24/07/2011

Plan d'aide à la Grèce : réactions de Bayrou, de Fillon, ... et conséquences

Derrière l'apparence d'un sauvetage avec sourires affichés et poignées de mains fraternelles, d'une réconciliation du couple franco-allemand et d'une Europe qui recolle les morceaux, quelques remarques pour la suite ...

La presse a essentiellement retenu le succès du sauvetage et ... enfin une Europe de la zone euro qui commence à s'entendre à la dernière minute, grâce à la réconciliation du couple franco-allemand sur un compromis, notamment sur la contribution du secteur privé (banques, assurances, fonds de pension) ! L'Union européenne a débloqué 158 milliards d'euros : 109 milliards seront financés par l'Europe et le FMI. Le reste sera apporté par des institutions privées.

Cependant quelles remarques méritent d'être soulignées :

1- Le plan d'aide à la Grèce est un répit mais qui ne suffit pas à éviter les autres crises prévisibles, notamment sur les autres pays de la chaine de dominos. Il éteint un feu sur des braises ardentes et l'incendie risque de reprendre.

Comme le dit François Bayrou : "On était dans l'urgence extrême (...) On a pris des décisions dans la douleur qui donneront un répit au gouvernement grec et on l'espère à son peuple. Mais ce plan ne suffira pas", le plan "souffre de deux défauts rédhibitoires". D'abord, "il dit haut et fort que les efforts qui ont été décidés en faveur de la Grèce, notamment du secteur bancaire, ne seront en aucun cas repris pour d'autres Etats", or "traiter au coup par coup, c'est se condamner à des crises à répétition.  Ensuite, "les règles et les structures d'une défense systémique de la monnaie européenne (mutualisation de la dette, structure commune de gestion et autorité politique) n'ont pas été mises en place et donc les même causes risquent à court terme de produire les mêmes effets. On aurait voulu et espéré que la crise grecque permette à la zone euro de régler les problèmes d'ensemble qui l'assaillent. On n'a pas trouvé la réponse et on connaîtra d'autres crises".

2- La contribution "volontaire" du secteur privé cache un transfert des risques du privé vers le public :

Le dispositif de "contribution volontaire" du secteur privé (des banques) donne le choix entre trois options (prolonger les prêts avec taux abaissé, reconduire les prêts ou revendre la dette grecque au FESF avec une décote (ou l'échanger contre titres de zone euro bien notés, avec décote)  mais reste à préciser toutes les contraintes, un chiffrage plus précis de ces engagements soi-disant "volontaires" des banques. Le Financial Time, Mediapart et ATTAC  ont dénoncé le risque de voir se transformer le Fonds européen de stabilité financière en une structure qui rachète les bad debts, et renforce la spéculation sur les obligations risquées. Ce dispositif rappelle une structure de défaisance à l'instar du CDR du Crédit Lyonnais. Ainsi, les banques pourraient se débarasser de ces actifs pourris, bien sûr avec une décote donc en subissant une perte mais ainsi en limitant les dégâts, et ce risque serait supportépar l'ensemble des contribuables de la zone euro ... Il s'agit d'un transfert des risques du privé vers le public !

3- Le gouvernement va probablement utiliser le prétexte d'aide à la Grèce pour justifier son excès de dette publique :

Comme le dit cet article du Monde François Fillon annonceque ce plan coûterait 15 milliards d'euros à la France d'ici 2014 et viendrait augmenter notre endettement compte tenu de l'intégration des garanties. Ceci est faux car une garantie  n'exige pas l'appel en financement, donc l'endettement supplémentaire, tant qu'elle n'est pas exercée, tant qu'il n'y a pas défaut. D'ailleurs voir cet article de l'Expansion qui précise les choses (en fait 5 milliards ont vraiment été avancés par l'Etat français en prêt direct pour la Grèce). C'est La Croix qui explique le plus précisément le dispositif décidé.

4- Enfin, comme le dit très justement l'Oeil du Post dans cet article, avec un extrait-montage très significatif et édifiant, Nicolas Sarkozy a fait montre d'un comportement étrange lors de sa conférence de presse annonçant les décisions relatives à ce plan. Mal à l'aise car devant faire ce discours sans note (d'habitude il lit toujours un texte qui lui a été préparé au point de lever rarement les yeux vers la caméra), il donne l'impression de ne rien comprendre à ce qu'il raconte, n'est absolument pas clair, il a une gestuelle surjouée, ponctuées de tics nerveux. Ce n'est pas très bon signe ...

Commentaires

Bonjour,

Votre article a le mérite de mettre à jour , toute la différence entre être et paraître !! encore une fois devant les caméras on fait semblant, on sourit mais le fond n'a pas changé . La plupart de ces gens-là jouent un rôle , on frise l'infantilisme et le cynisme ...rien n'est réglé , l'avenir à court et moyen termes nous le rappellera .

Écrit par : paulo25 | 27/07/2011

Bonjour,

C'est à tort que vous contestez que la dette de la France ne sera pas impactée par la garantie apportée.

En effet, Eurostat a décidé que les fonds levés dans le cadre de la Facilité Européenne de Stabilisation Financière (FESF) doivent être enregistrés dans la dette publique brute des Etats membres de la zone euro participant à une opération de soutien, en proportion de leur part dans la garantie accordée.

Ainsi, conformément aux règles comptables de l’Union européenne, la dette de la France sera augmentée au fur et à mesure des emprunts contractés par le FESF au prorata de la participation de la France au fonds, par le biais de la garantie apportée.

La dette de la France augmentera donc, même si la garantie n'est pas appelée.

Cette dette n’induira toutefois pas, dans l'immédiat, de charge d’intérêt supplémentaire pour l’Etat français, ni de besoin de recours au marché supplémentaire.

Écrit par : Raphaël Vuitton | 02/08/2011

Eurostat, comme l'Insee, n'est qu'un organisme gérant les statistiques officilelles. Dans ce cas pourquoi Gilles Carrez a-t-il précisé que cela n'avait pas d'impact sur la ligne comptable de la dette ?
S'il vous plait pouvez-vous citer vos sources (lien), édictant la règle d'exception comptable ?

Écrit par : Marie-Anne Kraft | 02/08/2011

Voici le lien vers les documents (background note et CP) explicitant la décision d'EUROSTAT, en date du 27 janvier 2011.

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/government_finance_statistics/documents/Background_note_EFSF_27_January_2011.pdf

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-27012011-AP/EN/2-27012011-AP-EN.PDF

Je vous renvoie également à l'exposé des motifs du PLFR 2011 qui sera discuté en septembre prochain au Parlement lors d'une session extraodinaire.

Écrit par : Raphaël Vuitton | 03/08/2011

Merci beaucoup Raphaël pour ces précisions, que je relaye immédiatement pour rectifier.
Etes-vous le Raphaël Vuitton du MoDem Alsace, qui était intervenu dans un débat avec JF Kahn et N.Griesbeck lors des élections européennes ?

Écrit par : Marie-Anne Kraft | 03/08/2011

Le même.... mais plus au modem ;-)

Écrit par : RV | 03/08/2011

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