivage d’ordre idéologique ou politique, dépassant les clans habituels. Ce fut le cas pour le réflexe écologique aux européennes. Ce pourrait être aussi une mobilisation démocratique face aux abus de pouvoir, une reprise en main par les citoyens, une réappropriation de leur pouvoir confisqué par les élites, la revanche du citoyen consommateur qui pourrait par son petit pouvoir additionné aux autres, boycotter TF1, les produits polluants, les entreprises non respectueuses des salariés, délocalisant malgré leurs profits, les grandes marques ou les grandes enseignes qui par pression via les centrales d’achats sur les agriculteurs, les éleveurs ou les producteurs laitiers, soi-disant au nom de la baisse des prix, détruisent la ruralité et ne favorisent même pas le consommateur. Internet pourrait constituer un formidable outil de rassemblement, de pétition, d’organisation pour mener une telle politique. Un parti ou un homme incarnant cette nouvelle façon de faire de la politique pourrait séduire l’opinion et transcender les traditionnels clivages.

 

-         Soit faire leur choix plus sur des personnalités politiques que sur le fond des idées, face à des projets indifférenciés en tout cas dans les programmes annoncés. Nicolas Sarkozy a été élu majoritairement par les Français surtout pour sa personnalité, trépidante et active, jugée dynamisante, quelle que soit l’idéologie qu’il défendait ou plutôt qui était sous-jacente à son programme de réformes, sur base de slogans simples (« travailler plus pour gagner plus », « chercher la croissance avec les dents ») et quelques thèmes phares (le pouvoir d’achat et la croissance), thèmes qui rassemblent les français à la fois de gauche et de droite. Il n’a pas été élu ni pour démanteler le contrat social et précariser encore plus les classes moyennes et pauvres, ni pour piétiner les valeurs républicaines d’égalité des chances, ni pour « monarchiser » le pouvoir du président de la République et supprimer les contrepouvoirs, ni pour mettre la main directe sur l’audiovisuel public, ni faire des cadeaux fiscaux aux riches (bouclier fiscal), ni pour rallier le commandement armé de l’OTAN (de surcroît sans conditions ...) donnant une caution atlantiste  la politique étrangère et de défense et compromettant tout espoir de mise en place d’une politique de défense européenne indépendante), ... Et pourtant, il a mis en place de nombreuses réformes non annoncées dans sa campagne. De même qu’il n’a pas augmenté le pouvoir d’achat ni la croissance, même juste avant  la crise financière, qui au moins peut servir maintenant d’alibi à cet échec. Si aujourd’hui ou demain il décevait fortement par son comportement et par l’incohérence entre ses actes et ses paroles, il pourrait entraîner l’échec de l’UMP dans son sillage. François Bayrou pourrait en réaction être considéré comme une personnalité alternative. D’autres personnalités pourraient aussi revenir ou émerger d’ici 2012.

 

Quelle que soit l’issue de la recomposition politique future, il faut se poser les problèmes de fond, s’interroger sur les priorités que nous souhaitons ériger pour les années et  le siècle à venir, dessiner le monde que nous souhaitons laisser à nos enfants, s’entendre sur la manière dont nous voulons vivre ensemble.

 

 

 

02.07.2009

La recomposition politique française devrait s'articuler autour de la confrontation entre deux modèles de société

Quelques réflexions personnelles sur le paysage politique français en vue de proposer une approche pour les prochaines échéances électorales :

Il y a les partis, les idéologies et les leaders politiques

 

Certains partis sont des partis initialement fondés sur une idéologie plus que sur un leader (le PS, le PC ou Front de Gauche, Les Verts) et d’autres sont des partis rassemblés autour d’un leader, qui montre le chemin et fédère soit par sa personnalité soit par les valeurs qu’il représente (l’UMP avec Nicolas Sarkozy, le Mouvement Démocrate avec François Bayrou). Le NPA étant une combinaison des deux avec le leadership d’Olivier Besancenot.

Certains partis ont une base idéologique affirmée (NPA, Front de Gauche et PC basés sur la lutte des classes, la lutte sociale), d’autres en avaient une mais qui est dépassée (le PS, basée sur le collectivisme et le rôle central de l’Etat), d’autres encore n’affichent pas franchement leur idéologie même si elle est sous-jacente à leur programme (UMP, avec une politique néocapitaliste, centrée sur l’argent, le profit individuel, les valeurs matérielles et la loi du plus fort, même si elle est mâtinée de protection sociale et d’interventionnisme de l’Etat avec notamment la récente crise).

 

Dans ce paysage, le PS est un parti ancien, ancré, avec de nombreux élus mais souffrant à la fois d’un problème de leadership (trop de prétendants, en lutte dans une guerre de concurrence autodestructrice, se livrant une guerre fratricide) et d’un problème de clarification idéologique. Son contenu programmatique s’est construit autrefois dans un certain contexte puis a dû s’adapter, nécessitant des « synthèses » de plus en plus difficile à élaborer et à exprimer en cohérence notamment avec les anciens fondamentaux idéologiques et même avec son nom « Socialisme » devenu obsolète. Ainsi comment faire la synthèse entre les partisans du oui et du non à l’Europe, entre les tenants de l’économie de marché dont certains, notamment dirigeants du FMI et de l’OMC (Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy), s’affichent très libéraux et d’autres au contraire partisans d’une économie régulée par l’Etat.

 

Les Verts sont un parti non fondé sur une véritable idéologie mais basé sur la défense de l’environnement, délivrant un programme centré sur ce thème et donc partiel. En termes de leaders, les élections européennes montrent un décalage entre le contenu programmatique et la représentation de ses leaders, ainsi que l’importance de la communication. Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly ne s’étaient jamais montrés spécialement écologistes avant de venir porter les couleurs des Verts, traduisant un certain opportunisme, de même que Daniel Cohn-Bendit a toujours été très libéral, ayant toujours par ses votes soutenu la concurrence contre les services publics, comme l’atteste le dernier numéro du journal Marianne du 27 juin 2009, alors que dans la perception du public Les Verts sont situés à gauche. Des anciens Verts ont préféré rejoindre le MoDem, à forte composante écologique, notamment des anciens représentants du parti tels que Jean-Luc Bennhamias et Yann Wehrling. Point assez paradoxal et qui démontre le succès de communication de Daniel Cohn-Bendit : la manière dont ce dernier a mené campagne en disant qu’il la faisait sur le fond, sur l’Europe, en ne rappelant pas l’orientation de ses propres votes passés (contre les services publics), en stigmatisant en même temps François Bayrou (pourtant profondément européen) qu’il désignait comme un obsédé de la présidentielle « touché par la Vierge », multipliant les petite phrases assassines et les provocations, retournant en bouquet final contre ce dernier l’accusation de phrase assassine (syndrome de l’arroseur arrosé), qu’il a fini par provoquer lui-même en retour. Trop fort ce Dany ! Son fils a raison de dire qu’il ressemble à Sarkozy, sur la com’ notamment ...

 

Le Mouvement Démocrate, issu à la fois de l’ancien parti UDF centriste démocrate et européen et du parti écologiste CAP21 fondé par Corinne Lepage, a été clairement un rassemblement d’hommes et de femmes autour d’un leader, de François Bayrou, au lendemain des présidentielles où ce dernier avait recueilli 19% des voix. Ce leader incarnant des valeurs et une nouvelle forme d’idéologie : défense des valeurs démocrates, républicaines, sociales et humanistes, priorité à l’égalité des chances et au respect de l’environnement, aux valeurs créatives, qu’elles soient appliquées à la création d’entreprise, à l’innovation et à la recherche ou à la culture. On remarquera d’ailleurs la convergence de valeurs exprimées entre le MoDem et le PS, et pour la partie écologique la grande convergence de priorités et de contenu entre le MoDem et les Verts. Le MoDem cherche à exprimer plus franchement son idéologie humaniste, remettant l’homme en tant que valeur centrale à la place de l’Etat et à la place de l’argent-roi. En termes programmatiques, d’application politique, l’Europe représente pour le MoDem un levier central et incontournable dans la mondialisation pour de nombreux sujets : réchauffement climatique, défense, immigration, spéculation mondiale et lutte contre les paradis fiscaux, crise économique et problème de concurrence non équitable engendrant des délocalisations, gestion des ressources énergétiques, accès à l’eau et aux matières premières, développement de l’Afrique, ...

 

Il y a les élections présidentielles et les autres élections 

 

Les élections présidentielles sont différentes des autres car même si un leader est porté par un parti, il doit obtenir une adhésion plus large que celle de son parti et doit pouvoir rassembler et représenter l’ensemble des Français. Il doit aussi être crédible en matière de capacité à former un gouvernement, des ministres qui mèneront une politique cohérente. Ce challenge est d’autant plus fort pour François Bayrou et le MoDem, parti non majoritaire et comptant peu d’élus, donc peu de ministrables.

Les élections législatives découlent des élections présidentielles, le calendrier électoral aidant, alors que les autres élections intermédiaires municipales et cantonales, européennes et régionales, dépendent plus d’enjeux locaux ou programmatiques.

Comme le montrent les résultats en France, un parti peut être majoritaire sur des élections régionales et locales (PS) alors même qu’un autre est majoritaire aux présidentielles et aux législatives (UMP), même à peu de temps d’intervalle. Le score des européennes a aussi montré sur fond de forte abstention un autre équilibre des forces politiques ainsi qu’une très forte volatilité la dernière semaine précédent le scrutin. En effet, en une semaine environ, comparé aux sondages précédents relativement stabilisés, à 27% pour l’UMP, 22% pour le PS,  13 ou14% pour le MoDem, 10% pour Europe Ecologie (Les Verts), le PS perdait finalement plus de 5 points, le MoDem également, le NPA presque 2 points au profit du Front de Gauche tandis que l’UMP gagnait 1 point et que Europe Ecologie (Les Verts) gagnaient 6 points. François Bayrou a été fortement attaqué, rendu coupable de la baisse du score attendu des listes du MoDem suite à l’escalade d’invectives dans laquelle il s’est laissé entraîner lors du débat l’ayant opposé à Daniel Cohn-Bendit, mais on peut se demander si l’effet de la diffusion du film « Home » juste avant le jour du vote, vu par 9 millions de téléspectateurs, déclenchant un réflexe écologique, n’est pas plutôt la cause majeure du renversement. En effet, la baisse constatée sur le PS est de la même ampleur que celle du MoDem, environ 5,5 points chacun (11 points en tout), alors que Europe Ecologie a récupéré 6 points au total.

Il y a ce que disent les leaders pour leur propagande électorale et il y a ce qu’ils font réellement, appliquant leur politique

 

Nicolas Sarkozy a été élu majoritairement par les Français surtout pour sa personnalité, trépidante et active, jugée dynamisante, quelle que soit l’idéologie qu’il défendait ou plutôt qui était sous-jacente à son programme de réformes, sur base de slogans simples (« travailler plus pour gagner plus », « chercher la croissance avec les dents ») et quelques thèmes phares (le pouvoir d’achat et la croissance), thèmes qui rassemblent les français à la fois de gauche et de droite. Il n’a pas été élu ni pour démanteler le contrat social et précariser encore plus les classes moyennes et pauvres, ni pour piétiner les valeurs républicaines d’égalité des chances, ni pour « monarchiser » le pouvoir du président de la République et supprimer les contrepouvoirs, ni pour mettre la main directe sur l’audiovisuel public, ni faire des cadeaux fiscaux aux riches (bouclier fiscal), ni pour rallier le commandement armé de l’OTAN (de surcroît sans conditions ...) donnant une caution atlantiste  la politique étrangère et de défense et remettant en question tout espoir de mise en place d’une politique de défense européenne indépendante), ...

Et pourtant, il a mis en place de nombreuses réformes non annoncées dans sa campagne.

De même qu’il n’a pas augmenté le pouvoir d’achat ni la croissance, même juste avant  la crise financière, qui au moins peut servir maintenant d’alibi à cet échec.

Il a aussi récemment fait de nouvelles annonces/réflexions qui reprennent des propositions que François Bayrou avait faites lors de sa campagne présidentielle : la taxe carbone, la retraite à points, la distinction entre un bon et un mauvais déficit (déficit dû à des investissements d’avenir et déficit de fonctionnement couvrant des dépenses courantes),...

Malgré toutes ces contradictions, l’UMP (dont le Nouveau Centre, La Gauche Moderne, et autres affidés), ministres et députés, suivent leur leader (aveuglément ?) et votent les réformes décidées par avance par leur charismatique président et encore officiant comme un chef de parti.

 

Concernant François Bayrou, si on compare ses actes à son projet présidentiel, les élus députés qui l’ont lâché au second tour des présidentielles pour soutenir Nicolas Sarkozy ont prétexté qu’il avait dérivé de sa ligne en disant qu’il « ne voterait pas pour Nicolas Sarkozy », voyant en cela à un virage à gauche, même s’il n’a pas soutenu Ségolène Royal, étant en désaccord avec son programme malgré la convergence des valeurs. Les militants n’ont pas suivi ces élus et ont considéré qu’au contraire, François Bayrou était bien fidèle à la ligne défendue, notamment sur l’incompatibilité des valeurs défendues avec celles de Nicolas Sarkozy. Deux ans après, suite aux élections européennes dont le résultat a déçu fortement les têtes de listes et les militants du MoDem, certains parmi eux ont fait ressortir des défauts de gouvernance du parti, notamment le caractère trop autocratique de François Bayrou, la nécessité d’un management plus collégial. Ils considèrent que François Bayrou se doit d’afficher un comportement exemplaire respectant les valeurs que lui-même a toujours prônées, de représentation démocratique des citoyens comme de la manière de faire de la politique, sur les sujets de fond et non sur des querelles de personnes, une attitude d’opposition systématique (à Nicolas Sarkozy) ou se laissant aller à des invectives personnelles. Bref, ils sont les premiers à le rappeler à l’ordre, comme quoi contrairement à ce que disent de mauvaises langues, le MoDem n’est pas un club de fans et de « béni-oui-oui » ! Simplement, je pense qu’ils n’auraient pas dû le faire en public, sous forme de lettre ouverte sur internet avec en plus une pétition publique, ce qui ajoute de la critique à la critique. Les problèmes internes doivent être réglés en interne, en famille.

 

Conclusion

 

Sur le fond, la forte convergence de valeurs entre le MoDem, le PS et Les Verts, pour un modèle de société alternatif humaniste et durable, est favorable aux alliances entre ces partis. Ce modèle à construire est en opposition avec le modèle néocapitaliste libéral dérégulé dans la mondialisation que défendent Nicolas Sarkozy (donc l’UMP dans son sillage) et José Barroso au niveau de l’Europe. Il y a clairement une idéologie convergente à défendre et c’est cela qui est important, au-delà de la concurrence entre personnalités présidentiables. Surtout suite à la grave crise que nous vivons, qui prouve l’échec de la politique précédente. Mais Nicolas Sarkozy, devant l’échec du capitalisme mondialisé, devant la perversion à laquelle a mené la financiarisation de l’économie, commence à adopter un langage plus social, plus régulateur, plus étatiste, pour rassurer, même si les actes ne vont pas vraiment dans le même sens (il ne revient pas sur le bouclier fiscal, il ne fait rien sur les stock-options et les salaires exorbitants des dirigeants, les mesures contre les paradis fiscaux sont purement cosmétiques,...).

Le débat politique devrait se recentrer sur l’affrontement entre deux modèles de société, d’une part le modèle actuel capitaliste centré sur la maximisation des profits individuels, même s’il est soi-disant « refondé » et mieux régulé, d’autre part sur un modèle alternatif qu’on peut qualifier d’humaniste.

Une entente de convergence sur le modèle de société alternatif peut être matérialisée dans des alliances tout d’abord sur le front européen contre la nomination de Barroso, puis aux régionales, dans des positions communes au Parlement en France comme au niveau européen, puis dans une entente de second tour à la présidentielle.

Il s’agira de maximiser les chances au second tour, quel que soit le candidat arrivant au 1er tour, et d’envisager un gouvernement composé de personnes venues à la fois du MoDem, du PS, des Verts.

10.06.2009

François Bayrou n'est pas "ignoble", il est humain ...

Je vous propose de revenir sur l’actualité de cette semaine passée.

Des sondages erratiques, des électeurs indécis, une ambiance électrique, un seul débat télévisé organisé le jeudi 4 juin 2009, 3 jours avant le vote des Elections européennes, non entre candidats mais entre responsables de partis, qui s’avère une foire d’empoigne inaudible, un combat de coqs lamentable.

Au lieu de parler d’Europe, de centrer le débat sur des thématiques (volontaire ?), l’animatrice Arlette Chabot met volontairement en face à face les concurrents visiblement pour attiser les discussions. Il aurait été intéressant de faire ressortir les convergences et les divergences entre les différents mouvements, pour les auditeurs qui n’auraient pas eu le temps de comparer les programmes, publiés très tardivement du reste par certains des partis en présence.

On aurait pu constater notamment la forte convergence du programme écologique entre le Mouvement Démocrate et les Verts, celle des valeurs humanistes et sociales entre le Mouvement Démocrate et le PS, la reprise en dernière minute dans le programme UMP de points proposés par le Mouvement Démocrate et en partie même le PS (Emprunt européen, convergence à cibler sur la protection sociale, taxe carbone).

 

Deux points ont été retenus de ce débat :

-         François Bayrou a perdu ses nerfs, harcelé par Daniel Cohn-Bendit : il a fini par craquer en répliquant à une violente attaque de Daniel Cohn-Bendit qui après avoir répété dans ses meetings que François Bayrou avait été "touché par la Vierge", se moquant de sa foi catholique, le traita en séance de "minable", inacapable de devenir président de la République" et l’accusait de propos « ignobles » (faisant pourtant simplement allusion à une connivence entre Dany Cohn-Bendit et Nicolas Sarkozy). François Bayrou lui rétorque qu’en matière d’ignominie, il est mal placé pour les propos qu’il a écrits (NDLR : en 1975 dans un livre « Le Grand Bazar, éditions Belfond) concernant des actes sur des enfants et leur justification (seuls les initiés peuvent comprendre qu’il s’agit de propos complaisants à l’égard de la pédophilie, d’éveil des enfants aux activités sexuelles) .

-         Jean-Luc Mélenchon répliquant à Arlette Chabot « Allez au diable ! ».

 

Les grands partis (Xavier Bertrand et Martine Aubry) concluent à l’issue du débat qu’ils sont écoeurés de la réplique de François Bayrou et la presse reprend leurs critiques, faisant de François Bayrou l’injurieux, oubliant les attaques violentes et provocantes de Daniel Cohn-Bendit, et ne s’intéressant même pas au fond de la critique émise par François Bayrou, qui porte sur un sujet grave de société touchant à l’enfance. Il semble pour la presse et les médias que ces sujets sensibles soient trop tabous pour être abordés et que leur évocation ne puisse avoir qu’un motif de récupération politicienne. On préfèrera parler longuement du crash de l’Airbus au large du Brésil et des bébés congelés, affaires probablement plus anecdotiques et plus originales que les souffrances subies par de nombreux enfants du fait d’actes de pédophiles de plus en plus assumés grâce à des théories qui justifient leurs actes ou à tout le moins les présentent avec une certaine complaisance.

 

Certes, François Bayrou a commis certaines erreurs et s’est laissé emporté par l’émotion. Je m’en sens en partie responsable, l’ayant informé une semaine avant le débat du contenu du livre « Le grand Bazar » écrit par Daniel Cohn-Bendit sans pourtant couloir utiliser cette information à l'encontre de ce dernier, ce qui aurait été forcément mal reçu. Ses principales erreurs furent visiblement de ne pas opposer une bonne communication face à l’endoctrinement médiatique dont il a été l’objet par ses adversaires et relayé par la presse, soit aux ordres, soit panurgique et passive :

-         «  Le Modem n’a pas de programme »,

-         « François Bayrou n’est que dans l’anti-Sarkozysme primaire »,

-         « Le MoDem, en la personne de François Bayrou se trompe de campagne et ne parle pas d’Europe, focalisé déjà sur les Présidentielles de 2012.

 

Or, le Mouvement Démocrate a travaillé très sérieusement sur le programme depuis septembre 2008 et a mené campagne bien avant les autres, ses candidats, ses cadres et son président François Bayrou enchaînant meetings, cafés démocrates, rencontres citoyennes, etc. sur les sujets européens.

Mais ce n’est visiblement pas ce qui a été retenu.

 

Le livre de François Bayrou « Abus de pouvoirs », traitant de la gouvernance politique française, a aussi surtout parlé du projet, du modèle de société, de la proposition d’une alternative humaniste comparée au modèle qui nous a été imposé dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes, bénéficiant à une caste privilégiée, et que le pouvoir actuel en France cherche à développer. Ce qui n’est pas ciblé sur la personne de Nicolas Sarkozy mais sur sa manière d’exercer le pouvoir et de développer insidieusement une idéologie dominante. Ceci en France comme en Europe et au niveau mondial. Mais le succès de ce livre s’est retourné contre son auteur, qualifié par ses détracteurs de « hors-sujet » au moment de la campagne européenne.

 

Le réchauffement climatique et son urgence écologique, la crise économique, le problème d’insertion et de chômage des jeunes, la crise démographique, le problème de développement de l’Afrique, … tous les sujets ont été traités, sur le papier et sur le terrain … mais pas dans les médias.

 

Principales conclusions :

 

1-     Le Mouvement Démocrate souffre d’un problème de communication et d’espace médiatique pour pouvoir s’exprimer,

2-     Le charisme et la place prépondérante de son leader François Bayrou rendent le parti plus sensible aux éventuelles faiblesses de ce dernier ; il faut plus valoriser et mettre plus en avant sur la scène médiatique les cadres du Mouvement,

3-     Il faut être « batailleur », prêt au combat politique, en résistance, ne pas accepter la mise en cause systématique  alors même que ceux qui attaquent et harcèlent ne sont même pas inquiétés, mais ne pas verser cependant dans la victimisation et la paranoïa.

4-     Revenons sur les sujets de fonds : sur le thème de l’écologie, il y a clairement une convergence avec les idées des Verts, de Europe Ecologie, justifiant un rapprochement, une alliance, une entente et une attente des Français et des Européens. Il faut transcender les querelles d’hommes pour favoriser le rapprochement afin de vraiment défendre ces valeurs communes et leur priorisation dans les lois et la politique européennes.

 

Ceci, François Bayrou, Marielle de Sarnez et les cadres et élus du Mouvement Démocrate l'ont compris. François Bayrou admet dignement ses erreurs, qui sont plutôt des erreurs de « forme ». Sur le fond, il garde sa ligne et son intransigeance, la priorité aux valeurs humaines. Et surtout, il nous a montré qu’au fond il était humain, capable de colère tout en restant « correct » dans son expression, et surtout que sa priorité est la défense de valeurs, en particulier à ce qui touche à l’enfance. Peu de gens ont perçu l’importance du message, son sous-entendu. Ils le découvriront plus tard …

03.05.2009

François Bayrou dénonce les "abus de pouvoir"

Ce livre, c’est de la dynamite. C’est aussi un éclair, un éclair de lucidité et un acte de résistance.Bien au delà d’un pamphlet antisarkozyste à visée électorale comme certains se plaisent à le dire, c’est un livre de fond. Il n’est pas que dans la dénonciation mais également dans la proposition.

Comme le dit son titre évocateur, François Bayrou dénonce les multiples "abus de pouvoir" mettant bas les piliers de la démocratie, mais pas seulement celà. Il s’attaque aussi au démantèlement progressif, volontaire, recherché, des fondements de notre république, de l’égalité des chances, des services publics, du contrat social. La rupture annoncée de Nicolas Sarkozy, c’est bien celle-là. François Bayrou s’attaque comme jamais auparavant aux puissances financières qui dominent la planète dans la mondialisation, incarnées par une oligarchie qui s’apparente à la nouvelle aristocratie d’aujourd’hui. Ce livre ouvre également nos yeux sur le point charnière d’évolution de civilisation impliquant les peuples dans le choix qu’ils devront faire entre la passivité, le consentement d’un modèle injuste et destructeur, et la résistance à ce modèle, pour repartir sur d’autres bases humanistes, justes, démocrates, durables. Tout ceci est très profond et loin d’une simple "posture électorale" et les lecteurs en conviendront, citoyens, journalistes, intellectuels, quel que soit leur engagement politique. La plume est enlevée, acerbe, affûtée, trempée dans l’encre de la démocratie. Son auteur a du panache et de la stature. A lire Absolument !

26.10.2008

Bayrou plutôt que Sarkozy, ou l’humanisme plutôt que le capitalisme

Conference nationale 261008 001.jpgAujourd’hui 26 octobre 2008  s’est tenue la Conférence nationale du Mouvement Démocrate à la Mutualité, rassemblant environ 2000 représentants des adhérents. L’objet de cette instance étant la validation par les adhérents de la stratégie et de l’organisation du MoDem, notamment le règlement intérieur qui était encore provisoire depuis son approbation au Congrès de Villepinte des 1er et 2 décembre 2007, marquant la création du Mouvement. Cette rencontre a été surtout l’occasion de démontrer la ligne politique du Mouvement Démocrate, véritablement axée sur la construction d’un projet de société alternatif humaniste et de rappeler la clairvoyance de François Bayrou sur les dérives profondes du système capitaliste qu’il avait dénoncées pendant sa campagne présidentielle.

 

Cette conférence a centré son ordre du jour sur la crise financière, la compréhension de ses causes, l’évaluation de ses impacts redoutés, en invitant des personnalités émérites à s’exprimer :

-         Michel Camdessus : ancien directeur du Trésor, gouverneur de la Banque de France et Directeur Général du FMI, chargé d’une mission internationale sur le problème de l’eau dans le monde, récemment chargé de l’organisme qui vient d’être mis en place pour favoriser le crédit à l’économie,

-         Robert Rochefort, directeur du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.

-         Nicole Maestracci, magistrate, présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS),

 

Au-delà de la compréhension des causes et des conséquences de cette crise financière et maintenant économique, cette rencontre a permis de réfléchir sur les leçons à en tirer quant au modèle que nous souhaitons pour notre société. Car cette crise marque bien la ruine et l’échec du capitalisme (ce qui ne signifie pas celui du libéralisme), comme en 1989 la chute du mur de Berlin a marqué la chute du socialisme. Or le Mouvement Démocrate a été justement créé pour cela, pour proposer un nouveau modèle de société qui n’est ni le capitalisme, ni le socialisme, mais l’humanisme.

 

François Bayrou était sans doute en avance sur son temps en 2007, ou n’a pas été suffisamment entendu. Alors que Nicolas Sarkozy fondait sa campagne sur le pouvoir d’achat des Français, qu’il souhaitait même booster en favorisant l’endettement des ménages par un recours plus fréquent au crédit, notamment les hypothèques rechargeables basée sur la valeur des biens immobiliers (rappelant curieusement les subprimes), alors qu’il prônait le capitalisme et la mondialisation, surtout celui du CAC40, le bonheur par la consommation, l’argent comme valeur centrale (et le vedettariat), une société basée sur les valeurs de l’avoir et du paraître, François Bayrou lui prônait une société humaniste, c'est-à-dire mettant l’homme au centre plutôt que l’argent, une société de justice face à notre monde d’inégalités croissantes, donnait priorité à l’éducation, à la création et à l’innovation, une croissance par un soutien aux PME, qui représentent  80% des emplois en entreprise en France, une croissance qui soit durable.

 

François Bayrou avait annoncé toutes les dérives de ce capitalisme dans sa campagne présidentielle. Tout montre à présent qu’il avait raison.

 

Alors que Nicolas Sarkozy cherche à « refonder le capitalisme », continuant à nous vanter le modèle où c’est le capital qui domine le monde, où la croissance est génératrice d’inégalités croissantes, où c’est le profit individuel qui donne le sens, même si l’on met plus de contraintes, de morale, de régulation et de contrôle sur ce système, ce que nous propose François Bayrou avec l’humanisme, c’est une autre manière de voir le monde, c’est la priorité aux valeurs humaines et spirituelles plutôt que matérielles, c’est une redécouverte du sens donné à la vie, pour le bonheur des êtres humains. C’est très profond, c’est le seul modèle qui soit durable et universel. Il ne s’agit pas d’utopie, de paroles idéalistes relevant d’un rêve où ce modèle ne serait pas réalisable. Il s’agit de construire réellement cette société en revoyant les priorités, par exemple concrètement en ne favorisant pas le travail du dimanche pour protéger la vie de famille, en assurant des programmes scolaires assurant une continuité et une sédimentation des savoirs plutôt qu’un lycée à la carte générant une éducation de « zapping », en soutenant les créateurs d’entreprises et les PME plutôt que les actionnaires et les dirigeants du CAC40, en n’abandonnant pas les campagnes dans l’aménagement du territoire (la privatisation de La Poste risque à nouveau de donner lieu à des fermetures de bureaux de poste), …

 

Et pour conduire ce projet alternatif dans la mondialisation, il nous faut un support : ce support c’est l’Europe :

 

-         une Europe où l’identité européenne n’est pas contradictoire avec les identités nationales, l’Europe étant à la Nation ce que la famille est à l’individu,

-         une Europe pour défendre des projets communs qui ne sont réalisables qu’ensemble : le défi écologique, celui de l’énergie, de la régulation européenne et internationale des banques et des marchés, de l’aide aux pays pauvres,…

 

Enfin, il faut aussi faire preuve de pédagogie et non de démagogie auprès des citoyens, tant sur l’explication des causes de la crise que sur les solutions proposées (les milliards du plan de soutien). Les Français se posent deux questions :

-         où le gouvernement trouve-t-il tous ces milliards ?

-         comment se fait-il que pour les banques, on trouve ces milliards et pas pour nous, pour l’éducation, pour valoriser les petites retraites, pour la santé, pour l’emploi ?

 

La pédagogie de la crise n’a pas été faite, et de la crise financière en crise économique, la colère risque de monter et la crise peut devenir une crise sociale.

 

Enfin, alors qu’on pouvait se demander si cette crise allait brouiller les lignes politiques, Nicolas Sarkozy se montrant « socialiste » en prônant un étatisme à tout va pour intervenir dans la finance et l’économie, reprenant à présent à son compte des arguments autrefois soutenus par François Bayrou et même les socialistes (lutte contre les paradis fiscaux, régulation internationale, abus des rémunérations des dirigeants, …), François Bayrou a bien marqué sa ligne, en profondeur, celle d’un projet de société humaniste, celle d’un tournant de civilisation.

18.10.2008

Philosophie de la crise financière ... et question sur notre civilisation

Manhattan_under_clouds.jpgAprès l’effondrement du système communiste dans les années 90, nous venons de constater la ruine et l’échec du modèle néocapitaliste anglo-saxon libéral, fondé sur la recherche du profit individuel et sur la loi du marché (et la loi du plus fort, quitte à laisser les faibles sur le carreau) supposée équilibrante et autorégulatrice, créatrice de richesses pour le bien-être de tous.

La question essentielle qui se pose à nous est la suivante : allons-nous colmater les brèches de ce système et continuer à faire tourner le même moteur en le bridant, devons-nous "refonder le capitalisme", ou bien existe-t-il un modèle alternatif ?

 

 

Les leçons de la crise sur le modèle néocapitaliste

 

Le système capitaliste crée de la richesse, mais il accroît en même temps les inégalités, que ce soit au sein des nations ou entre les nations (Nord/sud). Ce système n’est pas juste et il n’est pas durable.

 

De plus il est basé sur l’illusion. Illusion d’un marché parfait dans la transparence de l’information et la parfaite concurrence, l’équilibre des prix entre l’offre et la demande. Or le marché n’est pas parfait comme l’a démontré Joseph Stiglitz : l’accès à l’information n’est pas le même pour tous, certains étant privilégiés, la concurrence est faussée (effet des concentrations et des lobbyings), le prix de marché à un instant t reflète un prix marginal entre une offre et une demande marginale, le prix que les quelques acteurs en excédent de demande seront prêts à payer (le prix s’appliquant alors à tous), d’où les hausses fulgurantes vues cet été sur le pétrole et les matières premières ; de plus le prix de marché est plus basé sur la spéculation de la valeur future que sur la valeur réelle. Ce prix « marginal » s’appliquant à tout le stock, notamment pour la valorisation d’actifs dans les portefeuilles, dans les bilans (« fair value », « mark-to-market »), il donne l’illusion d’une valeur des biens, des entreprises, des banques, par la valeur de marché, qui en fait n’est pas forcément une valeur réelle représentative des biens.

 

Il y avait déjà eu des avertissements : crise asiatique des années 90, bulle Internet en 2001, … Cette fois les crédits immobiliers américains dits subprime. L’implosion aurait pu venir d’une autre cause, d’un autre déséquilibre. Le résultat est là. La bourse a chuté d’environ 50% depuis le 1er janvier 2008. Ce n’est pas une « destruction de valeur » réelle des actifs de l’économie (la capacité des entreprises à produire n’a pas été modifiée), mais c’est tout comme car c’est la prise de conscience que la valeur de patrimoine de l’économie est deux fois moindre que ce que l’on croyait. Sans doute cette chute est-elle d’ailleurs bien trop forte comparée à une valeur « réelle », car l’effet violent du marché est toujours exagéré et en l’occurrence on surestime sans doute trop les risques tant que la confiance est à ce point entamée.

 

Illusion, bulle, ... puis désillusion, éclatement de la bulle. Perte potentielle pour les épargnants, les retraites capitalisées, les assurances vies (comparée à ce qu’ils croyaient détenir). Perte brutale pour les banques dans leurs comptes à cause du fameux « mark-to-market », les obligeant à aligner plus de fonds propres pour couvrir ces pertes et faire face au reste de leurs engagements, eux-mêmes devenus plus risqués dans un contexte de récession économique. Pertes induites pour l’Etat et in fine le contribuable (émission de dette d’Etat même si elle est temporaire en attendant des jours meilleurs, afin de renflouer les banques, augmentant ensuite la charge financière de la dette). Pertes induites pour tous lorsque la crise financière devient crise économique (baisse de pouvoir d’achat, chômage) puis crise sociale.

 

La question de projet de société, voire de civilisation

 

La question est donc finalement la suivante :

-          va-t-on se contenter d’éteindre l’incendie, de colmater les brèches par le plan de soutien aux banques et la mise en place de verrous supplémentaires, d’une régulation renforcée, d’encadrement des abus d’appropriation des profits (parachutes dorés, rémunération des grands patrons et des traders), d’ajustement de normes comptables bancaires, puis continuer à faire tourner cette machine infernale basée sur le même moteur de recherche effrénée du profit individuel ? Est-ce cela « refonder le capitalisme » comme le propose notre président de la république Nicolas Sarkozy ? Apparemment les vœux pieux et contraintes souhaitées de développement durable et de solidarité aux pays les moins avancés n’arrivent pas à s’imposer et devront peut-être s’imposer par d’autres électrochocs ...

-          ou bien réfléchit-on vraiment en profondeur à un autre modèle ? Si le modèle économique actuel ne fonctionne pas, il nous faut réinventer un projet de société et je dirais même plus un projet de civilisation.

 

C’est la question essentielle, existentielle, de notre civilisation.

 

La civilisation actuelle connaît les premiers signes de sa mortalité, notamment au travers du défi écologique. Mais bien au delà de cette mortalité physique, elle souffre également de signes de mortalité morale et spirituelle, de perte d’humanité. Je disais aussi, reprenant François Bayrou, qui à mon avis est l’homme politique en France et même en Europe qui a le mieux analysé notre monde, compris la société actuelle et pressenti tout ce qui allait se passer :

 

Le modèle de civilisation dominant est celui du néocapitalisme basé essentiellement sur des valeurs matérialistes, la recherche du profit, la valeur de l’argent, et le règne de l’image, du paraître, au détriment des valeurs humaines et spirituelles. Dans ce modèle règne la loi du plus fort. Ce modèle fertilise son pouvoir sur le terrain de la mondialisation. Il génère des inégalités croissantes dans le monde et dans chacune des sociétés qui le composent. Il ne sait pas venir à bout de la pauvreté dans le monde ni du désastre écologique qui menace la planète, car les intérêts matériels et particuliers à court terme l’emportent toujours sur l’intérêt général à long terme. Il ne paraît pas non plus rendre les gens plus heureux, contribuer à augmenter le niveau de bonheur des populations, sinon par une éphémère impression de bonheur représentée par l’argent, un pouvoir d’achat. La domination du monde par ce modèle induit implicitement cette civilisation à sa propre destruction.

Les partisans de ce modèle, au travers de partis politiques, ne clament pas bien sûr qu’ils recherchent les inégalités croissantes et la loi du plus fort, qui en fait sont implicites des valeurs matérialistes qu’ils érigent comme prioritaires. Ils aiment se proclamer tenants de la Démocratie et de la République, bien qu’ils n’en respectent pas des principes fondamentaux, galvaudant ces nobles termes pour épicer leurs discours ou les rendre convenables. Leur stratégie politique est basée sur la séduction, le pouvoir des médias, la soumission aux sondages, une forme de populisme, la conservation du pouvoir par les puissants tout en entretenant une volontaire léthargie, passivité des masses, en les divertissant par les jeux, les programmes télévisés, en les faisant rêver par l’entretien d’événements people, le star system, l’espérance de gains où chacun a sa chance (loterie et loto), … et l’illusion que le salut est dans l’action effrénée, quel que soit son aboutissement, du moment que « ça bouge ». C’est la société du « zapping » perpétuel.

 

Un autre modèle de civilisation a tenté de s’imposer au XXème siècle avec l’échec que l’on connaît matérialisé par la chute du mur de Berlin en 1989 et la période de la Perestroïka en URSS : le modèle socialiste communiste, très dirigiste, prônant l’appropriation des terres et bien de production par l’Etat, avec une centralisation extrême du pouvoir et de la redistribution des revenus. Ce modèle aboutit à un appauvrissement de la population, une déresponsabilisation des citoyens, à la prise de pouvoir par une oligarchie représentant l’Etat et s’octroyant des privilèges, à la dictature.

 

Il y a donc bien à présent deux modèles de civilisation qui s’affrontent aujourd’hui sur notre planète, dont la concurrence alimentera le combat politique des prochaines décennies, pas seulement en France mais également chez nos voisins européens comme aux Etats-Unis et même dans le reste du monde, remplaçant le traditionnel clivage « Gauche-droite » en France, aujourd’hui dépassé :


-d’un côté le modèle néocapitaliste basé sur des valeurs matérialistes, la loi du plus fort, qui génère des inégalités croissantes,
-de l’autre le modèle démocrate et humaniste, priorisant les valeurs humaines et spirituelles, visant une justice croissante et un développement humain. Sans cependant nier la réalité économique et le contexte de la mondialisation.

 

 

Quel moteur pour un modèle alternatif humaniste ?

 

On connait le moteur du modèle néocapitaliste : c’est celui de la recherche et de l’accumulation du profit individuel même s’il s’exerce au détriment de l’intérêt général, celui de la loi du plus fort.

 

En son temps, Aristote nous avait averti sur les dangers de l’Hybris et de la chrématistique.

Je reprends les définitions :

L’hybris (aussi écrit ubris, du grec ancien
ϐρις
/ húbris) est une notion grecque que l'on peut traduire par « démesure ». C'est un sentiment violent inspiré par les passions et plus particulièrement, par l’orgueil. Les Grecs lui opposaient la tempérance ou modération (sophrosune).

La chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) est une notion créée par Aristote pour décrire l'état d'esprit de celui qui accumule le capital pour son plaisir. Aristote condamne cette attitude.

Selon Aristote, l'accumulation de la monnaie pour la monnaie (la "chrématistique" dite "commerciale") est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s'y livrent : suivant l’exemple de Platon, il condamne ainsi le goût du profit et l'accumulation de richesses. Le commerce substitue l’argent aux biens ; l’usure crée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien : tous sont condamnables d'un point de vue philosophique.

Bien qu'Aristote traite la chrématistique comme un ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses pour permettre un accroissement du pouvoir politique, il l’a toujours condamnée en tant que telle et donné une place beaucoup plus importante à l’économie. Sa théorie fut reprise par plusieurs religions et idéologies :

-          L’Eglise catholique tout au long du Moyen-Âge reprend la critique aristotélicienne contre cette conduite économique et la déclare contraire à la religion. De nombreux auteurs estiment que la mise en œuvre de cette doctrine fut un obstacle au développement économique.

-          L’Islam également. La charia interdit les intérêts (appelé aussi usure) et interdit d’investir dans tout ce qui est illégal, tels que les casinos, le porc, l’alcool, la pornographie… Il est également interdit de prendre des risques financiers, car ils sont considérés comme une forme de hasard.

-          Karl Marx dans des pages du Capital reprend l'analyse des conséquences sur les personnes de ce qu'il nomme auris sacra fames (maudite soif de l’or) du nom latin donné à cette passion dévorante de l'argent pour l'argent.

 

Le vice serait-il donc dans l’objectif, la motivation profonde qui sert de moteur à ce modèle capitaliste, la recherche individuelle du profit pour le profit ?

 

Les mathématiques nous aident à penser, à traduire et à modéliser le monde. Si on se réfère par analogie à la logique de la programmation linéaire en recherche opérationnelle, modélisant un système qui maximise une variable sous contrainte d'autres variables (méthode du simplex, pour les explications techniques je vous conseille le cours de Bruno Bachelet sur nawouak.net) :

 

-          Le néocapitalisme d'aujourd'hui cherche à maximiser le profit individuel sous contraintes du respect de la propriété d'autrui, d'intérêt général etc.,

-           Le nouveau "capitalisme régulé" est toujours basé sur une maximisation du profit individuel, on y ajoute des contraintes supplémentaires.


Il s'agit donc de réfléchir à un modèle alternatif en renversant cette programmation linéaire, à un modèle qui maximise l'intérêt général, la justice, le bonheur humain, sous contrainte d'un minimum d'aisance matérielle, de santé et de liberté individuelle.

Mais il faut être réaliste, que le modèle fonctionne naturellement, il lui faut un moteur et un carburant. 

Le moteur, la motivation de base, du modèle capitaliste est la recherche du profit individuel et le carburant est l'argent. 

Le moteur du modèle humaniste est en revanche la motivation de chacun à faire le bonheur des autres, basé sur des valeurs humaines et spirituelles plutôt que matérielles, et son carburant est l'amour.

 

C’est facile à dire, moins à réaliser ! Il ne peut se décréter simplement au nom des valeurs morales. Il nécessite de passer par une prise de conscience des citoyens et une compassion naturelle pour l'autre, retrouver un sentiment de fraternité qui prime sur l'égoïsme. C'est très profond. Pour que l'ensemble des citoyens se comportent chacun en privilégiant ces valeurs et votent pour des gouvernants, pour un modèle de société, qui fonctionnera selon la primauté de ces valeurs.

 

En attendant, il va falloir composer avec un modèle capitaliste toujours basé sur le profit individuel mais mieux encadré et régulé, et sous contraintes coercitives de respect de la durabilité (de l'environnement notamment), d'une plus grande justice sociale Nord/Sud et entre classes de populations, de principes moraux interdisant au niveau international des excès (rémunérations abusives) et des évictions à la loi (paradis fiscaux).

 

Il va falloir contenir l’Hybris en attendant que s’instaure une sophrosune naturelle !


A méditer ...

 

 

31.08.2008

Sarkozy, l'erreur historique

Jean Peyrelevade vient de publier chez Plon un livre au titre provocateur : « Sarkozy, l’erreur historique ». Je vous  recommande vivement de lire ce livre à trois titres :

1-     pour sa vertu pédagogique (un vrai cours de macroéconomie pour les nuls !),

2-     pour la synthèse des chiffres de l’économie française comparée à l’Europe, dont l’Allemagne, nous aidant à comprendre la réalité et l’évolution depuis 10 ans (je suis d’ailleurs fière d’avoir contribué à la collecte de ces données), ainsi qu’une rétrospective même depuis le premier choc pétrolier des années soixante-dix,

3-     pour une analyse claire et limpide, qui apparaît comme une évidence et qui pourtant apporte un nouvel éclairage à la politique économique de la France, certes critique à l’égard du gouvernement actuel (et de ses prédécesseurs), mais aussi constructive car conclut par des propositions réalistes. C’est un langage de vérité, que les Français devraient apprécier, commençant à réaliser les mensonges, la langue de bois, les fausses promesses dont ils sont l’objet électoral.

 

Sarkozy erreur historique.jpgQue nous révèle ce livre en substance ?

 

Que les problèmes de ralentissement économique de la France proviennent essentiellement de deux maladies :

 

-         la détérioration forte des marges des entreprises françaises (les PME), comparées à nos voisins européens et même mondiaux, handicapant nos entreprises en matière de capacité d’autofinancement, donc d’investissement notamment en recherche et développement, expliquant leur problème de compétitivité concurrentiel à la fois en termes de prix de vente et de niveau de l’offre, en particulier dans l’industrie (80% de nos exportations), d’où une réduction progressive des exportations et une augmentation des importations, donc un déficit commercial qui équivaut aussi pratiquement au déficit public,

 

-         un déficit public important et endémique de presque 3% du PIB (limite autorisée des critères de Maastricht) coûtant donc 3 points de croissance !), alimentant une dette publique gigantesque de 1200 milliards d’Euros (arrivant à 64% du  PIB annuel de la France, presque égale aussi à la limite du critère autorisé de Maastricht sur la dette). Non seulement ce déficit est insupportable et révèle un Etat qui vit au dessus de ses moyens et finance les besoins d’aujourd’hui par l’impôt de demain supporté par les générations futures, mais il est la source même du problème de réduction des marges des entreprises et de notre problème de croissance.

 

Des propositions

 

Il faut donc commencer par réduire le déficit public et soutenir les PME, en allégeant leurs prélèvements fiscaux et leurs charges sociales comme le disait François Bayrou dans son programme présidentiel (les 2 emplois sans charge pour les PME, le Small Business Act,…), afin qu’elles puissent reconstituer leurs marges et investir pour l’avenir et pour retrouver leur compétitivité.

Or les réformes engagées par Nicolas Sarkozy n’attaquent pas ce problème de fond, ni celui du déficit (qu’il dit vouloir combattre mais s’engageant à une réduction de 1 milliard par an pendant les 5 ans de mandature, autrement dit rien) ; elles sont « cosmétiques », populistes car démagogiques et inefficaces :

-         La relance par la demande prétextée par Nicolas Sarkozy est un leurre surtout dans un contexte  d’offre insuffisante (excédent d’importations et la demande excédentaire aurait pour effet d’augmenter encore de 40% les importations) et elle entretient de surcroît une illusion auprès des citoyens, payante électoralement que la relance est compatible avec une hausse de pouvoir d’achat. Cette politique enfonce de plus en plus nos espoirs de croissance futurs. Seule une politique de l’offre serait aujourd’hui efficace (envers les entreprises et la production).

-         Les économies attendues de certaines réformes (non remplacement des départ en retraite des fonctionnaires, simplifications administratives, fusions d’administration) ne sont pas à l’échelle nécessaire et ne pourront se faire que dans la durée (il sera alors trop tard !). Alors qu’il faudrait de la rigueur et avoir le courage d’augmenter l’impôt des ménages (et non des entreprises), mais néanmoins sans l’augmenter sur les couches sociales défavorisées et même les classes moyennes. On pourrait même supprimer carrément l’impôt sur les sociétés (qui est aujourd’hui de 1/3), ce qui permettrait aux entreprises à la fois d’augmenter l’investissement et les dividendes versés aux actionnaires (sur lesquels l’Etat pourrait appliquer un taux de prélèvement plus important pour récupérer d’un côté l’impôt abandonné de l’autre).

 

Jean Peyrelevade à Bercy 2007.jpgJean Peyrelevade nous explique aussi son désaccord avec une imposition de type TVA sociale (qui est tout sauf sociale !), rappelant aussi que la TVA est une « Taxe sur la Valeur Ajouté » dont on oublie trop souvent le dernier terme (taxe grevant aussi la valeur ajoutée des entreprises) en l’assimilant à une taxe sur la consommation (grevant le consommateur), alors qu’il faut tenir compte des effets induits de prix. Cette TVA « sociale » permettraient selon certains de bénéficier d’un effet équivalent à une dévaluation monétaire au sein de la zone euro en avantageant les exportations et en renchérissant les importations (que la France ne peut faire sur l’euro), mais qui sans rigueur pourrait être annihilée par d’autres effets.

 

Dès sa parution, le livre a  dû piquer au vif et a donc reçu des critiques acerbes, notamment dans Les Echos (surtout celui-ci et celui-là de Jean-Hervé Lorenzi ou encore celui de Eric Chaney) et dans Le Figaro (Nicolas Baverez qui a conseillé Nicolas Sarkozy et se sent donc personnellement visé par la critique), essayant de parer aux attaques, prétextant que les critiques sont plutôt « personnelles » à l’égard de Nicolas Sarkozy que sur le fond (ce qui est complètement faux, au contraire), que Jean Peyrelevade ne propose rien ou de manière évasive (encore faux !), à croire que ses détracteurs sont de mauvaise foi ou n’ont pas lu le livre. De plus ils disent absolument n’importe quoi, le renvoyant aux nationalisations engagées par François Mitterrand en 1981 (alors qu’il s’est exprimé en opposition à ces nationalisations), aux déboires du Crédit Lyonnais et de l’affaire Tapie (alors qu’il est arrivé un an après pour redresser la Banque), à l’affaire Exécutive Life (également datant d’avant son arrivée, lui-même ayant été mis en examen par le gouvernement de Californie à titre de « faux témoignage », et reconnu innocent). Mais on sait tous aussi que Les Echos appartiennent à Bernard Arnaud et Le Figaro à Serge Dassault …

Le Monde de son côté respecte une totale neutralité en en donnant des extraits.

 

Certes le titre est provocateur, et Jean Peyrelevade s’en excuse dès l’introduction. Il aurait pu s’intituler « Sarkozy, un tournant historique ? » ou bien « l’Empire Sarkozy empire la France » ou « Sarkozy : des fausses réformes » … Peu importe, c’est le contenu du livre qui est intéressant, un message de vérité.

 

Jean Peyrelevade est un homme courageux, intelligent, exemplaire et hors du commun. Ce n’est ni l’argent qui l’intéresse (il était un des patrons du CAC40 le moins payé, volontairement eu égard aux salaires indécents de ses confrères) ni les honneurs et les paillettes. Il défend des idées et il a à cœur de redresser la France. Je peux témoigner personnellement de ses valeurs personnelles, de son charisme et de sa droiture. Lorsqu’il a redressé le Crédit Lyonnais, j’y travaillais et j’ai eu l’occasion de le rencontrer déjà à l’époque, m’étant occupée du plan de secours de l’incendie du Siège et du passage à l’Euro des Marchés de Capitaux. Ce qu’il a fait est exemplaire. Tous les salariés ont fait un sacrifice, de salaire et d’efforts redoublés pour que la Banque s’en sorte (l’activité bancaire, elle, était saine bien, malgré les investissements malheureux des filiales Altus et SDBO, mais a dû en subir cruellement les conséquences notamment sur son personnel) et ils étaient fiers de ce redressement et de leur président, que leurs efforts portent leurs fruits.

 

Certains reprochent aussi à Jean Peyrelevade de ne pas tenir compte des risques de récession (politique de rigueur plus difficile dans un tel cas) et de la récente crise financière et énergétique, dont il parle peu, se concentrant sur son sujet. Mais c’est parce que volontairement il n’a pas voulu mélanger tous les problèmes. Parlons déjà de la situation actuelle. Si elle s’aggrave avec d’autres crises, d’autres « infections » dans notre économie, il faut quand même déjà soigner nos deux maladies principales.

 

Jean Peyrelevade apporte aux Français un message de vérité. Mais cette vérité dérange car elle appelle des sacrifices et elle met en exergue « l’erreur historique » de Nicolas Sarkozy.

 

Article publié sur Mediapart, France Démocrate, AgoraVox, le blog Marianne Republique

Toutes les notes