10.06.2009
François Bayrou n'est pas "ignoble", il est humain ...
Je vous propose de revenir sur l’actualité de cette semaine passée.
Des sondages erratiques, des électeurs indécis, une ambiance électrique, un seul débat télévisé organisé le jeudi 4 juin 2009, 3 jours avant le vote des Elections européennes, non entre candidats mais entre responsables de partis, qui s’avère une foire d’empoigne inaudible, un combat de coqs lamentable.
Au lieu de parler d’Europe, de centrer le débat sur des thématiques (volontaire ?), l’animatrice Arlette Chabot met volontairement en face à face les concurrents visiblement pour attiser les discussions. Il aurait été intéressant de faire ressortir les convergences et les divergences entre les différents mouvements, pour les auditeurs qui n’auraient pas eu le temps de comparer les programmes, publiés très tardivement du reste par certains des partis en présence.
On aurait pu constater notamment la forte convergence du programme écologique entre le Mouvement Démocrate et les Verts, celle des valeurs humanistes et sociales entre le Mouvement Démocrate et le PS, la reprise en dernière minute dans le programme UMP de points proposés par le Mouvement Démocrate et en partie même le PS (Emprunt européen, convergence à cibler sur la protection sociale, taxe carbone).
Deux points ont été retenus de ce débat :
- François Bayrou a perdu ses nerfs, harcelé par Daniel Cohn-Bendit : il a fini par craquer en répliquant à une violente attaque de Daniel Cohn-Bendit qui après avoir répété dans ses meetings que François Bayrou avait été "touché par la Vierge", se moquant de sa foi catholique, le traita en séance de "minable", inacapable de devenir président de la République" et l’accusait de propos « ignobles » (faisant pourtant simplement allusion à une connivence entre Dany Cohn-Bendit et Nicolas Sarkozy). François Bayrou lui rétorque qu’en matière d’ignominie, il est mal placé pour les propos qu’il a écrits (NDLR : en 1975 dans un livre « Le Grand Bazar, éditions Belfond) concernant des actes sur des enfants et leur justification (seuls les initiés peuvent comprendre qu’il s’agit de propos complaisants à l’égard de la pédophilie, d’éveil des enfants aux activités sexuelles) .
- Jean-Luc Mélenchon répliquant à Arlette Chabot « Allez au diable ! ».
Les grands partis (Xavier Bertrand et Martine Aubry) concluent à l’issue du débat qu’ils sont écoeurés de la réplique de François Bayrou et la presse reprend leurs critiques, faisant de François Bayrou l’injurieux, oubliant les attaques violentes et provocantes de Daniel Cohn-Bendit, et ne s’intéressant même pas au fond de la critique émise par François Bayrou, qui porte sur un sujet grave de société touchant à l’enfance. Il semble pour la presse et les médias que ces sujets sensibles soient trop tabous pour être abordés et que leur évocation ne puisse avoir qu’un motif de récupération politicienne. On préfèrera parler longuement du crash de l’Airbus au large du Brésil et des bébés congelés, affaires probablement plus anecdotiques et plus originales que les souffrances subies par de nombreux enfants du fait d’actes de pédophiles de plus en plus assumés grâce à des théories qui justifient leurs actes ou à tout le moins les présentent avec une certaine complaisance.
Certes, François Bayrou a commis certaines erreurs et s’est laissé emporté par l’émotion. Je m’en sens en partie responsable, l’ayant informé une semaine avant le débat du contenu du livre « Le grand Bazar » écrit par Daniel Cohn-Bendit sans pourtant couloir utiliser cette information à l'encontre de ce dernier, ce qui aurait été forcément mal reçu. Ses principales erreurs furent visiblement de ne pas opposer une bonne communication face à l’endoctrinement médiatique dont il a été l’objet par ses adversaires et relayé par la presse, soit aux ordres, soit panurgique et passive :
- « Le Modem n’a pas de programme »,
- « François Bayrou n’est que dans l’anti-Sarkozysme primaire »,
- « Le MoDem, en la personne de François Bayrou se trompe de campagne et ne parle pas d’Europe, focalisé déjà sur les Présidentielles de 2012.
Or, le Mouvement Démocrate a travaillé très sérieusement sur le programme depuis septembre 2008 et a mené campagne bien avant les autres, ses candidats, ses cadres et son président François Bayrou enchaînant meetings, cafés démocrates, rencontres citoyennes, etc. sur les sujets européens.
Mais ce n’est visiblement pas ce qui a été retenu.
Le livre de François Bayrou « Abus de pouvoirs », traitant de la gouvernance politique française, a aussi surtout parlé du projet, du modèle de société, de la proposition d’une alternative humaniste comparée au modèle qui nous a été imposé dans la mondialisation, générateur d’inégalités croissantes, bénéficiant à une caste privilégiée, et que le pouvoir actuel en France cherche à développer. Ce qui n’est pas ciblé sur la personne de Nicolas Sarkozy mais sur sa manière d’exercer le pouvoir et de développer insidieusement une idéologie dominante. Ceci en France comme en Europe et au niveau mondial. Mais le succès de ce livre s’est retourné contre son auteur, qualifié par ses détracteurs de « hors-sujet » au moment de la campagne européenne.
Le réchauffement climatique et son urgence écologique, la crise économique, le problème d’insertion et de chômage des jeunes, la crise démographique, le problème de développement de l’Afrique, … tous les sujets ont été traités, sur le papier et sur le terrain … mais pas dans les médias.
Principales conclusions :
1- Le Mouvement Démocrate souffre d’un problème de communication et d’espace médiatique pour pouvoir s’exprimer,
2- Le charisme et la place prépondérante de son leader François Bayrou rendent le parti plus sensible aux éventuelles faiblesses de ce dernier ; il faut plus valoriser et mettre plus en avant sur la scène médiatique les cadres du Mouvement,
3- Il faut être « batailleur », prêt au combat politique, en résistance, ne pas accepter la mise en cause systématique alors même que ceux qui attaquent et harcèlent ne sont même pas inquiétés, mais ne pas verser cependant dans la victimisation et la paranoïa.
4- Revenons sur les sujets de fonds : sur le thème de l’écologie, il y a clairement une convergence avec les idées des Verts, de Europe Ecologie, justifiant un rapprochement, une alliance, une entente et une attente des Français et des Européens. Il faut transcender les querelles d’hommes pour favoriser le rapprochement afin de vraiment défendre ces valeurs communes et leur priorisation dans les lois et la politique européennes.
Ceci, François Bayrou, Marielle de Sarnez et les cadres et élus du Mouvement Démocrate l'ont compris. François Bayrou admet dignement ses erreurs, qui sont plutôt des erreurs de « forme ». Sur le fond, il garde sa ligne et son intransigeance, la priorité aux valeurs humaines. Et surtout, il nous a montré qu’au fond il était humain, capable de colère tout en restant « correct » dans son expression, et surtout que sa priorité est la défense de valeurs, en particulier à ce qui touche à l’enfance. Peu de gens ont perçu l’importance du message, son sous-entendu. Ils le découvriront plus tard …
23:26 Publié dans analyses politiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : bayrou, cohn-bendit, élections européennes



Commentaires
Bonsoir Marie-Anne,
Assez étonnée que tu n'aies pas reçu de commentaire, je voudrais te dire que je suis en accord avec ton analyse. Nous sommes plusieurs à être effarés, choqués du détournement qui vient d'être fait de ce pseudo-débat.
Je me suis exprimée tout d'abord sur le site de l'Hérétique puis sur mon propre blog, pour une réflexion à partir d'un écrit de Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, sur d'autres blogs encore qui m'ont donné eux-aussi, pour certains, leurs points de vue.
Pourtant, quelques jours après j'ai osé mettre un autre billet, un pamphlet apparemment très féroce celui-ci pour François Bayrou mais je ne me sens pas trop coupable finalement.
Je suis la première à dire que François Bayrou est humain, faillible comme nous tous et par conséquent qu'il peut accepter la critique humoristique, sachant aussi que la plupart de ses adhérents ont compris sa réaction.
Le problème est sans doute celui de la communication avant tout. Et celui d'un management interne un peu plus cohérent avec nos engagements.
Je reste persuadée que ce débat a été une véritable arnaque et que la manipulation a été honteusement organisée, ou désorganisée à souhait.
Il me semble aussi Marie-Anne, que personne ne doit se permettre de te jeter la pierre d'avoir donné une telle information à François Bayrou sur un adversaire de la sphère PUBLiQUE le harcelant de son côté sans ménagement. Tu ne peux pas non plus être tenue responsable ensuite de la réaction (que pour ma part j'approuve) de François Bayrou sous prétexte que cet élément sur DCB venait de toi !
L'opinion publique se trompe complètement de cible(s), ayant été manipulée pour cela. Les vrais problèmes de société ont été détournés effectivement et j'en suis révulsée.
Bon courage à toi.
Amitiés.
Françoise
Ecrit par : Françoise Boulanger | 11.06.2009
Je partage l'analyse présentée ici, que je découvre tardivement.
En phase d'ailleurs avec l'ensemble des propos lus sur ce blog, dont le titre, pourtant, m'avait jusqu'à présent tenue écartée.
Ecrit par : ChristineB | 18.10.2009
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