20/04/2012

L’ultime avertissement de François Bayrou avant le 22 avril

La campagne présidentielle s’achève avec cette impression amère, confirmée par la presse internationale sidérée, qu’elle n’a pas traité les sujets essentiels : la crise de la dette et le chômage, suivi par le niveau de plus en plus dégradé de notre éducation. Elle a aussi quasiment éludé l’écologie et la santé publique. Seul le candidat François Bayrou a cherché à tenir un langage de vérité sur la gravité de la situation économique de la France et a fait des propositions fortes pour le « produire en France » et sur « l’instruire ». Eva Joly a parlé d’écologie et de santé publique, mais sans que ces sujets importants mobilisent car devenus non prioritaires, au point qu’elle ne parle plus d’écologie dans son clip officiel de campagne.

Cette campagne a continué de fonctionner sur un ancien référentiel, le clivage traditionnel « gauche-droite », alors qu’il y a plus de division et même une vision différente de modèle, au sein de la droite et au sein de la gauche qu’entre la partie gauche et la partie droite plus centrales, c'est-à-dire en désaccord avec son extrême. Les candidats des extrêmes, d’extrême gauche comme d’extrême droite, veulent "casser le système", casser l'euro ou l'Europe, sortir du capitalisme et de la mondialisation en prônant le protectionnisme, tout en désignant les boucs émissaires. Comme dit François Bayrou : « Sarkozy est le candidat de la division et Hollande le candidat de l’illusion, et les extrêmes sont soit dans "l'extrême division" soit dans "l'extrême illusion". Mais « Les partis se tiennent par leur noyau dur » !

Sur leur vision du modèle de société, Sarkozy, Hollande et Bayrou sont au moins d’accord sur des objectifs communs même s’ils dénotent des priorités différentes et certaines nuances : préserver l’Europe et l’Euro, sauvegarder notre modèle social, assainir les finances publiques en réduisant le déficit, réindustrialiser la France, mieux réguler la finance, intégrer la dimension écologique même si le thème reste en retrait, sans casser le système. La candidate écologiste Eva Joly est aussi dans la continuation de ce modèle même s’il donne plus de priorité à certains thèmes (écologie et lutte contre la corruption). Alors que Sarkozy prétend "protéger" tout en divisant les Français, Hollande prône l'égalité par la "redistribution" mais en faisant des promesses intenables et en s'adressant à "la gauche", c'est François Bayrou qui à mon avis a la meilleure analyse, tenant un langage de vérité avec une approche lucide et pragmatique et visant vraiment à "créer" de l'activité, des vrais emplois, pour sauver à la fois notre modèle social et nos emplois, en assurant plus de solidarité, en rassemblant et en s'adressant à tous les Français. Je pense également que son idée de rassemblement central autour de cette vision commune, des priorités visant à sortir la France de la crise en prenant les problèmes à la racine et en responsabilisant les citoyens, est la bonne, même si elle est mal comprise dans le contexte de bipolarité politique gauche-droite. Et qui d’autre que lui, François Bayrou, pourrait conduire ce rassemblement central ?

Avant de voter, écoutons l’analyse de François Bayrou et son ultime avertissement :

La France est dans une situation économique désastreuse, beaucoup plus grave que Sarkozy et Hollande le disent. Niveau insupportable de la dette publique et du déficit commercial extérieur, désindustrialisation galopante. Et ceci est dû aux politiques publiques des gouvernements de gauche comme de droite qui ont laissé filer ces déficits et qui n'ont pas su avoir de stratégie industrielle, qui n'ont pas anticipé et géré les évolutions technologiques, la mondialisation etc.

Cette situation n’est pas due à la mondialisation, à la Chine, ni à l’euro. La preuve c'est que les autres pays, dans un même contexte, avec le même coût du travail, et pour la plupart dans l'euro, ont une balance commerciale en excédent et un faible chômage : Allemagne, Pays-Bas, Pays nordiques ... Notre modèle social est maintenant mis en danger si on ne redresse pas la barre tout de suite. François Bayrou soutient l’euro et l’Union Européenne face à ceux qui veulent remettre en cause la monnaie unique ou qui refusent de payer la dette que les gouvernements français ont accumulée depuis trente ans, face à ceux qui voudraient une solution argentine (qui s’est traduit par un effondrement de 50% du niveau de vie, 53% de personnes passées sous le seuil de pauvreté, exil,…).

 - Le niveau de la dette publique est tel qu'il faut absolument le geler (puis le réduire …) en s'interdisant tout déficit et en immunisant le taux d'intérêt, mais avec une solution crédible, pas en s'imaginant qu'il suffit de faire payer les riches ou avoir recours à un financement à taux zéro de la BCE, ce qui n'est pas envisageable sans l'accord des partenaires européens et qui génèrerait une inflation telle que ce serait ruineux au final.

L'assainissement des finances publiques doit s'accompagner d'une politique de croissance basée sur le « produire en France » soutenu par le « acheter français », mais pas par une dépense publique excessive, pas par des chèques en bois, pas par des emplois subventionnés ou très à la marge. Une politique de soutien de la demande par la consommation (augmentation des salaires etc.) ne pourra réussir si les consommateurs achètent surtout des produits étrangers. Au contraire, cela creusera encore un peu plus le déficit commercial et n’arrangera pas plus les finances de l’État. Pourtant, c’est l’erreur que voudrait commettre à nouveau la gauche si elle parvenait au pouvoir. Il faut redynamiser l'économie filière par filière en créant de l'activité. François Bayrou a donné des multiples exemples dans l'industrie, dans la filière bois, dans le numérique, etc.

François Bayrou soutient son argumentation en comparant la France à l’Allemagne :

-          La France, depuis 2005, a un déficit commercial extérieur (exportations-importations) qui s’est creusé jusqu’à atteindre 70 milliards en 2011 (ce qui est équivalent en montant à 3 millions de salaires charges comprises !), alors que l’Allemagne a un excédent de 160 milliards (équivalent de plus de 6 millions de salaires charges comprises !).

-          Pourtant les deux pays sont de même niveau, avec la même monnaie, les mêmes coûts salariaux, les mêmes niveaux de protections sociales (le coût du travail est même un peu supérieur en Allemagne).

-          En étudiant attentivement chaque filière, François Bayrou a cherché à comprendre pourquoi la France ne produit plus et pourquoi l’Allemagne produit beaucoup. L’Allemagne était au même niveau que le France en 2004 mais le gouvernement de Gerhard Schröder avait décidé de mettre en œuvre un plan industriel qui porte maintenant ses fruits, en regardant filières après filières les spécificités de chaque marché.

François Bayrou a pris pour exemple la filière bois. La France métropolitaine a 16 millions d’hectares de forêts et 450 000 emplois. En Allemagne, il y a 11 millions d’hectares de forêts et 800 000 emplois. Cela voudrait dire qu’en France, il manque plus de 500 000 emplois avec ses ressources forestières. Pourquoi ? Parce que l’Allemagne a décidé d’un grand plan de réimplantation de scieries et que la France va en Allemagne pour scier ses arbres !

Il a aussi donné un autre exemple, avec l’industrie automobile. Il y a sept années, Renault produisait 1,2 million de véhicules en France et Volkswagen autant en Allemagne. Aujourd’hui, Renault ne produit plus que 440 000 véhicules en France et Volkswagen en produit 2,2 millions en Allemagne. Les ouvriers de Volkswagen ont même eu droit à une prime de 7 500 euros pour les remercier du travail accompli.

L’Allemagne a veillé à préserver ses emplois sur son sol, par une politique industrielle et par le soutien des partenaires sociaux qui sont associés aux décisions de l’entreprise. Ces derniers ont aussi accepté de recourir au chômage partiel pendant le temps fort de la crise économique, en 2009 notamment, pour garder les compétences et pouvoir reprendre ensuite l’activité lors de la reprise. Le dialogue social joue un rôle essentiel dans cette stratégie. De même que l’entrée de représentants du personnel avec droit de vote dans les conseils d’administration des entreprises devrait aussi, selon François Bayrou, faciliter ce dialogue, l’approbation d’une stratégie qui défend l’emploi. Il prône aussi la participation de représentants de personnel que dans les comités de rémunération afin de mieux contrôler les rémunérations de leurs dirigeants.

L’approche de François Bayrou part d’une analyse profonde et d’une vision du modèle de société articulé autour des valeurs républicaines. Elle est pragmatique, s’enrichissant des expériences qui ont réussi, dans les autres pays, ou au sein de notre pays. Elle est responsabilisante, ne cherche pas les boucs émissaires, la condamnation de causes extérieures, ce qui empêche de voir nos propres défauts. Enfin, il a confiance dans les citoyens qui ne demandent qu’à éveiller leur conscience, à comprendre, à être informés, pour contribuer aux réflexions, au débat et à choisir en connaissance de cause.

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Écrit par : enpolitiquecom | 23/05/2012

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